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Les
net.artistes qui émergent aujourd’hui sur les scènes
argentine et uruguayenne sont un peu les enfants de cette histoire.
Agés d’une trentaine d’années pour la plupart,
ils ont à peine vécu la dictature et leur adolescence
a été marquée par les débats sur
l’opportunité de l’amnistie. “J’étais enfant sous
la dictature”, constate ainsi la net.artiste argentine Gabriela
Golder (http://abecedario.free.fr,
http://postal.free.fr et
interview). “A l’adolescence, rien
ne filtrait vraiment sur les exactions commises par le régime
; la question de l’identité a été obsédante
et cela se voit encore dans mes travaux”. Revendiquant l’influence
des grands écrivains argentins du XXe siècle,
Gabriela Golder est l’auteur sur le Net d’une œuvre où
le texte est prédominant, où différentes
langues s’entremêlent et où les stimuli sonores
sont particulièrement soignés. “Borges et Cortazar
étaient déjà dans cette quête obsédante”,
reprend-elle. “Avec leurs thèmes favoris, le labyrinthe,
l’écriture aléatoire… Avant même les ordinateurs,
ils ont inventé une écriture qui permet brouiller
les discours existants pour mieux laisser des traces”.
Autre chercheur de mémoire, le net.artiste uruguayen
Brian MacKern (voir interview) a
inauguré en 1998 le site netart_latino
“database” (http://netart.org.uy/latino),
un portail en forme de cartographie du net.art latino-américain,
incluant des œuvres, des adresses mails et des liens vers des
sites d’artistes. A la fin des années 1990, époque
où le net.art commençait à peine à
naître en Amérique latine, il a éprouvé
la nécessité de traduire les pionniers est-européens
du net.art : JODI, Cosic, Shulgin… Avec Dina Roisman (www.mecad.org/becarios/dina/web/index.htm),
Ivan Marino (http://hypermedia.ucla.edu/ivan)
ou Mariela Yeregui (http://hypermedia.ucla.edu/mariela/index.htm),
il appartient à cette nouvelle génération
d’artistes du cône sud de l’Amérique latine, très
voyageuse, très internationale, qui partent chercher
à l’extérieur de leur pays ce que celui-ci ne
leur a pas appris sur eux-mêmes. “ Quand je vois que Carlos
Menem [ancien président argentin dans les années
1990, connu pour ses frasques et pour sa corruption] est arrivé
en tête du premier tour des élections présidentielles
en 2003 ”, conclut Gabriela Golder, “ je me dis qu’il y a décidément
un vide de mémoire absolu dans ce pays. C’est aussi pour
cela que le thème de la mémoire, de la trace,
est si fort dans nos travaux ”.
Benjamin Bibas
lire les interviews :
- net.art : Brian MacKern (Uruguay)
- net.art : Gabriela Golder (Argentine)
- Luciana Sario, rédactrice en
chef de Bistart.com (San Francisco)
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