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Agé d’à peine quatre ans et demi, le web algérien
est un enfant certes balbutiant, qui n’a peut-être pas
encore trouvé son langage propre. Il n’empêche.
Support d’information, de mobilisation politique et de communication,
l’Internet a déjà permis à un demi million
d’Algériens d’élargir un peu leur espace
de liberté. Au terme d’une décennie de conflit
civil, une respiration salutaire.
500 000 internautes réguliers
L’accès de l’Algérie au réseau
Internet remonte à 1991, et les – très rares
- premiers abonnés se sont connectés l’année
suivante. Toutefois, il faut attendre le 5 août 1998 pour
que les pouvoirs publics autorisent officiellement la fourniture
au public d’un accès à l’Internet par
des sociétés spécialisées. Dès
lors, l’engouement est immédiat. Plus de 70 entreprises,
dont seulement cinq appartiennent au secteur public, se mettent
sur les rangs. Aujourd’hui, une quinzaine de providers sont
en activité. Ils sont parfois implantés sur plusieurs
localités, ce qui facilite l’accès des utilisateurs
au moyen de liaisons locales. Le nombre de foyers connectés
se monte approximativement à 50 000, ce qui représente
une population d’environ 200 000 personnes disposant d’un
accès à l’Internet à domicile.
Sur une population totale de 30 millions d’habitants, ce
chiffre peut paraître faible. Mais en fait, l’accès
est répandu. D’une part, toutes les institutions publiques,
les établissements universitaires, les hôpitaux et
les centres professionnels sont connectés. D’autre
part, les cybercafés se sont rapidement multipliés
(liste et contacts de 111 cybercafés algériens sur
le site dzcyber.jubasoft.com).
Même si le prix de la connexion qu’ils proposent est
élevé, les 3 000 cybercafés algériens
attirent aujourd’hui 300 000 utilisateurs réguliers,
ce qui fait monter le nombre d’internautes dans le pays à
environ 500 000.
Un paysage riche et varié
Avec un imaginaire national marqué par la violence de la
colonisation et de la guerre d’indépendance, et après
plus d’une décennie d’un conflit civil épars
mais extrêmement meurtrier, l’Algérie («
Al Jazaïr » : « les îles », en arabe)
reste un territoire plusieurs fois disputé, morcelé
et fantasmé. Si de nombreux sites algériens sont rapidement
apparus dès la fin des années 1990, c’est plutôt
sous l’action de multiples initiatives personnelles qui décrivent
à leur manière une facette du pays. Sans que l’on
puisse parler d’une création numérique au sens
propre du terme, où l’Internet serait utilisé
dans toutes ses potentialités originales d’écriture,
la plupart de ces sites retranscrivent sur la toile d’anciens
supports (photos, récits de voyages…) qui racontent
un petit bout d’Algérie. Au total, un paysage riche
et varié, dont on pourrait extraire :
- www.wledwahran.com
: Le site des « enfants d’Oran » propose des informations
historiques, culturelles et pratiques sur la deuxième ville
d’Algérie. Bon port d’accès à divers
médias algériens (notamment radio, presse web).
- www.geocities.com/cirtadz
: Un site trilingue (arabe, anglais, français), très
complet (photos, histoire, actualité…) sur Constantine,
la « ville aux ponts suspendus », capitale de l’Est
algérien.
- www.annaba-photo.com
: Mohamed a réalisé un travail remarquable de photographie
et de collection d’archives iconographiques sur la région
d’Annaba, port de l’Est algérien situé
tout proche de la frontière tunisienne. Les clichés
mériteraient toutefois d’être davantage documentés.
- www.netlemcen.fr.st
: Ilies et son père racontent en quelques brèves et
photos le patrimoine naturel et architectural, l’histoire
et l’actualité de la région de Tlemcen, ville
de 850 000 habitants située à l’extrême
ouest de l’Algérie.
- www.misserghin.com/village
: le site de Chérif Sid Cara, fils du docteur Cara, homme
politique très connu dans les décennies 1940 à
1960, présente le village de Misserghin, situé à
20 km au sud-ouest d’Oran, où la clémentine
aurait été inventée.
- www.el-oued-souf.com
: Au centre-est de l’Algérie, au beau milieu du Sahara
est située El-Oued, ville principale d’une willaya
qui compte 500 000 habitants. Son site regroupe tous les articles
de presse parus récemment à son sujet.
L’Algérie, terre de migrations
L’Algérie est aussi terre de migrations. Sur le territoire
virtuel du web, on retrouve toutes les représentations qu’en
ont forgées ceux qui l’ont quittée pour aller
s’installer dans d’autres pays, notamment en France.
Parmi ceux-ci, les Pieds noirs ont été particulièrement
actifs :
- www.alger50.com
: Réalisé par un groupe de Pieds noirs, "Mémoires
d'Alger", ce site entend établir un lien entre le passé
colonial révolu et l'Algérie d'aujourd'hui, afin d’apporter
sa contribution à la mémoire du peuple algérien.
Textes, gravures, photos d’archives.
- www.pictures-of-algeria.com
: Peintures, gravures, vieilles photographies, cartes postales…
Une iconographie extrêmement riche sur l’Algérie
coloniale, de 1830 aux années 1960, réunie par un
passionné installé à Canberra (Australie).
- www.djamila.be:
Un somptueux voyage dans l’histoire et dans toute la géographie
algérienne, en quelques clics. Par une Algérienne
installée en Belgique et amoureuse de son pays d’origine.
La presse « classique », pionnière de
l’Internet algérien
Toutefois, à la fin des années 1990, c’est la
presse qui se saisit le plus rapidement de l’Internet en Algérie.
Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 24 titres algériens
de la presse « classique » (imprimée sur papier)
qui disposent d’un site internet. Sept de ces titres sont
arabophones. On peut consulter :
- www.lematin-dz.com
: Edition en ligne du Matin, l’un des principaux
quotidiens francophones algériens.
- www.elwatan.com
: Edition en ligne, aux formats html et pdf, du quotidien «
indépendant » El Watan (« La Nation
»), très critique vis-à-vis du pouvoir algérien.
- www.elmoudjahid.com
: Page par page, édition en ligne du quotidien gouvernemental
El Moudjahid (« Le Combattant »), fondé
durant la guerre d’indépendance et dont la devise reste
« La Révolution par le peuple et pour le peuple ».
- www.liberte-algerie.com
: Edition en ligne du quotidien « indépendant »
Liberté Algérie, fondé en 1992, en
plein essor islamiste, par trois journalistes désireux d’« élargir
l’espace public d’information ».
- www.elkhabar.com
: Site d’El Khabar (« Les Nouvelles »), un
des principaux titres de la presse algérienne arabophone.
Quelques pages web en français et en anglais.
L’émergence d’une presse web
A
côté de ces titres déjà existants avant
l’arrivée de l’Internet en Algérie, quelques
initiatives privées ont fait apparaître une presse
sur support spécifiquement web, notamment dans le domaine
culturel. En autres exemples, on peut citer :
- www.algeria-tv.net
: Ce site « sans tabou ni censure » propose en ligne
une quarantaine d’interviews consultables sur Real Player.
Matière originale ou achetée à d’autres
chaînes francophones de télévision. Domaines
abordés : politique, religion, économie, culture…
- www.algeria-watch.de
: Site hébergé en Allemagne, consacré aux violations
des droits de l’homme en Algérie. Très sérieux,
très complet, très bien informé. Version française
exhaustive.
- www.algeria-interface.com
: LE journal généraliste online en Algérie.
Agréable à lire, ouvert (nombreux liens sur les sites
de la presse « classique »), plusieurs niveaux d’informations
sur un même sujet : brève, article développé,
document-référence téléchargeable (rapport,
discours…). Deux versions : français et anglais.
- www.planet-dz.com
: Site français, créé en novembre 1999, d’information
sur la vie culturelle algérienne en Algérie et en
France. Se conçoit comme un « espace indépendant
et alternatif », ouvert sur le Maghreb et sur l’ensemble
de la Méditerranée.
Parmi les autres sites de presse, on peut citer celui, désopilant,
du caricaturiste Slim (bouzid.go.to)
et, parmi les autres sites culturels, www.webchaabi.com
(sur la musique populaire algérienne) ou www.djazair2003.com
(site de l’Année culturelle de l’Algérie
en France). Ou encore les sites personnels du plasticien Farid Benyaa
(www.farid-benyaa.com)
ou du réalisateur Malek Bensmaïl (malek.bensmail.free.fr).
Le web, outil de revendication et d’action politique
D’abord utilisé comme un outil d’information,
le web est aussi devenu, en Algérie, un outil de mobilisation
collective. L’Internet représente en effet un espace
de liberté sans pareil dans le pays car, si les autorités
algériennes ont imposé un coût de connexion
élevé, elles n’ont en revanche instauré
aucune censure sur ce nouveau support. De toute façon, la
difficulté de contrôler l'information et la possibilité
d’installer des serveurs à l’étranger
font de ce média l’un des plus prisés pour une
utilisation « militante ».
C’est le cas, par exemple, de www.kabyle.com,
le « premier média et forum de rencontres berbères
sur le web », qui promeut la reconnaissance de la culture
berbère à travers des informations politiques, culturelles
et sportives. C’est aussi le cas, souvent plus radical, du
web islamiste (infos et liens : lire l’interview
du politologue Olivier Roy). C’est aussi le cas des sites
dits « dissidents », comme celui du Mouvement algérien
des officiers libres (www.anp.org,
site trilingue arabe-français-anglais), un site fondé
par des militaires algériens qui se disent « intègres
» et qui entendent « combattre le terrorisme d’Etat
algéro-algérien », en dénonçant
par exemple les enlèvements et les actes de torture menés
par « les services de sécurité et les responsables
de l'institution militaire ».
Le web, outil de communication
Mais là où le web est le plus largement utilisé
en Algérie, c’est en tant qu’outil de communication.
En rapprochant les communautés algériennes à
l’étranger, l’Internet permet des actions de
solidarité économique avec le pays d’origine
(voir notamment www.algeriensdumonde.org).
Il constitue surtout un nouvel espace de rencontre et de débats,
à travers des sites de forums et de chat comme www.algeriechat.net,
ou www.lesouk.org/chat.htm,
réalisé par des étudiants de la Faculté
de médecine d’Alger.
Ces url semblent rassembler une nouvelle génération
d’Algériens (aujourd’hui, plus de la moitié
de la population algérienne a moins de 25 ans) qui n’hésitent
pas à parler, très librement, de sujets hautement
douloureux en Algérie comme les récents événements
politiques ou le sida. Se rendre sur ces forums, c’est se
rendre compte à quel point l’Internet constitue dans
ce pays une véritable bouffée d’oxygène.
A défaut de rapprocher les hommes, il permet au moins de
décloisonner les esprits.
Pour preuve, ce seul témoignage issu d’un forum intitulé
« Internet au secours des jeunes », ouvert par lesouk.org
à l'occasion de la séance des Ciném@s de demain
consacrée au Web algérien le 21 novembre 2002 au Centre
Pompidou (Paris) :
« Moi internet ca m'a bouleversé un pas vers le bonheur
un avant goût du paradis n'étant jamais sorti d'alger
j'ai appris avec internet à découvrir le monde à
connaitre les gens à sentir des joies percevoir des tristesses
à rire devant mon pc à pleurer sur un chat à
me défouler sur un forum à puiser sur google mon moteur
préféré je ne peux plus imaginer un monde sans
le net mais j'ai de la peine à voir que je ne parle pas à
mon voisin de pallier et que je chat avec des internautes au bout
du monde ca me permet de vaincre ma timidité mais paradoxalement
ca m’isole je ne sors quasiment plus je n'ai que des amis
virtuels le web c'est tout ca, un paradoxe d'aventures et de mésaventures
une odyssée... ». Net ou pas Net, l’Algérie
est-elle pour toujours condamnée à demeurer le pays
des « îles » ?
Benjamin Bibas et Alexandre Boucherot
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