Mise
en scène : Dominique Lurcel
Assistant à la mise en scène : Guillaume Ledun
Scénographie : Elodie Barthélémy, Lumières : Philippe Lacombe
Costumes et accessoires : Elisabeth de Sauverzac
Avec : Mimi Barthélémy, José Dalamt, James Germain, Sylvie Laporte-Varavarana, Jacky
Sapart, Patrick Womba, Marius Yelolo
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du
9 mars au 11 avril
mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h30, dimanche à 16h. Relâche
lundi |
"Le mystère bouffe, c'est le peuple" (Dario Fo)
Les exclus ont-ils droit à la parole
? Non, mais ils la prennent... Les "Vilains"ont-ils une âme? Non, mais ils ont
à prier...pour passer le temps. Sur le mode ironico-grotesque, le théâtre du bouffon
est ce mode d'expression essentiel, qui invente, au coeur du dénuement, de la misère, du
dépouillement absolu, une langue subversive et poétique, luxuriante, une langue de
survie.
Pendant vingt-cinq ans, Dario Fo avait retranscrit et joué ces
"parleries" du moyen-âge auxquelles les jongleurs se livraient dans la rue.
Episodes de la Passion du Christ, proférés dans la langue des miséreux, ils avaient
pour fonction de communiquer la Bonne Parole, mais aussi la "mauvaise", la
parole amère des déshérités. C'est ainsi qu'était née la somme du Mistero Buffo.
Lorsque Dominique Lurcel se rend à Port-au-Prince, en Haïti, c'est soudain le
choc de constater que cette parole-là foisonne encore dans la masse grouillante des
bidonvilles. Ereintés par les moeurs des "padroni", accablés par les commandos
assoiffés de sang, ces "vilains" dignes des sociétés médiévales continuent
de rire et de souffler l'espoir en Jésus Christ. Un Jésus grotesque, un Jésus super
star, un Jésus fantoche, mais un Jésus tout de même venu pour sauver les hommes.
Le jongleur, maître du jeu de la parole, est donc créole, dans la mise en scène
de Dominique Lurcel. Et la construction presque chorale du spectacle file les tableaux de
la Passion sur des airs afro-caribéens. Dans la procession des bouffons, les formules
sont tour à tour martelées ou psalmodiés sur un rythme nonchalant. Mais dans sa pâte
faussement naïve, Mistero Buffo Caraïbe provoque et crie à l'injustice. Les
couleurs y sont vives, les rires éclatants, les jeux de mots scatologiques, les postures
à la fois angéliques et grotesques. Pourtant, derrière cette évidente modestie, cette
flagrante poésie, c'est la conjuration de la mort qui est à l'oeuvre. Emblême, cette
scène merveilleuse où, le fou (José Dalmat) séduit la mort (Sylvie
Laporte-Varavarana), jeune vierge de blanc vêtue, troublée soudain par le désir qu'elle
éprouve et qu'on lui porte.
Etrangement, Mistero Buffo Caraïbe, sous le double masque du moyen-age et de
l'exotisme, provoque et place soudain le public devant son humanité, ou plutôt son
inhumanité, qui consiste en une forme d'indifférence. L'humour, l'amour, mais aussi la
subversion du propos, la corrosion portent juste. Le rire a parfois des airs de rictus, et
c'est tant mieux.
Virginie Lachaise
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