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Pour qui s’est penché sur l’histoire de l’Internet
en Europe centrale, la solidité actuelle de la relation américano-polonaise
ne devrait pas surprendre. Dès avant l’organisation
des "tables rondes" démocratiques de 1989 qui préfigurèrent
la fin du régime communiste de Varsovie, le lobby polonais
aux Etats-Unis – près de 10 millions d’Américains
revendiquent une ascendance polonaise – plaidait fortement
pour un rapprochement avec le pays d’origine. Dans le domaine
des nouvelles technologies, une telle volonté se traduisait,
dès 1986, par l’ouverture d’une liaison Internet
entre le Pentagone et le département de physique de l’université
de Varsovie. Le Net faisait alors son apparition en Pologne.
Dans les années qui suivent, l’administration polonaise
des télécoms, réputée particulièrement
inefficace, entame sa révolution et, juste avant sa privatisation,
met à disposition du public un numéro local dans chaque
grande ville, à partir duquel il est possible de se connecter
à l’Internet. Mais en l’absence de fournisseur
privé dans le pays, il est alors très difficile d’avoir
accès au réseau. Une nouvelle fois, l’amitié
américaine ne fait pas défaut. Au début des
années 1990, la firme Sun Microsystems fait don au département
de mathématiques de l’université de Varsovie
du plus gros serveur fonctionnant en Europe centrale. C’est
le début de la multiplication des sites web polonais, pour
la plupart hébergés sur ce serveur, sous l’adresse
http//icm.edu.pl.
Toutefois,
il faut attendre la fin des années 1990 pour que l’Internet
devienne en Pologne un outil massivement utilisé. En 1998,
Alcatel recense 2,5 millions d’internautes dans le pays, chiffre
qui s’envolerait pour atteindre près de 6 millions
en 2000. Mais ces estimations sont probablement surévaluées.
Pour sa part, l’Union internationale des télécommunications
indique en 2001 un taux d’accès à l’Internet
de 9,8%, pour une population totale de 38 millions d’habitants,
et souligne à cet égard le retard de la Pologne sur
ses voisins slovaque (12,0%), tchèque (13,6%) ou hongrois
(14,8%). Telekommunikacja Polska, de loin le principal opérateur
téléphonique et fournisseur web en Pologne, revendique
quant à lui 1,4 million d'abonnés à l’Internet
en juin 2002. Chaque ménage polonais comptant en moyenne
trois personnes, on peut donc évaluer à un peu plus
de 4 millions le nombre d’internautes polonais au début
de l’année 2003.
L’aventure du Net-art commence en Pologne au milieu des années
1990. En 1996, le Centre d’art contemporain de Varsovie organise
les premiers “ Ateliers Internet ” avec le soutien de
la société informatique polonaise ATM. Il s’agit
de former les artistes polonais à l’élaboration
d’une page web et de les sensibiliser aux potentialités
artistiques du support. Parmi les néophytes qui se frottent
alors à la création sur le web, on trouve le plasticien
Pawel Althamer, la musicienne et vidéaste Barbara Konopka,
ou encore l’artiste multimédia Piotr Wyrzykowski.
En février 1997 est créé, toujours à
l’initiative du Centre d’art contemporain de Varsovie,
le suffixe “ art.pl ”. Cette initiative, unique au monde,
permet à toute personne impliquée dans l’art
en Pologne d’ouvrir un site, hébergé gratuitement,
sans limite de capacité. Les initiatives personnelles se
multiplient alors. Mais les propositions ambitieuses sont plutôt
rares, notamment pour des raisons de financement : l’argent
public est consacré à d’autres priorités,
et aucune entreprise n’a renouvelé l’expérience
d’ATM en 1996.
Plutôt
que des artistes confirmés, ce sont donc souvent de jeunes
webdesigners – ils sont légion en Pologne car toutes
les grandes entreprises polonaises créent leur site Internet
à la fin des années 1990 – ou de jeunes talents
issus de l’art populaire, qui investissent le web. La plupart
des 3000 sites “ art.pl ” font la part belle aux bandes
dessinées et aux graphismes inspirés des “ szablon
”, ces pochoirs de rue contestataires apparus sous le régime
communiste et qui, depuis le début des années 1990,
exigent surtout la dépénalisation du cannabis ou la
fin de la mainmise de l’Eglise catholique sur la société
polonaise.
Cette tendance à un net-art “ de masse, assez
amusant mais d’importance esthétique limitée ”,
comme le reconnaît le webdesigner et net-artiste Dominik Zacharsky,
est confirmée par le véritable phénomène
des “ blogs ”. Ces pages personnelles à
mi-chemin entre l’agenda et le journal intime connaissent
un immense succès en Pologne, avec plus de 70 000 sites recensés.
Leur caractère prédominant fait apparaître l’Internet
en Pologne comme un moyen d’identification et d’expression
privilégié pour une nouvelle génération
plus internationalisée, car arrivée à l’âge
adulte juste après la fin du régime communiste. Mais
faute de moyens économiques et techniques, et aussi faute
de de temps – la plupart des net-artistes sont des webdesigners
qui “ bidouillent ” à leurs heures perdues -,
le langage ainsi déployé reste pour l’heure
balbutiant.
Benjamin Bibas
Pages suivantes du dossier Web Polonais :
- Interviews : Les années 1990 marquent
à la fois le retour à la liberté d’expression
et l’apparition de l’Internet en Pologne. Comment les
Polonais se sont-ils saisi de ce nouveau média ? (en
français) (english version)
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