A côté dune
excellente mise en scène de Fin de Partie, de et avec Pierre Chabert, Le
Lucernaire présente ce mois-ci une adaptation du Droit à la paresse de Lafargue.
Pamphlet socialiste écrit en 1880, Le Droit
à la paresse, connut une fortune comparable en son temps à celle du Manifeste du
parti communiste de Marx, le beau-père de l'auteur. La pièce se situe au moment où
Lafargue, avant de mettre fin à ses jours, décide de le rééditer.
De la définition de cette paresse, qui consiste
à moins travailler (pour le patronat) dans le but de consacrer plus de temps aux loisirs
et au développement personnel, le metteur en scène et les comédiens nont
malheureusement retenu que le " moins travailler ", le
" glander ", le " se tourner les pouces ", et
cest foutrement communicatif, le spectateur nayant plus quune
envie : celle de se laisser aller dans son fauteuil et de piquer un petit roupillon
pendant les deux heures que dure la pièce.
Partant dun argument philosophique et
politique - lauto-détermination de lhomme à choisir son mode de vie,
le refus de lesclavage moderne que constitue le travail en usine, et le droit à
choisir lheure et les modalités de sa mort pour échapper à la sénilité -
quil vide de toute portée subversive, quil mutile, Roger Gouze nourrit une
réflexion vaguement sociétale, manière de débat sur les trente-cinq heures et
leuthanasie, à peine digne dune certaine émission télévisée du service
public présentée par un
animateur-producteur-de-renom-qui-sen-met-plein-les-fouilles.
Et nous ne parlons pas encore de la mise en
scène.
Intérieur bourgeois bavarois en carton-pâte, comédiens qui semblent tout droit sortis
du plus mauvais épisode de Maggie (un des acteurs de la pièce, me semble-t-il, y
cachetonnait fréquemment, à moins que ce ne fut dans Marc et Sophie), jeu tout en
grimaces, boutades dites plus haut que le reste du texte et appuyées avec force clins
dil pour être sûr quelles néchappent pas aux spectateurs,
bouquet deffets naturalistes (la fausse pluie dégoulinant le long des vitres, la
boule de papier froissé jetée dans un poële électrique
), tous les artifices et
toutes les aberrations du pire théâtre de boulevard sont ici réunis. Pour la plus
grande joie de certains spectateurs, et notre totale consternation. Intéressant de
constater que ce type de théâtre fait encore recette, de voir quun public rit et
même sémeut devant de tels boniments. Finalement si c'est si facile de monter une
pièce qui marche et que tant dintermittents du spectacle pointent à lANPE,
cest donc bien quils sont fainéants.
FXCouval |