Tirée du roman de Simone Schwarz-Bart, cette lecture à six voix de Pluie
et vent sur Télumée Miracle sinscrit dans la programmation "Femmes
Artistes Caraïbe" proposée par l'Artistic Athevains.
Elle relate la vie dune femme, Télumée, créole guadeloupéenne née après
labolition de lesclavage. Femme de peines, elle poursuit toute une vie durant
un bonheur inaccessible aux gens de couleurs. Victime du racisme, de la violence
conjugale, de la pauvreté, elle finit par travailler dans les plantations de canne à
sucre, cette "malédiction" du peuple noir. Mais quand arrive la vieillesse,
Télumée sourit encore. Elle est restée debout, malgré les pluies et les vents de
ladversité.
Si ce nétait le talent littéraire de Simone Schwarz-Bart, notamment la magie qui
sourd de son verbe, cette histoire sombrerait corps et âme dans le mélodrame sirupeux
dont quelques écrivains afro-américains se sont faits les spécialistes, croyant
apporter une réponse à la quête identitaire dun peuple déraciné en faisant la
seule chronique de ses malheurs. Dune telle démarche, "Ô peuple noir,
contemple tes souffrances!", naît ce fatalisme obstiné qui fait de lhomme un
animal résigné. Nest-il pas révélateur que le seul nègre révolté de cette
histoire, Amboise, meurt brûlé vif lors dune grève?
Reste le spectacle. Dans un décor
dépouillé (quelques troncs darbre, un escalier, une chais à bascule), six femmes
se relaient pour lire le texte. Blanches, noires, brunes, blondes, jeunes vieilles, elles
représentent la femme, évoquent la négritude. A défaut de jouer, elles racontent. Sans
pour autant convaincre de lintérêt du texte. Est-il nécessaire de rappeler que le
temps romanesque nest pas le temps du théâtre ? Que lire nest pas conter ?
Sans rythme et sans jeu, lhistoire se traîne, la torpeur sinstalle dans le
public.
Surtout, lalternance des
narratrices dépersonnalise Télumée, en rend la réalité insignifiante. Elle disparaît
derrière celle de ces femmes-interprètes. Elles sapproprient, chacune avec une
sensibilité différente, le rôle. La démarche pourrait séduire si lhéroïne de
cette histoire était ambiguë, la multiplication des voix révélant la complexité du
personnage. Mais Simone Schwarz-Bart a fait de Télumée une femme simple,
"ballottée comme un oiseau blessé" par les aléas de la vie. En elle, point de
rébellion ni de questionnement véritable. Dès lors, la personnalité de Télumée
sestompe, laissant les lectrices à leur cabotinage et le public à son ennui.
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