retour maison                    archives.........fluctuat.net 99

 

mo-clés : théâtre; athevains;
Pluie et vent sur Télumée Miracle;
Simone Schwarz-Bart
 

Pluie et vent sur Télumée Miracle

de Simone Schwarz-Bart

Adaptation de Sylviane Bernard-Gresh
Mise en espace d’Anne-Marie Lazarini
Scénographie et lumières de François Cabanat
Costumes de Dominique Bourde
Création musicale et chant de Mariann Mathéus
Régie d’Eric Delarue et de Basile Bernard
Avec Jenny Alpha, Martine Pascal, Maïa Gresh, Raymonde Palcy, Geneviève Yeuillaz et Mariann Mathéus

  
   Tirée du roman de Simone Schwarz-Bart, cette lecture à six voix de Pluie et vent sur Télumée Miracle s’inscrit dans la programmation "Femmes Artistes Caraïbe" proposée par l'Artistic Athevains. Elle relate la vie d’une femme, Télumée, créole guadeloupéenne née après l’abolition de l’esclavage. Femme de peines, elle poursuit toute une vie durant un bonheur inaccessible aux gens de couleurs. Victime du racisme, de la violence conjugale, de la pauvreté, elle finit par travailler dans les plantations de canne à sucre, cette "malédiction" du peuple noir. Mais quand arrive la vieillesse, Télumée sourit encore. Elle est restée debout, malgré les pluies et les vents de l’adversité.
Si ce n’était le talent littéraire de Simone Schwarz-Bart, notamment la magie qui sourd de son verbe, cette histoire sombrerait corps et âme dans le mélodrame sirupeux dont quelques écrivains afro-américains se sont faits les spécialistes, croyant apporter une réponse à la quête identitaire d’un peuple déraciné en faisant la seule chronique de ses malheurs. D’une telle démarche, "Ô peuple noir, contemple tes souffrances!", naît ce fatalisme obstiné qui fait de l’homme un animal résigné. N’est-il pas révélateur que le seul nègre révolté de cette histoire, Amboise, meurt brûlé vif lors d’une grève?

   Reste le spectacle. Dans un décor dépouillé (quelques troncs d’arbre, un escalier, une chais à bascule), six femmes se relaient pour lire le texte. Blanches, noires, brunes, blondes, jeunes vieilles, elles représentent la femme, évoquent la négritude. A défaut de jouer, elles racontent. Sans pour autant convaincre de l’intérêt du texte. Est-il nécessaire de rappeler que le temps romanesque n’est pas le temps du théâtre ? Que lire n’est pas conter ? Sans rythme et sans jeu, l’histoire se traîne, la torpeur s’installe dans le public.

   Surtout, l’alternance des narratrices dépersonnalise Télumée, en rend la réalité insignifiante. Elle disparaît derrière celle de ces femmes-interprètes. Elles s’approprient, chacune avec une sensibilité différente, le rôle. La démarche pourrait séduire si l’héroïne de cette histoire était ambiguë, la multiplication des voix révélant la complexité du personnage. Mais Simone Schwarz-Bart a fait de Télumée une femme simple, "ballottée comme un oiseau blessé" par les aléas de la vie. En elle, point de rébellion ni de questionnement véritable. Dès lors, la personnalité de Télumée s’estompe, laissant les lectrices à leur cabotinage et le public à son ennui.

El Bolcho

date de la dernière mise à jour 07/10/99