Argentine/
Uruguay :
  • Intro
  • A/U : Les pionniers de la mémoire
  • Interviews :
  • net.art : Brian MacKern, Uruguay (en fr / en esp).
  • net.art : Gabriela Golder, Argentine
    (en fr / en esp).
  • Luciana Sario, Bistart.com, San Francisco
    (en fr / en esp).
  • Liens : Sélection de sites
  •  

     

    Interview : Luciana Sario, éditrice argentine :
    “Grâce à l’Internet, on assiste à une ravalorisation de la culture latine”


    Depuis 1998, l’Argentine Luciana Sario dirige la revue online d’art contemporain Bistart.com. Un panorama sélectif de l’actualité artistique mondiale, édité à San Francisco (Etats-Unis), par un groupe d’artistes et de critiques argentins qui ont choisi de s’exprimer sur l’Internet. Au cours d’un entretien, Luciana Sario explique ce que le réseau a changé dans la culture latine ces dernières années.


    Fluctuat.net : Bistart.com est animée par trois Argentins – un journaliste, une artiste et un curator - mais son siège est à San Francisco (Etats-Unis). N’était-il pas possible de réaliser ce travail online de recension et de critique d’art contemporain à travers le monde depuis Buenos Aires ?

    Si. La revue pourrait être éditée dans n’importe quel lieu de la planète, puisqu’elle ne revendique aucune identité géographique ou régionale. De fait, ses collaborateurs sont des critiques, journalistes, artistes, webdesigners, etc., qui viennent du monde entier : Joe Gurkoff est américain, Laura Regil mexicaine, Agustina Fernandez argentine… Le plus important, dans ce projet, c’est sa philosophie et sa finalité éditoriale. Etre une revue d’art contemporain international suppose d’être confronté à une variété immense d’expositions, d’artistes, d’événements et d’informations. Dès lors, le choix des thèmes à traiter est essentiel.
    J’ai fondé Bistart.com en 1998 à San Francisco. Je suis argentine, mais j’habite cette ville depuis six ans. Ces derniers temps, je vis entre San Francisco et Buenos Aires, ce qui m’a amené à me constituer également une base dans la capitale argentine. Celle-ci a surgi non seulement pour des raisons de commodité, mais également par nécessité d’interagir plus facilement avec la communauté artistique locale, qui se développe actuellement à une vitesse impressionnante. L’idéal serait de pouvoir créer ce type de centres d’observation dans différentes parties du monde. D’une certaine manière, c’est ce que nous sommes en train de réaliser puisque nous avons des correspondants dans toutes les grandes régions où nous sommes en ligne, mais il serait intéressant que BistArt arrive à s’étendre y compris physiquement, afin d’initier des projets offline.

    Dans une interview accordée à la revue espagnole online Bitniks, tu as estimé que “cette possibilité qu’apporte l’Internet de trouver et de diffuser est la clé de la création d’une nouvelle culture latine”. Qu’appelles-tu “nouvelle culture latine” et quelles sont ses différentes formes actuelles online et offline ?

    Cette interview a été publiée en 2000, et depuis j’ai déjà eu l’occasion de préciser que... En fait, on ne peut pas vraiment parler d’une nouvelle culture latine, mais on peut dire que grâce entre autres à l’Internet, on assiste à une revalorisation et à une plus grande diffusion de tout ce qui a à voir avec le monde latin. Et je crois qu’actuellement cette tendance se poursuit, qu’il s’agisse de la musique, de la mode, du cinéma ou de l’art en général. Aujourd’hui je peux me trouver en Thaïlande, à Paris ou à Atlanta et je peux écouter à la radio ou regarder sur le canal MTV local la Colombienne Shakira ou le Portoricain Ricky Martin ; je peux me trouver en Angleterre ou à New York et assister aux spectacles de De la guarda.
    En ce qui concerne l’art en particulier, des plasticiens très intéressants ont émergé ces dernières années, comme le Cubain Kcho, qui réalise des installations très symboliques en faisant référence à l’émigration. Kcho a exposé dans divers centres d’art et musées, dont le MOCA de Los Angeles, le Palacio de Cristal et le Reina Sofia de Madrid ou la Galerie Nationale du Jeu de Paume à Paris.
    Aux Etats-Unis, plusieurs musées et centres d’art se sont lancés dans des relations fécondes avec la culture latine. Par exemple, le San Francisco Art Institute a développé un programme d’échanges avec Cuba, à partir de résidences d’artistes cubains à San Francisco et vice versa. C’est ainsi que le public californien a pu découvrir le collectif cubain Los Carpinteros. A la fin de l’an 2000, le Museum of Contemporary Art de San Diego (Californie) a organisé, grâce aux curators Elizabeth Armstrong et Victor Zamudio-Taylor une exposition qui a réussi à réunir un panorama assez intéressant de ce que pourrait être l’art latino-américain aujourd’hui. Cette exposition, intitulée “Ultra Barroque Aspects of Post Latin American Art”, a voyagé toute l’année 2002 dans divers musées des Etats-Unis, véhiculant des œuvres d’artistes comme Miguel Calderón, Adriana Varejão, Ruben Ortiz Torres, Yishai Jusidman ou Lia Menna Barreto.
    Par ailleurs, dans les vingt dernières années, c’est la ville de Miami qui est devenu le centre névralgique d’exposition de la culture latine. Cette cité est la porte d’entrée des Etats-Unis, la Mecque des collectionneurs latins, une ville de transition ouverte sur plusieurs frontières, où circulent de nombreuses langues. Récemment, la très réputée biennale Art Basel a d’ailleurs choisi Miami pour accueillir la version américaine de l’événement. Art Basel Miami, inauguré en novembre 2002, a aussi permis, d’une certaine manière, de diffuser tout ce qui a trait à la culture latine.

    Dans les années 1960 et 1970, l’Amérique latine a donné naissance à une génération d’écrivains et d’artistes mondialement reconnus, qui étaient très engagés politiquement dans des luttes de gauche. Aujourd’hui, après la fin des utopies marxistes, les artistes argentins et urugayens continuent-ils de s’exprimer politiquement ? Si oui, sous quelle forme et avec quels médias ?

    En Argentine, il y a aujourd’hui un débat qui oppose l’art “light” à l’art “plus engagé”. Toute la génération qui est apparue dans les années 1990 a été plus ou moins taxée d’“artistes light ” car elle créait des œuvres qui, soi-disant, n’avait aucun lien avec les idéaux politiques ou les situations sociales. Cette tendance se poursuit actuellement, de nombreux artistes optent pour le parti pris de réaliser un art qui n’est pas lié à la réalité socio-politique. C’est pourquoi, outre le fait que les utopies ne sont plus guère porteuses, l’art latino-américain semble aujourd’hui hésiter entre la voie de l’art “formaliste” et celle de l’art “engagé”. Car en fait, il est tout de même difficile de s’abstraire complètement de la situation socio-politique dans une région qui a toujours connu des luttes et qui traverse aujourd’hui une des crises économiques, politiques et sociales les plus aiguës de son histoire.
    Cette année, plusieurs artistes et expositions ont abordé ces thèmes avec une bonne dose de subtilité et d’ironie. Par exemple, Tomas Espinosa fait référence, dans son œuvre 26 de Junio del 2002/Los fusilados, à l’horreur que les Argentins ont dû supporter ces derniers mois. Le tableau a été peint à la poudre, et non à la peinture, il représente une scène de violence relatée dans un journal de Buenos Aires en juin 2002. Une autre artiste, Fabiana Barreda, est l’auteur de la Casa Rosada, reproduction en sucre de la résidence présidentielle, qui met en évidence la fragilité du système politique argentin.
    Les musées jouent également un rôle prépondérant dans la diffusion de ces nouvelles tendances. Le MALBA, Musée latino-américain de Buenos Aires, consacre toute une partie de sa programmation à des expositions liées à la réalité présente. De son côté, la fondation Proa (www.proa.org) a organisé au début de l’année 2003 une exposition collective “Ansia y Devoción” (“Angoisse et Dévotion”), qui se donnait pour objet d’analyser la réponse artistique que l’Argentine a donné à la crise qui a éclaté en décembre 2001. Les propositions accueillies explorent les champs politique, social, économique ou culturel contemporain, dans une tentative de réfléchir sur la réalité argentine actuelle, en dépassant les contraintes et les limites temporelles, en bousculant les disciplines et les esthétiques, en plongeant dans l’histoire, dans les mythes et dans la mémoire collective.

    Lire la revue BistArt : www.bistart.com

    Propos recueillis par mail et traduits par Benjamin Bibas

    lire aussi les interviews :
    - net.art : Brian MacKern (Uruguay)
    - net.art : Gabriela Golder (Argentine)


    Liens : tour d'horizon des webs argentin et uruguayen