|
Censure
ou auto-régulation ?
Depuis son ouverture au secteur privé en 1995, l’industrie
de l’Internet chinois a eu plusieurs fois maille à pâtir
avec les différentes législations qui en contrôlaient
l’exploitation. Editeurs de logiciels, fournisseurs d’accès
Internet et responsables de cybercafés ont supporté
une succession de décrets contradictoires par rapport
à cet engagement fondateur, qui les obligeaient notamment
à exercer un contrôle toujours plus sévère
sur leurs clients. Depuis la mise sous tutelle des activités
relatives à l’Internet par le Bureau de la sécurité
publique dès 1994, ces opérateurs se sont ainsi
successivement vus obligés de conserver les données
personnelles de chacun, de surveiller les correspondances (chat,
BBS et e-mails) et d’avertir les autorités si celles-ci
contrevenaient aux lois en vigueur. Tous les propos jugés
« réactionnaires », « hérétiques
», « politiquement sensibles » ou «
subversifs », « pornographiques » doivent
donc depuis longtemps être rapportés par les opérateurs
eux-mêmes aux pouvoirs publics. Une police de l’Internet
a également été créée pour
les épauler en cas de manquement : sa mission, bloquer,
filtrer et surveiller l’Internet et ses différents points
d’accès.
En
mars 2002, un code de bonne conduite a été signé
par quelques trois cent éditeurs nationaux et internationaux,
au premier rang desquels les portails commerciaux Sina.com et
Sohu.com. Dans la liste des signataires figurait également
Yahoo ! Inc bien décidé à être présent
sans discontinuité sur le marché de l’Internet
chinois avec son enseigne régionale : Yahoo China. Selon
l’agence de Presse AP, citée par Zdnet [dans un article
de juillet 2002], l’entreprise américaine acceptait en
effet de signer ce traité en contradiction expresse à
une clause de la déclaration universelle des droits de
l’homme et du citoyen dont il est également signataire
: « Les multinationales qui opèrent en Chine ont
la responsabilité de contribuer à la promotion
et à la protection des droits fondamentaux ». Les
trois cents signataires s’engageaient par ailleurs, entre autres
règles internationales relatives à la lutte contre
la cybercriminalité ou au respect des codes de propriétés
intellectuelles, à ne pas « reproduire, publier
ou disséminer des informations pernicieuses qui pourraient
mettre en péril la sécurité de l’Etat et
perturber la stabilité sociale [de la RPC] ». Parmi
les cas avérés, le site de la secte Falum Gong,
mise hors-la-loi par le gouvernement de Pékin, n’apparaît
pas dans l’annuaire de Yahoo China.
Ce
code de bonne conduite (Public Pledge on Self-Discipline
for China Internet industry) a été diffusé
dès mars 2002 à l’initiative de L’Internet Society
of China (ISF), un organisme semi-gouvernemental qui publie
par ailleurs les statistiques sur l’Internet chinois. Il devance
à l’époque les attentes du gouvernement chinois
en matière de surveillance d’Internet. La RPC devait
en effet édicter au 1er août suivant une mise à
jour d’un décret toujours plus directif régissant
le droit de publier en ligne. Adapté de la législation
sur le droit de la presse, celui-ci étend à l’ensemble
des serveurs d’information de l’Internet chinois (éditeurs
de presse, éditeurs de livres, éditeurs audiovisuels,
services de discussion) l’obligation de ne publier que des articles
ou des contenus validés par les instances officielles
du Parti communiste chinois. Tous les contrevenants, éditeurs,
auteurs ou simples utilisateurs de forums encourent de lourdes
amendes (jusqu’à 10 fois le chiffres d’affaires du site)
ou la fermeture immédiate de la société
éditrice. Ces mesures ne faisaient qu’étendre
à la presse en ligne les contraintes qui pesaient déjà
sur l’ensemble de l’industrie de l’Internet en Chine.
|