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Territoires virtuels et territoires "relationnels"
:
Sur la notion de "frontières" appliquée au
cyberespace (1) |
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Du réel au virtuel : état des lieux
Qu'est-ce
qu'une frontière en géopolitique ? en géographie
? Pour le géographe Roger Brunet, la notion de frontière
est née au 15ième siècle de "places-fortes"
: le terme apparaît pour désigner les enclaves militaires
qui ne servent pas tant à défendre qu'à représenter
le pouvoir royal dans une France encore fortement atomisée
en duchés et comtés. Le signifié de "souveraineté
nationale" lui-même ne serait pas antérieur à
cette époque.
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Dans son dictionnaire géopolitique, Yves
Lacoste propose quant à lui cette définition : "Du
point de vue géopolitique, la frontière est la ligne
ou la zone qui forme la limite du territoire d'un Etat ou bien d'un
ensemble politique que ses dirigeants cherchent à constituer
en Etat plus ou moins indépendant." Souveraineté
et territorialité : le géographe et le géopolitologue
s'accordent pour reconnaître à la notion de frontière
une acception d'abord stratégique et géopolitique.
Ligne de démarcation ou zone de contact, la notion française
de frontière est avant tout la "construction" intellectuelle
et politique d'une limite entre deux (ou plusieurs) territoires.
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La notion appliquée
à la géographie physique gagne peut-être en
richesse pour se rapprocher des sens américains de zone de
partage. Passées les usuelles ligne de crête et ligne
de partage des eaux - qui ont de décisives applications en
géographie physique et maritime, outre leur implications
poétiques et métaphoriques - la frontière ne
se définit plus tant comme une question de traçage
(une simple ligne) que comme un point de contact, de passage, de
relais.
En géographie comme en géopolitique,
se juxtaposent ainsi les deux notions capitales de différence
de potentiel d'une part (le piémont se situe, à la
limite de deux zones très différenciées, à
la jonction exacte de la plaine de la montagne) et d'espace de transition
et d'échanges. La frontière ainsi entendue est "une
limite, une interface privilégiée entre des systèmes
différents" (A.Bierce cité in Roger
Brunet, Dictionnaire critique de géographie) et se
définit comme une zone de contact inter-régie par
ces deux systèmes.
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| Cette
notion d'interaction revient au cur même des logiques
de réseaux numériques. En informatique, l'interface
peut se définir ainsi : "Dispositif
logiciel ou matériel servant d'intermédiaire entre
un ordinateur et un périphérique ou entre deux systèmes
de nature différente et permettant les échanges d'informations
entre ceux-ci" (in Dictionnaire
des arts médiatiques). D'un point de vue strictement
informatique, il est possible de multiplier les comparaisons terminologiques
avec le registre géographique : "passerelles",
"accès", "flux", "ports", "canaux"
Même constat côté utilisateur avec le "navigateur"
bien sûr, et autres "portails" pour éviter
de se "perdre"
sur Internet. Le réseau peut se concevoir dès lors
comme un univers "géographique" à part entière
que l'internaute est invité à explorer en voyageur.
Les interfaces (les frontières) entre
l'homme et la machine et entre les différents protagonistes
du réseau révèlent une fonction essentielle
: l'échange. La frontière est par excellence un lieu
de communication, un lieu riche, privilégié. Faut-il
pour autant parler de frontières sur Internet, ou la métaphore
doit-elle rester simplement terminologique et technique ?
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Passée la barrière
linguistique, il s'avère que la proposition a en effet de
quoi étonner. On croyait le réseau affranchi de toutes
frontières. Dans les discours de la période 1996-2000,
le web fait figure de meilleur des mondes : de nombreuses communautés
d'internautes et de chercheurs s'y retrouvent et construisent ensemble,
dans un strict niveau de chances et un même élan d'émancipation,
un monde égalitaire et libre, libéré des préjugés
de nationalités, de couleurs, de religions. Informaticiens,
utopistes, agitateurs, artistes, chercheurs, étudiants, tous
sont égaux devant le code, le protocole TCP/IP et le langage
html étant simples d'utilisation, libres de droit et d'une
parfaite ingéniosité technique. Quelques échelons
plus loin (cf. système
de surveillance américain) et fracture numérique
aidant, qu'en est-il de ces utopies originelles ?
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Utopies
originelles et web suspect
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