Chine :
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  • Le panopticon chinois : La liberté de l’Internet en question
  • Panopticon chinois : les sources et sites commentés
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    Interview Du Zhenjun : « les médias sont le message »
    Par Arnaud Jacob


    « La Chine a toujours vécu dans une volonté de contrôle mais l’enjeu est aujourd’hui d’abord économique. J’ai grandi dans une Chine communiste mais le contrôle aujourd’hui est brisé : et cela grâce aux nouvelles technologies. Le fax, le téléphone, les satellites, l’Internet transmettent à une telle vitesse l’information que le gouvernement ne peut plus exercer aucun contrôle généralisé. »

    "Le médium est un message" dit-on. Aujourd'hui, avec le travail d'artistes tels que Du Zhenjun ou Wang Du, deux artistes d'origine chinoise vivant et travaillant en France, on pourrait retourner la proposition et stipuler que "les médias font le message". De la démocratisation des nouvelles technologies en Chine et ailleurs. Entretien avec Du Zhenjun, artiste multimédia (installations interactives) résidant en France depuis 1989.

    Quelle est la part, à la fois de réflexion esthétique et de dénonciation politique, que comporte votre travail – le tiens et celui de Wang Du - sur la société de l'information ?
    J’aime d’abord bien le travail de Du. Il a beaucoup utilisé les médias et les journaux. Ne dit-il pas avec une forme résolue : « je suis un média » ? Il y a une dimension très ironique dans sa démarche, il fait une caricature très critique du langage des médias. Mais son intention est de se situer et d’évoluer dans le champ du néo-pop en art contemporain.

    Moi, c’est complètement l’inverse, le milieu de l’art contemporain ne m’intéresse pas, c’est la vie qui m’intéresse. On parle de quatrième pouvoir en parlant des médias, ce qui est vrai historiquement, mais on ferait bien mieux, à considérer leur présence et leur influence dans la vie quotidienne, de parler du premier pouvoir. Il sont le pouvoir de la dictature « invisuelle ».
    Moi aussi, je critique les médias ; je crée des médias dans un environnement de nouvelles technologies pour lier de façon sensible le visiteur à un programme informatique, mais avant tout pour critiquer la vie quotidienne. Je ne suis pas coincé dans l’art contemporain.
    J’écoute tous les jours RFI qui émet vers la Chine et dont le message est « Le monde est chez vous ». Toute ma critique est là : en regardant le journal télévisé, en écoutant la radio, le média donne l’impression aux gens de connaître le monde, de lui donner une dimension réduite, directement accessible. C’est faux. Ce monde n’est pas le monde de la réalité, mais celui des journalistes, de l’entreprise pour laquelle ils travaillent : avec leurs ambitions, leur envie de notoriété, leur course à la célébrité.


    2/ La Chine est rapidement passée sous l'impulsion des politiques d'une société agricole et industrielle à une société de communication et de services. Toutefois, on stigmatise beaucoup depuis l'Europe et les Etats-Unis la censure et le contrôle de l'Internet chinois, qui est quelquefois qualifié de « panopticon numérique » ou de « Golden shield ». Qu'en
    pensez-vous ?
    J’ai grandi à l’époque de Mao, et je sais combien la volonté de contrôle était forte, comment celui-ci a pu être sévère : le gouvernement surveillait comment vous pensiez, comment vous communiquiez avec les gens. Mais à l’époque nous étions encore à l’ère du courrier. Les lettres étaient ouvertes, les échanges étaient très facilement surveillés mais aujourd’hui, à l’ère de l’Internet et des échanges numériques d’information, le contrôle ne peut plus être aussi simple.
    Il peut y avoir de la surveillance des échanges (mail, fax.. .) de particuliers, de la surveillance de personnes - dans le cadre d’enquêtes par exemple -, mais ça ne peut concerner qu’une minorité de personnes : cent cas, mille cas peut-être, mais en Chine il y a un milliard de personnes !
    Dans la jeune génération, tout le monde a à présent un ordinateur et le gouvernement n’a tout simplement pas l’argent, pas les moyens économiques, pour contrôler tout le monde. Le seul moyen pour le gouvernement chinois de rétablir ce contrôle serait de stopper tout développement de l’informatique : détruire les ordinateurs, suspendre la croissance du secteur des nouvelles technologies mais cela non plus n’est plus possible. La Chine a envie de cette modernité, et c’est en premier lieu le gouvernement qui a voulu et développé l’Internet, c’est lui qui a mis en place ces infrastructures, ce n’est pas le peuple. Je n’ai aucun souci : il y a contrôle mais celui-ci sera brisé, celui-ci devra disparaître.

    3/ Quel regard portez-vous alors sur la démocratisation des nouvelles technologies ?
    Le plus intéressant est l’aspect double de cette libéralisation. On parle de liberté mais en réalité il n’y a aucune liberté. C’est le sens même de mon travail : il est impossible de séparer les aspects positifs et les aspects négatifs ; les deux restent indissociablement et irréversiblement entremêlés. Ce qui m’intéresse plutôt que de parler de "libéralisation" d’ailleurs est comment l’homme de façon générale se retrouve très rapidement pris dans une "uniformisation".

    On croyait que le virtuel offrait à l’homme un espace de liberté. A Shanghaï, par exemple, qui est une ville où souffle un fort vent de modernité, on croyait en effet que l’on allait être enfin libre. Mais tout le monde devient de plus en plus comme ici, adopte les modes de vie et les manières de penser occidentaux. Les écritures chinoises et occidentales restent très différentes, mais les différences culturelles deviennent de plus en plus ténues. Si l’on prend le cas de la Chine donc, certes les distances sont abolies, mais la nouvelle génération n’a plus aucune marge de manœuvre pour créer un nouvelle culture, pour inventer ne serait-ce qu’un mode de vie un tout petit peu différent. Il serait aujourd’hui impensable de voir naître une nouvelle civilisation.


    4/ Quelle est notre place alors dans ce mouvement d’uniformisation ? Y a-t-il une possibilité de résistance selon vous ?
    Il y a une résistance possible face à la machine et à l’uniformisation, mais qui vient du « sentiment d’humanité ». C’est la raison pour laquelle autant de monde aujourd’hui estime que le danger n’est plus dans le communisme. Le mur de Berlin est tombé, pendant dix ans rien n’a été dit et aujourd’hui survient à présent la peur de la globalisation. Pourquoi ces dix ans ont-ils précisément correspondu aux dix années de développement technologique ?
    L’économie libérale a précisément axé tous ses efforts sur le développement du numérique pour conquérir le monde entier. La Chine aujourd’hui n’est plus un pays communiste. Elle l’est de façon superficielle, le fond est libéral et « américain ». Le pays tout ensemble, et pas seulement le gouvernement, est profondément normalisé et libéralisé, et cela par l’entremise des nouvelles technologies. Aujourd’hui la Chine, demain peut-être le Tibet et l’Inde : tous sont devenus des petits américains avec une même soif de conquête.


    5/ Et les artistes chinois ? Le fait d’avoir un travail artistique - que ce soit un travail recourant aux supports traditionnels ou au outils des nouvelles technologies, est-ce que ce n’est pas en soi une forme de critique, de résistance à l’uniformisation ?
    Non, je ne crois pas que ce soit ce motif, cette raison. Pour eux, le travail d’artiste numérique fait partie d’une mode, dans tous les sens du terme : c’est un langage contemporain qui leur semble permettre une réussite plus facile. C’est un nouveau langage qui se présente avant tout comme un langage très puissant. Ils sont très nombreux à pratiquer les arts numériques mais s’inscrivent d’abord dans le sillage de la « nouvelle création ».

    Si quelques artistes s’inscrivent dans l’antimondialisation ou critiquent les nouvelles technologies, c’est pour rester avec un point de vue local, c’est pour demeurer dans une Chine très faible mais c’est une minorité.
    Les Chinois – la population comme le gouvernement - ont envie de devenir comme les Occidentaux, c’est-à-dire que la Chine devienne un pays riche, fort, puissant, aussi fort que les autres. La critique de la mondialisation et de la globalisation représente une toute petite minorité. Il n’existe pas de mouvement comme les altermondialistes, de personnalités comme José Bové en Chine.
    Quant à moi, je m’inscris d’abord dans une critique d’un phénomène mondial. J’ai l’avantage sur eux d’avoir une vision globale, de ne pas être resté dans un coin de la Chine.

    Propos recueillis à Aubervilliers en septembre 2003.
    Lire aussi sur Fluctuat.net l'entretien avec Du Zhenjun "Cover/Découvert", à propos de l'exposition Etre humain trop lourd dans le cadre du Festival d'automne à Paris, novembre 2003

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