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YORK
Henri VI (3e volet) et Richard III

de William Shakespeare

Adaptation et mise en scène : Serge Lipszyc
Assistanat : Juliane Corre
Collaboration dramaturgique : Yves Kerboul, Jean-Louis Martineau
Costumes : Anne Rabaron
Scénographie : Sandrine Lamblin
Musique : Stéphane Moucha
Avec : Bruno Cadillon, Juliane Corre, Annick Garnier, Stéphane Gallet, Pascal Gleizes, Serge Lipszyc, Morgane Lombard, Eric Pasturel, Henri Payet, Marc Ségala, Vincent Villenave

du 23 mars au 25 avril
du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h

york.jpg (18140 octets)

Oui, c'est une banalité de dire que Shakespeare est toujours actuel : évidemment, c'est un génie. Pourtant, on ne peut s'empêcher de penser que monter Henri VI et Richard III, aujourd'hui, à l'heure où la Serbie vit des heures sanglantes, est moins innocent que jamais.

C'est en tout cas, en revendiquant cet engagement-là que Serge Lipscyc a pris à coeur de mettre en scène ces pièces. L'affrontement sauvage qui oppose les York aux Lancaster pour l'accession au trône résonne d'une bien étrange manière. Ne sortira-t-on jamais de ces revendications territoriales, de ces déchirements, de ces complots ? Quand les immondes tyrans cesseront-ils de naître du flanc de leurs mères outragées par leur existence? Telle est la question que Clifford formule à l'adresse de Richard, monstre en herbe assoiffé de pouvoir, bossu, pied bot à l'âme fratricide.
C'est en s'intéressant au déterminisme qui préside à la fabrique du tyran, que le metteur en scène s'est décidé à représenter à la suite Henri VI et Richard III. En reconstituant ce dyptique, Serge Lipscyc songeait à asseoir les fondements de la seconde pièce sur la première. D'une oeuvre à l'autre, l'impuissance du monarque fantoche, Henri, cède le pas à l'hydre de la domination sanguinaire, Richard. Le passage d'un ordre politique à l'autre suit une logique quasi organique.

Oui, bien sûr, l'enchaînement dramatique paraît pertinent. On s'interroge toutefois sur son efficacité. Car enfin, le spectateur reste sur les rotules au terme de quatre heures quinze d'un spectacle qui, malgré son sujet, n'a pas suffisamment de souffle, de chair, bref, de corps, pour le maintenir en haleine. Les comédiens n'ont pas toujours l'étoffe de leurs personnages, décidément trop grands pour eux (avec une réserve toutefois pour le personnage de Warwick). Tout cela manque d'ajustement. Y compris dans une mise en scène qui prend parfois la voie d'une mécanique sans variations : on rentre à droite, on sort à gauche, on se toise en ordre de bataille en poussant de grands cris terrifiants... Quant au parti-pris de " modernité " des costumes, (rangers, blousons de cuir, bonnets enfoncés sur le crâne, crans d'arrêt) s'il est cohérent, il manque toutefois d'une pointe d'originalité.
En un mot, York ne parvient pas à nous convaincre.

Virginie Lachaise

date de la dernière mise à jour 07/10/99