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Le droit à la paresse

Oh ! La belle affiche signée Cabu de Roger Gouze
d'après Paul Lafargue

avec Annie Bertin, Jean Bertho, Mario Pecqueur, Jacques Philipson

Mise en scène de Christian Le Guillochet

Au Lucernaire à partir du 18 mars

A côté d’une excellente mise en scène de Fin de Partie, de et avec Pierre Chabert, Le Lucernaire présente ce mois-ci une adaptation du Droit à la paresse de Lafargue.

Pamphlet socialiste écrit en 1880, Le Droit à la paresse, connut une fortune comparable en son temps à celle du Manifeste du parti communiste de Marx, le beau-père de l'auteur. La pièce se situe au moment où Lafargue, avant de mettre fin à ses jours, décide de le rééditer.

De la définition de cette paresse, qui consiste à moins travailler (pour le patronat) dans le but de consacrer plus de temps aux loisirs et au développement personnel, le metteur en scène et les comédiens n’ont malheureusement retenu que le " moins travailler ", le " glander ", le " se tourner les pouces ", et c’est foutrement communicatif, le spectateur n’ayant plus qu’une envie : celle de se laisser aller dans son fauteuil et de piquer un petit roupillon pendant les deux heures que dure la pièce.

Partant d’un argument philosophique et politique  - l’auto-détermination de l’homme à choisir son mode de vie, le refus de l’esclavage moderne que constitue le travail en usine, et le droit à choisir l’heure et les modalités de sa mort pour échapper à la sénilité - qu’il vide de toute portée subversive, qu’il mutile, Roger Gouze nourrit une réflexion vaguement sociétale, manière de débat sur les trente-cinq heures et l’euthanasie, à peine digne d’une certaine émission télévisée du service public présentée par un animateur-producteur-de-renom-qui-s’en-met-plein-les-fouilles.

Et nous ne parlons pas encore de la mise en scène.
Intérieur bourgeois bavarois en carton-pâte, comédiens qui semblent tout droit sortis du plus mauvais épisode de Maggie (un des acteurs de la pièce, me semble-t-il, y cachetonnait fréquemment, à moins que ce ne fut dans Marc et Sophie), jeu tout en grimaces, boutades dites plus haut que le reste du texte et appuyées avec force clins d’œil pour être sûr qu’elles n’échappent pas aux spectateurs, bouquet d’effets naturalistes (la fausse pluie dégoulinant le long des vitres, la boule de papier froissé jetée dans un poële électrique …), tous les artifices et toutes les aberrations du pire théâtre de boulevard sont ici réunis. Pour la plus grande joie de certains spectateurs, et notre totale consternation. Intéressant de constater que ce type de théâtre fait encore recette, de voir qu’un public rit et même s’émeut devant de tels boniments. Finalement si c'est si facile de monter une pièce qui marche et que tant d’intermittents du spectacle pointent à l’ANPE, c’est donc bien qu’ils sont fainéants.

FXCouval

date de la dernière mise à jour 07/10/99