Argentine/
Uruguay :
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  • A/U : Les pionniers de la mémoire (II)
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  • net.art : Brian MacKern, Uruguay (en fr / en esp).
  • net.art : Gabriela Golder, Argentine
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  • Luciana Sario, Bistart.com, San Francisco
    (en fr / en esp).
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    Une mémoire politique
    Argentine-Uruguay : les pionniers de la mémoire (II)


    Une navigation rapide sur les web argentin et uruguayen (www.argentinaonview.com, http://asiesuruguay.mailcom.net) permet de s’informer sur l’histoire et les caractéristiques communes de ces deux pays : colonisation espagnole dès le XVIe siècle, indépendance acquise au milieu du XIXe siècle et immigration européenne massive (notamment italienne) dans les décennies qui suivent. Au début du XXe siècle, les populations argentine et uruguayenne sont très majoritairement constituées de blancs venus d’ailleurs, qui n’ont presque jamais eu recours à l’esclavage des Africains et qui ont évincé - dans le meilleur des cas - les populations indiennes de leur territoire. Après une période de forte prospérité entre les deux guerres mondiales, des années d’appauvrissement débouchent sur une dictature militaire dans les deux pays. En Uruguay, la junte est responsable de 140 disparitions entre 1973 et 1984. En Argentine, le régime du général Videla se montre encore plus brutal en menant, entre 1976 et 1983, une lutte “ antisubversive ” qui cause, selon les estimations, entre 8 500 et 30 000 victimes.

    Dans les deux pays, le processus judiciaire est tronqué. L'Uruguay approuve une loi d'amnistie par référendum en avril 1989. Et en Argentine, le président Raul Alfonsin fait voter deux lois d’amnistie en 1985 et 1986, avant de gracier des généraux en 1990. Mais en achetant ainsi la réconciliation, ces pays au récit historique déjà court se privent d’une tribune où peut être établie une version consensuelle des événements survenus sous la junte.

    L’Internet joue alors un rôle de tribune de substitution. En Argentine, Madres.org, le site de l'association des mères de la place de Mai, continue, en sus de ses activités militantes, de publier en ligne des informations sur la répression. Nunca Mas (“Plus jamais”), est un site qui recueille des témoignages (oraux, écrits, minutes des rares procès…) sur la lutte “antisubversive”. Très précis sur les modalités d'organisation militaire de la répression, le site est aussi une tentative de fondation d’une mémoire collective à partir de la recension et de la numérisation de multiples témoignages individuels.

    Enfin, Desaparecidos.org, site fondé par diverses organisations des droits de l'homme argentines, s'inspire de l'exigence de vérité des mères de la place de Mai pour l'étendre à d'autres conflits, hors Argentine. Le web devient ainsi un lieu propice pour que des internautes, partout dans le monde, apportent des témoignages ou des documents sur un crime de masse, contribuant ainsi à donner un visage à chacune des victimes. “Bien que les criminels jouissent de l’impunité que leur confère la loi”, précise le site, “ils devront au moins affronter la honte que tout le monde sache ce qu’ils ont fait et ce qu’ils sont”. Desaparecidos.org entend ainsi faire œuvre de “mémoire”, de “vérité” et de “justice”.

    Des net.artistes en quête de mémoire