le Japon :
  • Le Japon numérique : l’emprise des médias
  • Interview d'Isabelle Dupuy et de Tetsuya Ozaki
  • Liens : Tour d’horizon de l’univers des média arts japonais.
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    Le Japon numérique : l’emprise des médias
    Par Laurent Rollin

    C’est au cœur d’un Japon post-industriel et foncièrement tourné vers le tout numérique qu’apparaissent les média arts. En l’espace d’une vingtaine d’années ces derniers ont redéfini le rôle de l’artiste et les contours de l’œuvre. Plus en osmose avec une société toujours en mutation, le plasticien insère les strates de l’information, de la science, de l’économie, et des mondes digitaux avec une approche beaucoup plus tournée vers l’expérience. Pour comprendre l’influence des nouvelles technologies sur l’artiste des médias, il est non seulement nécessaire d’apporter un éclairage historique sur l’évolution de son fonctionnement, mais aussi de décrypter ses modes opératoires.

     


    Médium Média

    L’élargissement indéfini du champ de l’art introduit, à la fin des années 60, la notion d’art digital. A cette époque, le plasticien, concentré sur la nouveauté et la recherche expérimentale, ouvre son champ lexical aux pratiques liées à la modernité. Tous les matériaux issus des nouvelles technologies sont mis à contribution : vidéo, recherche acousmatique, animation, informatique émergente…Le progrès devient un moteur, une force de création hybride. Marshall Mc Luhan trace alors un lien étroit entre art et média : « Si les artistes recherchent de nouveaux styles, c'est qu'ils prennent la liberté, au regard de l'évolution de leur culture, d'interroger les moyens possibles mis à leur disposition en vue d'évaluer leur perception.[…] Depuis que l'art est entré à l'âge de l'art électronique, le médium peut être un processus, un programme ou une procédure. » En plein essor économique et industriel, le Japon intègre rapidement ce concept. L’Electro-Magica, organisée en 1969 par Katsuhiro Yamaguchi dans le building de Sony à Tokyo, introduit pour la première fois l’idée d’une fusion entre art et monde du numérique. L’Exposition Universelle d’Osaka de 1970 crée une très forte émulation chez les artistes conscients de la symétrie/synergie qui se profile entre nouvelles technologies et sphère culturelle. Une dynamique informelle est alors insufflée par le fantôme du perfectionnisme nippon. Trois ans plus tard apparaît la notion de média-art lors de l’exposition internationale Computer-art, organisée, elle aussi, des les locaux de Sony.

    De nouveaux enjeux esthétiques
    Dans les années 80, le développement exponentiel des technologies et des systèmes d’information, désormais dominés par les médias, font entrer le Japon de plain-pied dans l’ère numérique. La première édition de la Biennale internationale des arts numériques de Nagoya (Artec) fait connaître au large public la dénomination de média-arts et les travaux des artistes. Y sont présentées des œuvres qui préfigurent un esthétisme de la communication, introduisant de nouvelles perspectives technologiques dans les procédés de création. On assiste à un dépassement de la notion hégélienne de l’art. A l’objet vient ainsi s’intercaler l’information, devenant elle même matière. Dans ces conditions, la mise en forme et son codage participent à de nouveaux enjeux esthétiques.

     

    Finance mon art
    Malgré la décroissance économique qui s’amorce au début des années 90, une politique de mécénat se met en place pour soutenir la création numérique. Le secteur privé est le premier à réagir. Parallèlement aux initiatives du groupements de sociétés Kigyo Mécénat Kyogikai (Association for Corporate Support of the Arts), Canon et le géant des télécommunications nippon NTT viennent apporter leur soutien aux média-arts en créant des espaces dédiés au sein de leurs groupes. L’Etat, le ministère de l’industrie en tête, réagit tout de même, mais avec un certain décalage et s’engouffre timidement dans la partie en créant une Commission du Multimédia. Cette cellule applique une politique favorable à la production cybernétique et accorde des exonérations de charges aux entreprises mécènes. Elle soutient notamment les entreprises du secteur des softwares face à une concurrence internationale toujours plus active. En même temps, le Bunka-cyo (l’agence des affaires culturelles) lance en 1997 le Média Arts Festival pour récompenser les œuvres les plus esthético-techniquement viables.

     

    Le déclin de l’empire (du soleil levant)
    L’ébranlement de l’économie, à la fin du deuxième millénaire, précipite le Japon dans une remise en question de ces modes et modèles. La biennale Artec est annulée et le mécénat se fait frileux. L’empire NTT vacille et entraîne dans son sillage un repli des investissements dans l’art. Le laboratoire Art Lab de Canon souffre de cette sinistrose ambiante et opère une restructuration de son unité. Les vraies motivations des entreprises sont percées au grand jour. La volonté de promotion de l’enseigne au travers du soutien des manifestations culturelles innovantes, n’est plus un leurre. Quant à la récupération des aides d’Etat, elle est montrée du doigt. Les structures indépendantes sont aussi touchées par la crise. Inévitablement, certains disquaires spécialisés, des galeries autonomes et des associations ferment. Mais grâce à la démocratisation des outils numériques et l’omniprésence du médium Internet, toute une génération trouve une solution de repli.

     

    Le grand bazar du tout numérique