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L'Opérette imaginaire
de Valère Novarina

Mise en scène : Claude Buchvald
Avec : Michel Baudinat, Didier Dugast,
Laurence Mayor, Elizabeth Mazef,
Claude Merlin, Christian Paccoud,
Dominique Parent, Nicolas Struve,
Valérie Vinci, Daniel Znyk
Au Théâtre de Bastille
du 17 novembre au 20 décembre
du mardi au samedi à 21h,
le dimanche à 17h

Les mots voraces de Novarina

C'est dans un décor significatif en bois de sapin que se joue L'Opérette imaginaire de Valère Novarina : une opérette dont il ne demeure que le squelette, ce "petit reste restant" qui s'engage d'emblée dans un rythme hallucinatoire de sabbat burlesque.

Ici, on mange la chair juteuse des mots, le verbe à déguster s'apparente aux mets servis parmi les cannibales...Pas étonnant d'ailleurs, quand on sait que Claude Buchvald signe la mise en scène de ce petit chef-d'oeuvre, après avoir travaillé sur Le Repas.
Novarina l'affirme, "le théâtre doit être le lieu où se détruit la littérature...". Il y parvient en accomplissant l'exploit de ciseler dans le langage un joyau poétique. Le corps entier des comédiens repose dans cette parole, toute entière donnée à mastiquer au spectateur qui s'en repaît. Durant trois heures, ce sont inquiétantes et hilarantes ripailles dont on ne sort pas rassasié : on en redemande.

"J'appelle réel tout ce qui vient mordre". Ce postulat détermine la totalité de l'univers à la fois fantastique et truculent de Novarina. Chaque mot constitue soit un orifice, soit une nourriture. Il s'agit de manger le monde. Comment ? En le prononçant dans son entier. D'où l'amour passionnel pour les listes, les énumérations, les néologismes et surtout, le jeu vertigineux avec tous les moyens d'expression dramatique. Tramés ensemble on retrouve les schémas de la tragédie classique, de la chanson réaliste, de la commedia dell'arte, du drame shakespearien. Et c'est comme tracée avec la pointe sèche d'un crayon, seulement esquissée en somme, que cette admirable cacophonie se trouve elle-même enserrée dans le cocon d'une "opérette imaginaire".

Comme au cirque, on assiste aux exercices de mémorisation infligés aux acteurs, qui, tels des acrobates se mettent en danger de manquer un mot informulable et risquent de tomber dans le vide du sens. Plus tard on exulte aux airs de la "chanson qui déborde, chantée par un qui l'a vécue", de la "chanson du drame, chantée dans on bain", de la "chanson à son gigot d'Pontoise, par un gars d'Cholet" ou de la "chanson contre Autrui chantée par moi-je".

Que dire encore, sinon suivre les exhortations de la Femme Pantagonique : "Allons manger de l'homme hors de la langue des hommes!". Allons, allons au théâtre Bastille!

Virginie LACHAISE

date de la dernière mise à jour 07/10/99