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Une navigation rapide sur les web argentin et uruguayen (www.argentinaonview.com,
http://asiesuruguay.mailcom.net)
permet de s’informer sur l’histoire et les caractéristiques
communes de ces deux pays : colonisation espagnole dès
le XVIe siècle, indépendance acquise au milieu
du XIXe siècle et immigration européenne massive
(notamment italienne) dans les décennies qui suivent.
Au début du XXe siècle, les populations argentine
et uruguayenne sont très majoritairement constituées
de blancs venus d’ailleurs, qui n’ont presque jamais eu recours
à l’esclavage des Africains et qui ont évincé
- dans le meilleur des cas - les populations indiennes de leur
territoire. Après une période de forte prospérité
entre les deux guerres mondiales, des années d’appauvrissement
débouchent sur une dictature militaire dans les deux
pays. En Uruguay, la junte est responsable de 140 disparitions
entre 1973 et 1984. En Argentine, le régime du général
Videla se montre encore plus brutal en menant, entre 1976 et
1983, une lutte “ antisubversive ” qui cause, selon les estimations,
entre 8 500 et 30 000 victimes.
Dans les deux pays, le processus judiciaire est tronqué.
L'Uruguay approuve une loi d'amnistie par référendum
en avril 1989. Et en Argentine, le président Raul Alfonsin
fait voter deux lois d’amnistie en 1985 et 1986, avant de gracier
des généraux en 1990. Mais en achetant ainsi la
réconciliation, ces pays au récit historique déjà
court se privent d’une tribune où peut être établie
une version consensuelle des événements survenus
sous la junte.
L’Internet joue alors un rôle de tribune de substitution.
En Argentine, Madres.org,
le site de l'association des mères de la place de Mai,
continue, en sus de ses activités militantes, de publier
en ligne des informations sur la répression. Nunca
Mas (“Plus jamais”), est un site qui recueille des témoignages
(oraux, écrits, minutes des rares procès…) sur
la lutte “antisubversive”. Très précis sur les
modalités d'organisation militaire de la répression,
le site est aussi une tentative de fondation d’une mémoire
collective à partir de la recension et de la numérisation
de multiples témoignages individuels.
Enfin,
Desaparecidos.org,
site fondé par diverses organisations des droits de l'homme
argentines, s'inspire de l'exigence de vérité
des mères de la place de Mai pour l'étendre à
d'autres conflits, hors Argentine. Le web devient ainsi un lieu
propice pour que des internautes, partout dans le monde, apportent
des témoignages ou des documents sur un crime de masse,
contribuant ainsi à donner un visage à chacune
des victimes. “Bien que les criminels jouissent de l’impunité
que leur confère la loi”, précise le site, “ils
devront au moins affronter la honte que tout le monde sache
ce qu’ils ont fait et ce qu’ils sont”. Desaparecidos.org entend
ainsi faire œuvre de “mémoire”, de “vérité”
et de “justice”.
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