L'Algérie :
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    Web algérien : un tour d'horizon
    Par Benjamin Bibas & Alexandre Boucherot
    Remerciements à Ourida de PlanetDZ pour son aide et ses conseils



    Agé d’à peine quatre ans et demi, le web algérien est un enfant certes balbutiant, qui n’a peut-être pas encore trouvé son langage propre. Il n’empêche. Support d’information, de mobilisation politique et de communication, l’Internet a déjà permis à un demi million d’Algériens d’élargir un peu leur espace de liberté. Au terme d’une décennie de conflit civil, une respiration salutaire.

    500 000 internautes réguliers
    L’accès de l’Algérie au réseau Internet remonte à 1991, et les – très rares - premiers abonnés se sont connectés l’année suivante. Toutefois, il faut attendre le 5 août 1998 pour que les pouvoirs publics autorisent officiellement la fourniture au public d’un accès à l’Internet par des sociétés spécialisées. Dès lors, l’engouement est immédiat. Plus de 70 entreprises, dont seulement cinq appartiennent au secteur public, se mettent sur les rangs. Aujourd’hui, une quinzaine de providers sont en activité. Ils sont parfois implantés sur plusieurs localités, ce qui facilite l’accès des utilisateurs au moyen de liaisons locales. Le nombre de foyers connectés se monte approximativement à 50 000, ce qui représente une population d’environ 200 000 personnes disposant d’un accès à l’Internet à domicile.

    Sur une population totale de 30 millions d’habitants, ce chiffre peut paraître faible. Mais en fait, l’accès est répandu. D’une part, toutes les institutions publiques, les établissements universitaires, les hôpitaux et les centres professionnels sont connectés. D’autre part, les cybercafés se sont rapidement multipliés (liste et contacts de 111 cybercafés algériens sur le site dzcyber.jubasoft.com). Même si le prix de la connexion qu’ils proposent est élevé, les 3 000 cybercafés algériens attirent aujourd’hui 300 000 utilisateurs réguliers, ce qui fait monter le nombre d’internautes dans le pays à environ 500 000.

    Un paysage riche et varié
    Avec un imaginaire national marqué par la violence de la colonisation et de la guerre d’indépendance, et après plus d’une décennie d’un conflit civil épars mais extrêmement meurtrier, l’Algérie (« Al Jazaïr » : « les îles », en arabe) reste un territoire plusieurs fois disputé, morcelé et fantasmé. Si de nombreux sites algériens sont rapidement apparus dès la fin des années 1990, c’est plutôt sous l’action de multiples initiatives personnelles qui décrivent à leur manière une facette du pays. Sans que l’on puisse parler d’une création numérique au sens propre du terme, où l’Internet serait utilisé dans toutes ses potentialités originales d’écriture, la plupart de ces sites retranscrivent sur la toile d’anciens supports (photos, récits de voyages…) qui racontent un petit bout d’Algérie. Au total, un paysage riche et varié, dont on pourrait extraire :
    - www.wledwahran.com : Le site des « enfants d’Oran » propose des informations historiques, culturelles et pratiques sur la deuxième ville d’Algérie. Bon port d’accès à divers médias algériens (notamment radio, presse web).
    - www.geocities.com/cirtadz : Un site trilingue (arabe, anglais, français), très complet (photos, histoire, actualité…) sur Constantine, la « ville aux ponts suspendus », capitale de l’Est algérien.
    - www.annaba-photo.com : Mohamed a réalisé un travail remarquable de photographie et de collection d’archives iconographiques sur la région d’Annaba, port de l’Est algérien situé tout proche de la frontière tunisienne. Les clichés mériteraient toutefois d’être davantage documentés.
    - www.netlemcen.fr.st : Ilies et son père racontent en quelques brèves et photos le patrimoine naturel et architectural, l’histoire et l’actualité de la région de Tlemcen, ville de 850 000 habitants située à l’extrême ouest de l’Algérie.
    - www.misserghin.com/village : le site de Chérif Sid Cara, fils du docteur Cara, homme politique très connu dans les décennies 1940 à 1960, présente le village de Misserghin, situé à 20 km au sud-ouest d’Oran, où la clémentine aurait été inventée.
    - www.el-oued-souf.com : Au centre-est de l’Algérie, au beau milieu du Sahara est située El-Oued, ville principale d’une willaya qui compte 500 000 habitants. Son site regroupe tous les articles de presse parus récemment à son sujet.

    L’Algérie, terre de migrations
    L’Algérie est aussi terre de migrations. Sur le territoire virtuel du web, on retrouve toutes les représentations qu’en ont forgées ceux qui l’ont quittée pour aller s’installer dans d’autres pays, notamment en France. Parmi ceux-ci, les Pieds noirs ont été particulièrement actifs :
    - www.alger50.com : Réalisé par un groupe de Pieds noirs, "Mémoires d'Alger", ce site entend établir un lien entre le passé colonial révolu et l'Algérie d'aujourd'hui, afin d’apporter sa contribution à la mémoire du peuple algérien. Textes, gravures, photos d’archives.
    - www.pictures-of-algeria.com : Peintures, gravures, vieilles photographies, cartes postales… Une iconographie extrêmement riche sur l’Algérie coloniale, de 1830 aux années 1960, réunie par un passionné installé à Canberra (Australie).
    - www.djamila.be: Un somptueux voyage dans l’histoire et dans toute la géographie algérienne, en quelques clics. Par une Algérienne installée en Belgique et amoureuse de son pays d’origine.

    La presse « classique », pionnière de l’Internet algérien
    Toutefois, à la fin des années 1990, c’est la presse qui se saisit le plus rapidement de l’Internet en Algérie. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 24 titres algériens de la presse « classique » (imprimée sur papier) qui disposent d’un site internet. Sept de ces titres sont arabophones. On peut consulter :
    - www.lematin-dz.com : Edition en ligne du Matin, l’un des principaux quotidiens francophones algériens.
    - www.elwatan.com : Edition en ligne, aux formats html et pdf, du quotidien « indépendant » El Watan (« La Nation »), très critique vis-à-vis du pouvoir algérien.
    - www.elmoudjahid.com : Page par page, édition en ligne du quotidien gouvernemental El Moudjahid (« Le Combattant »), fondé durant la guerre d’indépendance et dont la devise reste « La Révolution par le peuple et pour le peuple ».
    - www.liberte-algerie.com : Edition en ligne du quotidien « indépendant » Liberté Algérie, fondé en 1992, en plein essor islamiste, par trois journalistes désireux d’« élargir l’espace public d’information ».
    - www.elkhabar.com : Site d’El Khabar (« Les Nouvelles »), un des principaux titres de la presse algérienne arabophone. Quelques pages web en français et en anglais.

    L’émergence d’une presse web
    A côté de ces titres déjà existants avant l’arrivée de l’Internet en Algérie, quelques initiatives privées ont fait apparaître une presse sur support spécifiquement web, notamment dans le domaine culturel. En autres exemples, on peut citer :
    - www.algeria-tv.net : Ce site « sans tabou ni censure » propose en ligne une quarantaine d’interviews consultables sur Real Player. Matière originale ou achetée à d’autres chaînes francophones de télévision. Domaines abordés : politique, religion, économie, culture…
    - www.algeria-watch.de : Site hébergé en Allemagne, consacré aux violations des droits de l’homme en Algérie. Très sérieux, très complet, très bien informé. Version française exhaustive.
    - www.algeria-interface.com : LE journal généraliste online en Algérie. Agréable à lire, ouvert (nombreux liens sur les sites de la presse « classique »), plusieurs niveaux d’informations sur un même sujet : brève, article développé, document-référence téléchargeable (rapport, discours…). Deux versions : français et anglais.
    - www.planet-dz.com : Site français, créé en novembre 1999, d’information sur la vie culturelle algérienne en Algérie et en France. Se conçoit comme un « espace indépendant et alternatif », ouvert sur le Maghreb et sur l’ensemble de la Méditerranée.
    Parmi les autres sites de presse, on peut citer celui, désopilant, du caricaturiste Slim (bouzid.go.to) et, parmi les autres sites culturels, www.webchaabi.com (sur la musique populaire algérienne) ou www.djazair2003.com (site de l’Année culturelle de l’Algérie en France). Ou encore les sites personnels du plasticien Farid Benyaa (www.farid-benyaa.com) ou du réalisateur Malek Bensmaïl (malek.bensmail.free.fr).

    Le web, outil de revendication et d’action politique
    D’abord utilisé comme un outil d’information, le web est aussi devenu, en Algérie, un outil de mobilisation collective. L’Internet représente en effet un espace de liberté sans pareil dans le pays car, si les autorités algériennes ont imposé un coût de connexion élevé, elles n’ont en revanche instauré aucune censure sur ce nouveau support. De toute façon, la difficulté de contrôler l'information et la possibilité d’installer des serveurs à l’étranger font de ce média l’un des plus prisés pour une utilisation « militante ».
    C’est le cas, par exemple, de www.kabyle.com, le « premier média et forum de rencontres berbères sur le web », qui promeut la reconnaissance de la culture berbère à travers des informations politiques, culturelles et sportives. C’est aussi le cas, souvent plus radical, du web islamiste (infos et liens : lire l’interview du politologue Olivier Roy). C’est aussi le cas des sites dits « dissidents », comme celui du Mouvement algérien des officiers libres (www.anp.org, site trilingue arabe-français-anglais), un site fondé par des militaires algériens qui se disent « intègres » et qui entendent « combattre le terrorisme d’Etat algéro-algérien », en dénonçant par exemple les enlèvements et les actes de torture menés par « les services de sécurité et les responsables de l'institution militaire ».

    Le web, outil de communication
    Mais là où le web est le plus largement utilisé en Algérie, c’est en tant qu’outil de communication. En rapprochant les communautés algériennes à l’étranger, l’Internet permet des actions de solidarité économique avec le pays d’origine (voir notamment www.algeriensdumonde.org). Il constitue surtout un nouvel espace de rencontre et de débats, à travers des sites de forums et de chat comme www.algeriechat.net, ou www.lesouk.org/chat.htm, réalisé par des étudiants de la Faculté de médecine d’Alger.
    Ces url semblent rassembler une nouvelle génération d’Algériens (aujourd’hui, plus de la moitié de la population algérienne a moins de 25 ans) qui n’hésitent pas à parler, très librement, de sujets hautement douloureux en Algérie comme les récents événements politiques ou le sida. Se rendre sur ces forums, c’est se rendre compte à quel point l’Internet constitue dans ce pays une véritable bouffée d’oxygène. A défaut de rapprocher les hommes, il permet au moins de décloisonner les esprits.

    Pour preuve, ce seul témoignage issu d’un forum intitulé « Internet au secours des jeunes », ouvert par lesouk.org à l'occasion de la séance des Ciném@s de demain consacrée au Web algérien le 21 novembre 2002 au Centre Pompidou (Paris) :
    « Moi internet ca m'a bouleversé un pas vers le bonheur un avant goût du paradis n'étant jamais sorti d'alger j'ai appris avec internet à découvrir le monde à connaitre les gens à sentir des joies percevoir des tristesses à rire devant mon pc à pleurer sur un chat à me défouler sur un forum à puiser sur google mon moteur préféré je ne peux plus imaginer un monde sans le net mais j'ai de la peine à voir que je ne parle pas à mon voisin de pallier et que je chat avec des internautes au bout du monde ca me permet de vaincre ma timidité mais paradoxalement ca m’isole je ne sors quasiment plus je n'ai que des amis virtuels le web c'est tout ca, un paradoxe d'aventures et de mésaventures une odyssée... ». Net ou pas Net, l’Algérie est-elle pour toujours condamnée à demeurer le pays des « îles » ?

    Benjamin Bibas et Alexandre Boucherot


    Lire l'interview d'Olivier Roy