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Demi-jour
Jean-Marie Patte |
Spectacle de
Jean-Marie Patte
avec Eléonore Hirt, Ludovic Baude, Kimon Dimitriadis, Manuel Le Lièvre, Jean-Marie
Patte, Christophe Vandevelde |
Théâtre
de la Bastille
du 17 septembre au 17 octobre 1998 |
| Non, monsieur
Gauville-Libération, Jean-Marie Patte n'est pas le gros blasé qui se tait, mais le petit
curieux qui parle, et orchestre ce spectacle au diapason de personnages qu'il voit grandir
à la vie comme à la scène. Jean-Marie Patte n'est pas le célèbre Grand Charbonnel
parce qu'on sait tous que Jean-Marie Pane n'est pas célèbre, en tout cas pas d'une
célébrité de bonne réputation. Jean-Marie Patte est
humble et son art de la scène un art de vivre (peut-on réellement les dissocier?) et il
parle, parce qu'il ne monte des spectacles que lorsqu'il a des choses à dire. Et Demi-jour
en particulier est une hémorragie de mots où on perçoit de temps en temps, à la
volée, un sens disons qui active la cervelle quand les organes se relâchent.
Jean-Marie Patte est un poète et on reconnaît à travers le
maillage de l'écriture des envies de pisser qui auraient fait rougir Koltès, on pense à
un H. Muller qui voyage sur une terre des mots qui n'est peut-être plus celle des hommes.
On ne s'y connaît pas ou on s'y reconnaît mal. Les acteurs sont
ici des êtres humains qui jouent à leur personnage en se demandant si ce n'est pas
plutôt eux-mêmes cet exaspérant-là, ce tordu là-bas ou cette pie qui ne veut plus se
taire (on se boucherait volontiers les oreilles Si on ne voulait pas "becqueter"
encore ce texte-là) et il faut sortir de chez soi pour observer ce travail loin des
conventions habituelles du milieu.
Quand on va voir un spectacle de Jean-Marie Patte on ne va pas au
théâtre, on ne sort pas, on entre dans un degré de perception, d'intensité de la vie,
de sa vie de poète et on se sent diminué, étouffé, on veut sortir malgré tout,
trouver une issue, un secours à ce qui jusqu'au bout n'en a pas. On n'en sort pas, ou
plus tout à fait pareil et on surenchérit sur ce théâtre qui vous emmerde parce qu'il
n'est pas à portée de main, parce qu'il faut se lever sur la pointe des pieds, sans
faire de bruit, et qu'on n'y arrive pas si on sort avant la fin.
Ou alors.
Parce qu'on a le choix, on écarte les jambes (sans gêner son
voisin) et on se laisse remuer au gré des sensations qui vous parviennent, un pollen de
fleur, à peine perceptible, qui caresse votre visage et remue votre corps, parce que vous
êtes vivant, d'une vie qui vous remonte par les chaussenes et esquive votre cerveau, trop
mal formé, et vous écoutez le silence étroit entre les mots (il n'y a pas beaucoup de
place) et vous agitez vos yeux parce que le contre-jour de ce Demi-jour qui est
aussi celui des éclairages ne vous laisse pas tranquilles.
On veut encore de vos emmerdements Jean-Marie Patte, on veut
guetter dans la bouche de vos acteurs le signe de la faillite qui ne vient pas, malgré
l'extrême fragilité de cet édifice des mots et des espaces et on se dit qu'il y a des
miracles dans l'ordre des sens, qu'il y a des miracles de la nature qui sont les miracles
de la nature humaine.
Mario Batista |
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