Mise en
scène : Jean-Marc Culiersi et Valentina Arce
Avec : Christophe Caignet, Jean-François Coleau, Fanny Chevallier, Ali Meziti, Corinne
Sérapion
Conception : Valentina Arce, Christophe Caignet, Jean-François Coleau, Jean-Marc
Culiersi, Fanny Chevallier, Ali Meziti, Corinne Sérapion
Scénographie : Marcos Carvalho-Canto, Alexandre Junca |
Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis Salle
Wilson
Du 17 au 20 juin
20h30 |
Des Voix dans la nuit. Des êtres qui se cherchent, se
poursuivent, se frôlent, qui traquent chez l'autre la moindre esquisse d'assentiment, de
sourire, d'attention. Sans jamais réussir. Dans la pénombre, les couples se succèdent
mais c'est une seule et même scène qui semble se répéter : celle d'un rendez-vous
manqué.
Fragments
d'astéroïdes déchus. Le spectacle consiste en la succession d'une quinzaine de
saynètes. Autant de brèves rencontres qui avortent souvent avant même d'avoir
commencé. On se croise bien plus qu'on ne se rencontre : passé le premier regard,
parfois bienveillant, les aveux le disputent aux insultes qui elles-mêmes précèdent
parfois les coups. Des coups souvent sans conséquence. Des corps à corps brutaux qui
sauvent de l'inconséquence et de l'inconstance, tant ce sont là les seuls véritables
signes d'attention que tous ces solitaires au passé trop lourd pour eux consentent à
s'échanger. Si ce passé lézarde tous ces personnages, le présent les frustre au moins
autant : dans le temps de la représentation, le désir n'est jamais réciproque, il
échoue aux portes de la chair.
Vieilles
lunes et éclipses du coeur. Si au moins ils attendaient quelque chose. Mais tous
ont déjà trop attendu. Trop longtemps. Une contrôleuse de la RATP confond contravention
et billet-doux, la chute d'une femme ne provoque que le rire du bon samaritain qui passait
par là,... Ici, il n'y a pas de place pour la compassion. Un père attend son enfant au
buffet de la gare, raconte son attente au-dessus du zinc et échoue à susciter la moindre
pitié. Même les tentatives de viol échouent par inconstance : quand le coeur n'y est
pas, on danse des slows sans conviction, on s'étreint sans y croire avec dans la tête
les paroles d'une ritournelle triste. Dalida enchaîne les refrains derrière un rideau
impalpable : la lumière grise qui l'asperge est avant tout dans les coeurs.
Spectacle
issu d'une série d'improvisations, on sent à chaque instant la conviction que
mettent tous les comédiens à donner une profondeur à leur manque de désir. On souhaite
la reprise prochaine d'un tel spectacle.
Armand de Saint-Sauveur |