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    Interview : Gabriela Golder, net.artiste argentine :
    “Cortazar ou Borges ont imaginé l’hypertexte”


    Gabriela Golder, vidéaste et net-artiste originaire de Buenos Aires (voir son travail : http://abecedario.free.fr et http://postal.free.fr), complète actuellement sa formation à Cologne (Allemagne). Elle était à Paris le 17 avril 2003, pour la séance des Cinémas de demain du Centre Pompidou consacrée à l’Internet en Argentine et en Uruguay. Entretien.

    Fluctuat.net : De nombreux net-artistes argentins viennent du cinéma et de la vidéo. Penses-tu qu’il existe une relation entre la qualité du cinéma argentin actuel et celle de votre production à vous, les net-artistes ?

    Les net-artistes argentins qui viennent du cinéma ou de la vidéo ne sont pas si nombreux. Mais pour moi, leurs travaux sont très intéressants, parce qu’on y trouve une trame narrative assez particulière où apparaît une hybridation des langages. En revanche, je ne vois aucun rapport entre le cinéma argentin actuel et le net-art. On trouve des films argentins de très bonne qualité et d’autres très mauvais, et c’est la même chose avec le net-art. Mais la qualité des œuvres de net-art est beaucoup plus difficile à évaluer, car il n´est déjà pas simple de définir au juste ce qu’est le net-art.

    Les intellectuels et les artistes argentins ironisent souvent sur leur isolement géographique vis-à-vis du centre de la vie culturelle mondiale. Internet est alors apparu comme un outil idéal pour les rapprocher et les connecter à d’autres continents. Pourtant, de nombreux net-artistes argentins ont ressenti le besoin d’aller travailler à l’étranger, dans des villes comme Los Angeles, Paris, Barcelone ou Cologne. Comment analyses-tu ce paradoxe ?

    Je ne crois pas que les artistes et les intellectuels argentins se plaignent tant que ça d’être isolés : malgré tout, l’Argentine reste assez ouverte à la mobilité. Cela est vrai en littérature, en musique, en cinéma, dans les arts plastiques… Mais il est vrai que l’Internet ouvre des possibilités de communication : être sur le réseau permet de rendre une œuvre accessible à des personnes dont on imagine même pas où elles sont. Toutefois, je ne pense pas que le réseau permet de rapprocher les gens. Il rend juste les œuvres accessibles.
    En termes de catégories, je parlerais davantage d’artistes que de net-artistes. Et je ne pense pas qu’il y ait là un paradoxe. Les artistes voyagent dans des villes qui leur offrent d’autres possibilités, et pas seulement matérielles : tout simplement le fait de pouvoir s’éloigner, aller et venir, se déplacer, autant de choses que je crois fondamentales pour l’acte de création. Chaque fois, je rencontre dans différents pays des artistes qui vivent ainsi, allant et venant, sans domicile fixe. C’est ce que j’ai appelé, un jour, le concept de “nation flottante”. Pour ma part, je développe actuellement à Cologne des projets qu’il me serait difficile de réaliser en Argentine, je fais autre chose, je profite du contexte, des possibilités que m’offre un autre lieu. Mais une fois de plus, je ne me suis pas enfuie d’Argentine, pas du tout, je suis seulement en Allemagne pour le moment et je reviendrai en Argentine, avant de repartir…

    Historiquement, l’Argentine est un pays d’immigration. Au contraire, vous, les net-artistes nés à Buenos Aires dans les années 1960 et 1970, êtes en train d’expérimenter la condition d’émigrés. Cela a-t-il une influence sur votre manière d’“ écrire ” sur l’Internet ? Y a-t-il des points communs entre votre démarche artistique et celle des grands écrivains latino-américains des années 1960 ?

    Tous les net-artistes argentins ne viennent pas de Buenos Aires. Ivan Marino (voir ses œuvres : http://hypermedia.ucla.edu/ivan), par exemple, vit à Rosario, une ville d’un million d’habitants située au bord du fleuve Parana. Ceci dit, j’insiste : je ne crois pas qu’on puisse parler d’émigrés dans notre cas. Notre communauté, en général, n’a pas quitté son pays. Il s’agit plutôt de déplacements, de flux, d’allers-retours nécessaires.
    Par ailleurs, je ne vois pas de relation directe avec les écrivains latino-américains des années 1960. Chaque œuvre de net-art est bien particulière. Certaines contiennent surtout des éléments littéraires, d’autres des éléments visuels. Mais il est vrai que pour moi, des auteurs comme Julio Cortazar ou Jorge Luis Borges ont imaginé l’hypertexte avant même que les ordinateurs existent. Je pense par exemple à des œuvres comme Marelle de Cortazar ou El Jardín de los senderos que se bifurcan de Borges.

    Propos recueillis par mail et traduits par Benjamin Bibas


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    interview Luciana Sario, Bistart.com (San Francisco)