Pays de l'Est :
  • Sommaire

  • Europe de l'Est :
    Naissance des arts du net
  • Web polonais : un art populaire
  • Pologne : interviews de M. Van der Haagen, T. Dubialawicz & L. Gorczyca
  • Pologne : interviews (engl. version)
  • Pologne : Liens commentés
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    Liens
  • Europe de l'Est : Sélection de sites
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    Europe de l’Est : naissance des arts du net
    Par Laurent Rollin



    Ce n’est pas un hasard si de nombreuses œuvres fondatrices du Net.Art (terme employé la première fois en 1995 par l’artiste slovène Vuk Cosic) apparaissent au début des années 90 dans les pays de l’ex-bloc de l’Est. En cette fin de millénaire, de nombreux facteurs historiques, politiques, idéologiques, technologiques, permettent à une poignée d’artistes de forger un mouvement visant à briser le népotisme, le matérialisme, la conformité des institutions artistiques. Pour des plasticiens qui accédaient à une « nouvelle liberté », le pouvoir absolu des galeries, des musées et autres lieux de conservation de l’art devait voler en éclats grâce aux possibilités qu’offrait Internet. Au même titre que le matériau brut, l’art devait avoir sa place dans le quotidien individuel et/ou collectif, pour intégrer la vraie vie au travers d’une nouvelle icône universelle : l’écran. Perçu véritablement comme une terre promise, ce nouveau médium devait provoquer la Glasnost de la création.

    Internet, la voie du renouveau
    Après la chute du rideau de fer, les événements politiques se précipitent à grande vitesse. La plupart des pays de l’Europe de l’Est sortent de la domination soviétique et entrent, de façon plus au moins sanglante, dans le « monde libre ». Mais une fois l’euphorie de l’occidentalisation passée, l’anarchie politique, les angoisses nationalistes, les guerres, les crises sociales et économiques, les scandales liés à une série de privatisations désordonnées et radicales frappent inexorablement cette partie du monde. Dans ce contexte difficile de reconstruction post-communiste, le développement de l’art s’est alors figé. Qui plus est, la remise en question des valeurs-mêmes de la création artistique est apparue. Le modèle classique du mouvement avant-gardiste où l'art se met lui-même en question fut présenté comme obsolète et les repères modernistes en proie à une tension existentielle. Le processus d’innovation traversait une crise sans précédent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Internet, apparu à cette même époque, se révélait en revanche aux artistes comme un champ vierge d’expérimentations, un espace ouvert à l’échange, un terrain de recherche, et surtout une zone de renouvellement temporaire, éloignée et de l’emprise communiste et des (futures) contraintes avilissantes des lois de marché.

    Connectivité pour tous
    Karl Popper (centre) et George Soros Le philosophe-financier George Soros a contribué au développement d’Internet et des nouveaux médias en Europe de l’Est. Dès la chute du mur de Berlin, le Hongrois lance une vaste politique de mécénat social et culturel. Dans un élan philanthropique dans le domaine de l’aide internationale, il met en oeuvre le concept poppérien de l’Open Society. A l’aide de son réseau de fondations, il accompagne la marche de ces pays vers la démocratie et le capitalisme fonctionnel : «En pratique, une société ouverte est caractérisée par un Etat de droit ; le respect des droits de l’homme, des minorités et de leurs opinions; des gouvernements démocratiquement élus; une économie de marché, où les entreprises sont indépendantes du gouvernement; et une société civile épanouie.»(1) Le programme baptisé « Internet » qui voit le jour en 1992 participe à la connectivité de très nombreuses universités et centres artistiques. Grâce aux initiatives de Soros, plusieurs laboratoires d'art contemporain apparaissent : le C3 en Hongrie, le LABoratory for New Media Art en République Tchèque, le Ljudmila Ljubljana Digital Media Lab en Slovénie. Tout cela donne une base solide à la création contemporaine et un formidable développement des arts du Net. Face à l’immobilisme des institutions, l’artiste de la « Deep Europe » a désormais la possibilité d’ouvrir son champ créatif au monde (du réseau) et peut ainsi s’engouffrer dans l’ère de la communication globale.

    Les fondements du Net.Art, l’art sans objet
    Connectés au net, les individus ont à portée de main une ressource inépuisable d’informations. A la fois outil de compréhension et moyen de communication et d’expression, Internet consacre la disparition de l’objet comme but ultime de la production artistique. Les précurseurs du Net.Art des pays de l’Est comme Vuk Cosic ou le Russe Alexei Shulgin prennent très vite une position très critique à l’égard du web. A partir du moment où l’information est numérisée, sa forme finale peut s’affranchir de son contenu au profit de sa mise en forme et de la nature de son codage. Le médium devient à la fois message et matière. Pendant que Cosic recycle, ré-agence l’histoire de l’art en ASCII, Shulgin utilise les éléments formels du langage HTML pour créer une œuvre visuelle mutine et provocante. L'œuvre est entièrement réflexive, le contenant est le contenu, la forme est le fond, le signifiant est le signifié et réciproquement, parfaite tautologie..

    Diversités culturelles et évolution des individualités
    Il va sans dire que la production liée aux nouveaux médias des pays d’Europe Centrale n'est absolument pas homogène et varie d'un pays à l'autre. L’évolution des arts du net dans cette zone géographique ne peut être pleinement perçue sans une compréhension de l’histoire culturelle de chaque pays. A titre d’exemple, les tendances visuelles des arts du net ont pu connaître un essor considérable en Pologne, dans l’ex-Yougoslavie et en Hongrie grâce à une politique à la fois officielle et officieuse rémanente de la forte influence du cinéma expérimental. A contrario, l’ex-Tchécoslovaquie et la Bulgarie, n’ayant pas connus pareil développement du film de recherche, se retrouvent inévitablement à la traîne sur ce terrain graphique. Presque quinze ans après l’ouverture du rideau de fer, les politiques culturelles de l’ancien bloc ne sont plus du tout au même niveau. Les futurs développements/évolutions des arts du net dépendront ainsi des traditions artistiques locales, mais encore du progrès technologique, de l'appui accordé par les agences non gouvernementales comme la Fondation Daniel Langlois ou l'organisation V2 de Rotterdam, des aides d'Etat, d’une stabilité économique et d’une conjoncture favorable et, surtout, de la synergie des groupes et des communautés.

     

    (1) défini dans le rapport annuel de l’organisation.

    Web polonais : un art populaire