Inde :
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  • Web indien : tradition et modernité
  • Interview : Beatrice Gibson/Nungu de Bombay
  • Interview : Raqs Media Collective, Delhi
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    Web indien : tradition et modernité
    Par Laurent Rollin

     

    Logiciels made in India, réussite de la technocratie indienne
    Le succès de la diaspora indienne dans la Silicon Valley semble avoir créé une sorte de label indien du software, l'équivalent du "Made in Japan" pour l'électronique grand public. Un programmeur de logiciels de nationalité indienne est plus que souvent un gage de qualité sur le marché des nouvelles technologies internationales. Toute une légion de développeurs informatiques, de clavistes, et créateurs de site web, travaillent depuis leurs bureaux indiens pour des entreprises étrangères. En l’espace de dix ans, l’offre indienne est devenu une aubaine pour toute société désirant pratiquer la sous-traitance d’une partie de sa production. Et l'état indien est en passe de devenir le premier au monde en termes de sociétés certifiées SEI CMM (l'équivalent indien de la norme ISO 9000). En 2001, le secteur des nouvelles technologies a généré un chiffre d'affaires de plus de 8,5 milliards de dollars, dont 6,2 milliards de dollars à l'exportation. D'après la MEF (Mission économique et financière), à l'horizon 2008, le marché devrait bondir pour atteindre les 87 milliards de dollars, dont 50 milliards de dollars à l'export et devrait générer 800 000 nouveaux emplois. Aujourd'hui, 60 % des logiciels américains sont développés en Inde, avant d'être commercialisés outre-Atlantique, pour des firmes telles que Microsoft, IBM, Oracle ou encore 170 des 500 plus grandes compagnies américaines.

    Echange du savoir scientifique par le réseau
    C’est en novembre 1986 qu’apparaît officiellement Internet avec le réseau d'enseignement et de recherche Ernet. Le Programme de développement des Nations unies (UNDP) lancé cette année-là permet de relier les huit principaux organismes de recherche du pays (les cinq Instituts indiens de technologie (IIT), l'Institut indien de sciences de Bangalore (IISC), le Centre national de technologie du logiciel de Bombay (CST) et le Département d'électronique de Delhi (DOE)). Le gouvernement fixe alors des objectifs visant à faire entrer l’Inde dans la course aux nouvelles technologies et aux nouveaux médias. Le plan Ernet devait d’une part aider à promouvoir le travail des équipes scientifiques de recherche et de développement du pays vers l'étranger, mais aussi renforcer la capacité de l'infrastructure nationale d'information, faciliter l’instruction et former une main d’œuvre spécialisée et, enfin, établir une passerelle technologique entre l'Inde et les USA dans le but de partager et mettre en réseau informations et données. Trois autres opérateurs nationaux sont venus se rajouter, ultérieurement, à Ernet : Sofnet, le Centre national d'information (NICNET) et les Services de passerelle d'accès à Internet (GIAS). En septembre 1996, l'Inde avait quelques 100 000 utilisateurs d'Internet (dont 70 000 d'ERNET, 15 000 de SOFTNET, 2 000 de NICNET et 8 000 de GIAS). Durant une quinzaine d’années, c’est une communauté de scientifiques, d’étudiants en informatique et une caste de jeunes privilégiés composée en majeure partie de programmeurs qui font, gèrent et conditionnent le techno-espace indien.

    Apparition d’un cyber-espace indien

    En dépit du fait que l’Inde n’a aucune tradition liée à la science-fiction, ni d’histoires de pionniers cyberpunks, et que la plupart des communautés culturelles sont toujours partagées et divisées sur les réflexions technologiques, un cyber-espace est en train de se constituer. De plus, seule une minorité de la population possède l’électricité et le taux de pénétration du téléphone est l’un des plus faibles d’Asie. Mais malgré tout cela, le nombre de connectés est en croissance rapide ( le taux d'accès augmente de 25% par an). La notion de Cyber-espace, récemment apparu dans le discours public de l’Inde, est venue bousculer les bases conservatrices du pays. Car l'imaginaire technologique du nationalisme indien post-colonial est remis en question avec l’apparition et l’avènement du cyber-espace. Au panoptique benthamien (perçu comme état central) vient se substituer, dans l’Inde moderne, le concept de cyber-république, constituée de trois entités principales : l’Etat, l'élite transnationale et les mouvements activistes. Cette idée, développée par Ravi Sundaram, éclaire sur la nouvelle « transversalité » de la géométrie politique du sous-continent. Certes, l'Etat continue de monopoliser la connectivité internationale par le contrôle d'une « frontière imaginaire » dans la zone virtuelle. Mais les deux autres entités prennent de plus en plus d’importance. La deuxième, celle de l'élite (trans)nationale, qui se nourrit d’un imaginaire consumériste et adopte une vision occidentale du réseau, présente la virtualité comme solution importante au sous-développement. Quant aux activistes et membres des nouveaux mouvements sociaux, qui ont longtemps été hermétiques et hostiles à la technologie (voyant en elle un prolongement du modernisme imposé par Nerhu), le Net se présente désormais comme une vaste entendue de contestation et de dialogue social. Cette entité tend ainsi à trouver des solutions aux maux du pays par la possibilité de reconstituer radicalement l'espace électronique lequel pénètre immanquablement le réel.

    Accès à l’information pour tous ?
    «En Inde, nous n’avons rien à perdre, sauf la pauvreté. Quand l’informatique commencera à avoir des effets positifs sur la vie de l’Indien de base, alors seulement on pourra éprouver un sentiment profond de satisfaction.» explique Azim Premji, PDG de la société indienne Wipro, l'un des hommes le plus riche du monde.
    Plusieurs mesures sont prises dans les années 90 pour tenter de démocratiser l’accès à Internet et d’offrir aux plus défavorisés une chance d’accéder aux technologies de l'information. A la suite d’une guerre impitoyable entre les fournisseurs d’accès, le coût des abonnements a baissé de façon significative. Résultat : un habitant sur 147 a désormais accès au réseau des réseaux. Les cybercafés, qui poussent de façon exponentielle dans les grandes métropoles, sont aujourd’hui un outil indispensable à la communication dans un pays où le courrier met parfois des semaines à atteindre sa destination. De nombreux indiens de toutes les conditions sociales ont alors pu s’initier aux échanges d’e-mails.
    Pour les familles du sous-continent, souvent éparpillées dans le monde entier, le net a pu favoriser une économie significative sur les communications. Le prix d’un appel téléphonique fixé par la compagnie monopolistique nationale VSNL étant pour beaucoup un frein à l’échange, l’utilisation d’une borne Internet est devenue un moyen de renouer le contact avec ses proches. Pour le coût d’un appel vers les Etats-Unis, l’internaute occasionnel a la possibilité de se connecter au web durant plus d’une heure. Ce n’est donc pas un hasard si le plus grand service de web-mails a été crée par un indien. En 1996, Sabeer Bhatia lance un nouveau type de service qui va connaître un succès phénoménal : un e-mail gratuit à partir d’un site accessible en http. Face au succès immédiat et incontestable de cette innovation, Microsoft rachète le tout en 1997 pour la bagatelle de quelques 600 millions d’euros, et créé Hotmail. « Dans les pays « riches », explique Subhanjan Sarkar du Technology Media Group de Bangalore, vous pouvez mesurer la pénétration d’Internet au pourcentage de propriétaires d’ordinateurs. En Inde, c’est le nombre de comptes Hotmail qui importe, car la plupart des gens ne peuvent s’offrir une ligne de téléphone et encore moins un ordinateur. »

     

    Simple computer pour les masses