les frontières :
  • Du réel au virtuel : état des lieux
  • Utopies originelles et web suspect
  • L'art du contournement
  • Le web, un "territoire relationnel"
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    géopolitique de l'Internet :
  • Chronique du livre de Solveig Godeluck
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    Liens et bibiliographie
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    "Le territoire, c'est la carte"
    La Géopolitique d'Internet - Solveig Godeluck
    Compte-rendu de lecture de La Géopolitique d'Internet de Solveig Godeluck (éditions de la Découverte)
    Pour plus d'infos sur cet ouvrage, et pour le commander : lageopolitiquedinternet.com

    "Il s'agit d'observer où surgissent les points de tension sur Internet, et comment ils se manifestent."
    Solveig Godeluck, journaliste indépendante qui a longtemps travaillé au sein de Transfert, dresse dans "La géopolitique d'Internet" un panorama exhaustif des enjeux socio-économiques et politiques qui sous-tendent le présent et l'avenir du réseau mondial. Les trois communautés traditionnelles qui s'expriment sur et à propos d'Internet - les colons, les marchands et les régulateurs - y reproduisent des conflits, y jouent des antagonismes dont l'ouvrage se propose de suivre les fils pas à pas : son point de vue cyber, non tant strictement géopolitique que politique et citoyen, lui permet de retracer aussi bien les origines historiques et technologiques du réseau que les débats d'actualité qui ont eu lieu ces dernières années. Par dessus tout, et ce pour la première fois en France, sa connaissance à la fois théorique et pratique de l'internet lui permet de rendre compte des grands enjeux sociétaux du cyberespace avec un point de vue parfaitement documenté, mais qui surtout permettra d'interpeller avec brio les politiques.
    "Allô, la terre !? ici le noosphère" la voix du réseau mondial parle aux net-terriens.

    Image extraite du site eToy : etoy.com

    Un milliard d'individus connectés
    Selon une étude du Haut-Commissariat aux Réfugiés citée dans l'ouvrage, la population du net comptera en 2005 un milliard d'individus connectés. Un milliard de happy few, le chiffre semble exorbitant, au regard des statistiques d'internautes françaises et s'il on pense à la fracture numérique. Mais le fait est : le chiffre est exorbitant, et il ne manque pas d'attiser les convoitises des marchands et les appréhensions des législateurs.

    Un milliard, soit un sixième de la population mondiale, aura en effet un accès au réseau et utilisera le net dans ses différentes fonctionnalités : pour aller chercher de l'information en ligne, télécharger toutes sortes de contenus (logiciels, musique, documents de références, études). Pour surtout correspondre, discuter, échanger des messages via Mail, forum de discussion USENET, liste de diffusion, chat et BBS, IRC. Pour publier, réagir en direct à l'actualité, accéder aux sites de pages personnelles, créer leur propre espace de diffusion (pages personnelles, webblogs, médias alternatifs, site internet de labels, musique, espace de création), développer leur projet, user de leur liberté d'expression et de leur libre propension à créer.

    Un réseau citoyen
    Le site de Solveig GodeluckAvec l'avènement du réseau mondial, unifié sur un même protocole simple et ouvert (le protocole TCP/IP qui permet l'acheminement par paquets a été adopté par Arpanet en 1983, s'est imposé ensuite aux autres réseaux) et utilisant un langage commun (le HTLM) les citoyens en réseau sont en effet entrés dans l'âge de la géopolitique individuelle : chaque citoyen est en mesure d'avoir non seulement accès à une mine d'informations et de ressources, mais il a également la possibilité de les faire fructifier, de communiquer et d'échanger ces expériences. Toute la question de l'internet, réseau d'émancipation de la parole publique et de la liberté d'expression, est de maintenir ce degré d'abondance et d'ouverture à l'abri des opérateurs privés (groupes industriels et géants de la communication et des services), de la volonté de contrôle exercés par les Etats-Nations (particulièrement depuis le 11 septembre et la guerre à la cybercriminalité), et la prolifération des normes et des contraintes juridiques : droits des marques, droit industriel, segmentation des accès. En bref, le réseau ne serait pas loin de crouler sous l'hégémonie de " l'espace informationnel des flux " et risquerait à moyen terme la babélisation. Internet ne serait plus un seul et unique réseau, mais un agrégat d'espaces virtuels segmentés.

    L'âge de la géopolitique individuelle
    Selon la définition du géographe Yves Lacoste, directeur de la revue Hérodote et principale animateur de cette jeune discipline en France, la géopolitique a pour objet l'analyse de " rivalités territoriales qui font l'objet de représentations contradictoires ". Plutôt qu'un simple rapport de forces inter-étatiques sur des questions de délimitation géographique de territoires, la géopolitique inclut dans son champ d'observation les représentations qui leurs sont liées : les revendications, tout ce qui des mentalités, des aspirations collectives, des comportements sociaux et des codes culturels, pèse dans les choix stratégiques foncièrement immatériels.

    La thèse, étayée d'un passage en revue de tous les questions d'actualité qui ont ébranlé le cyberespace depuis les cinq dernières années (l'affaire Yahoo, Napster, Altern.org) repose sur une idée géopolitique simple : internet libère et exacerbe les questions de liberté individuelle et de souveraineté collective telles qu'elles s'expriment dans les grands conflits mondiaux. L'internet, à travers les enjeux de pouvoir qui se manifeste dans son champ (en ligne mais aussi bien dans les décisions politiques, économiques, juridiques le concernant), est un parfait miroir des aspirations et des choix de vie qui présideront aux destins de chacun dans la société de l'information. En matière de liberté, de droits fondamentaux, de citoyenneté, mais également de contrôle, de surveillance, de souveraineté nationale, le réseau mondial est un laboratoire où se jouent symboliquement les choix éthique, juridique, et politique du futur. Elle a un corollaire : toutes les entraves à la liberté d'expression ayant émaillée la chronique judiciaire et politique de l'internet ces dernières années réfléchissent le monde tel que nous le vivront demain.

    Le rôle des Etats depuis le 11 septembre
    Pour ne s'attacher qu'aux régulateurs, c'est-à-dire aux législateurs et aux politiques, le livre critique ainsi une vison restrictive et répressive de la loi depuis le 11 septembre. Les Etats, relativement absents des enjeux de conquête et de revendications des territoires virtuels, auraient profiter de la focalisation sur le cybercriminalité pour réaffirmer leur main-mise sur le cyberespace. Partant d'enjeux relevant de la défense et de la souveraineté nationale, ils auraient exploité le thème vague de la cybercriminalité (des crimes et délits privés comme les vols de cartes bleus, piratage informatique, jusqu'aux transmissions codées impliquant des activités terroristes) pour faire voter des mesures dépassant le cadre strict de ces prérogatives fondamentales ; la peur du terrorisme international, usant de moyens technologiques accessibles à tous comme le cryptage des données, aurait conduit à qualifier et juger plus sévèrement tout crime commis dans le champ des nouvelles technologies.

    La nasse de la cybersurveillance
    Juridiquement, il s'était déjà avéré possible de poursuivre un hébergeur de pages personnelles pour des contenus mis en ligne par un de ses clients. C'est l'affaire Altern.org, en France. L'affaire qui a fait jurisprudence avait été jugée dans le cadre de la loi relative à la protection de la vie privée. Il s'agissait encore d'un jugement émis dans le cadre général de la Loi, fondée sur des droits et des devoirs communs à tous les citoyens.

    Mais les Etats membres de la Communauté européenne, sous la pression du gouvernement Bush, ont adopté depuis des lois qui diabolisaient Internet : le " Traité sur le cybercrime " a été adopté en septembre 2001, sous l'égide du Conseil de l'Europe et a été aussitôt ratifié par les Etats-Unis, le Japon, le Canada et l'Afrique du Sud. En France, la loi " relative à la sécurité quotidienne " a été votée le 31 octobre 2001. Elle oblige notamment, entre autres mesures concernant les obligations légales des constructeurs de logiciels de cryptage, les fournisseurs d'accès à conserver un an leurs données, contre les trois mois préconisés par la Commission européenne. Aux Etats-Unis, le " USA Patriot Act " a été adopté par Bush le 28 octobre. Là encore, les dispositions antiterroristes qu'il comportent concernaient principalement le " cybercrime ". Comme l'auteur le résume sans ambages : " Disons-le clairement : le cybercrime est un prétexte des Etats pour asseoir leur pouvoir sur le net, au détriment des marchands et des colons. (…) Dans ce jeu dangereux, les Etats-Unis sont en première ligne. Pionniers de la surveillance des réseaux, ils cherchent à étendre leur maîtrise de l'information sur d'autres continents, et forcent la main à des alliés dont la vassalité ne laisse d'étonner. " (cf. Solveig Godeluck, op. cité p. 146 et suivantes).


    Outre ce sujet, il faudrait encore citer les chapitres qui reviennent sur l'esprit des pères fondateurs, le choc des civilisations américaines et européennes ou ceux encore qui traitent des atteintes policières à la liberté d'expression. A ce titre, l'analyse des enjeux de censure et de répression en Chine est particulièrement convaincante ; la démonstration concernant la mise en place du panopticon numérique chinois seule suffit à la lecture de cet ouvrage. Mais pour finir, nous reviendrons peut-être sur une note plus optimiste. Dans cette guerre symbolique qui oppose colons, marchands et régulateurs, demeure une lueur d'espoir. Cet indice, par exemple : très prêt derrière les mastodontes AOL, MSN et Yahoo et les sites de fournisseurs de logiciel (Microsoft, Netscape, Adobe), les serveurs les plus connectés restent les hébergeurs de pages personnelles : en terme de connectivité, c'est-à-dire du nombre de liens qui pointent vers un site, les pages Geocities et Members.aol.com devancent par exemple le libraire américain Amazon.com. Les colons, c'est-à-dire cet ensemble de communautés virtuelles, de chercheurs, de citoyens, d'entrepreneurs, et d'internautes qui donnent vie et sens au net, sont loin d'avoir dit leur dernier mot.


    La Géopolitique d'Internet
    Solveig Godeluck, Editions La Découverte, septembre 2002.
    Site web : http://www.lageopolitiquedinternet.com
    Editions La Découverte : http://www.editionsladecouverte.fr


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