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« Big Mama is watching you »
«
Nous entrons dans des sociétés de contrôle
qui se définissent très différemment des
disciplines, nous n’avons plus besoin, ou plutôt ceux
qui veillent à notre bien n’ont plus besoin (…) de milieu
d’enfermement (G.
Deleuze) ». Comment, après la littérature
et la philosophie, les concepts de « panopticon »
ou de « Golden Shield » ont-ils été
remis au goût du jour par la cyberculture ? Pour faire
simple et parce que ces choses sont relativement connues, il
faut sûrement d’abord en passer par Foucault et Deleuze,
dont les thèses sur le passage de la société
disciplinaire à la société de contrôle
(autrement appelée société de surveillance)
ont fait florès dans nos imaginaires politiques puis
littéraires contemporains. A la société
disciplinaire caractéristique de l’Ancien régime,
l’époque moderne a donc substitué une société
de contrôle où aujourd’hui l’information, son contrôle
et sa possession on et off line sont les maîtres-mots.
Les contraintes ne sont donc plus disciplinaires - telles que
l’emprisonnement physique des personnes – mais de surveillance
et de traçage des individus.
Pour
faire court, il s’agit donc d’une synthèse du bon vieux
« Big Brother is watching you » de Georg
Orwell et du Panopticon de Jeremy Bentham où tout semble
permis mais dans lequel l’accès aux informations est
drastiquement contrôlé : tout est autorisé,
mais les mesures de filtrage sont telles que l’offre elle-même
d’information est exempte de toute portée dissidente
qui puisse mettre en péril le bon ordre social. Tout
est possible mais dans un système de surveillance généralisé
où l’instance régulatrice exerce un contrôle
au choix entièrement centralisé (vision «
panoptique » de la surveillance avec caméras et
filtres de toutes sortes commandés à distance)
ou singulièrement désincarné puisque totalement
intégré dans les habitudes de chacun. On se croirait
là dans un mauvais trip d’Hubert Selby Jr (le paranoïaque
The Cell) ou dans une anticipation politique à
la Orwell (le prophétique 1984).
Conclusion - forcément provisoire - de ce rapide survol
historique et théorique ? Il s'agit d'une hypothèse.
Et si, ingénieusement filtré et insidieusement
surveillé par la pléthore de petits soldats «
en uniforme » que nous serions tous devenus, (lire à
ce sujet l’entretien avec Du Zhenjun),
l’Internet chinois était devenu aussi docile qu’une réunion
de cadres dans les bureaux feutrés de Microsoft...
[illustrations du dossier : all pictures courtesy of Zan Xin
Chun - copyright
Zyboy.com (Photolog of Beijing), janvier-décembre
2003 ; except the last one 10 dec 2003, wednesday : nan
wan ||| HK plaza copyright Before
the rain (daily photolog "a room with a view"),
2003]
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