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Le Jeu de l’Amour et du Hasard
Auteur : Marivaux
Metteur en scène : J.P. Vincent
Les Amandiers, Grande Salle
Du 24 avril au 14 juin 1998
Au jeu de l’amour et du hasard les portes claquent, la lumière se fait ombre : ombre trainée de poudre traversant l’espace jusqu’au pied du mur. Au jeu de l’amour et du hasard on s’avoue la vérité seulement quand on se retrouve au pied du mur comme l’ombre sans trop savoir comment et pourquoi. L’ombre, c’est la lumière travestie. Le travestissement, c’est le stratagème usé par Silvia et Dorante pour se sonder l’un et l’autre. A ce mariage si bien empaqueté par les parents, Marivaux denoue quelque peu le noeud et y injecte une dose de hasard. Car au siècle des Lumières il existe des jeunes gens de conditions qui attendent de leur futur époux ou épouse un peu plus qu’une condition. Le harsard fait que Silvia et Dorante ont la même idée et troquent leur habit de maître contre l’habit de domestique et réciproquement les domestiques endossent les habits de maître. Inversement des pôles, quiproquo, jeu. Jeu d’amour cruel. Amour que les personnages ne connaissent pas encore ou qu’ils se refusent à reconnaître et qui pourtant semble les posséder, dès qu’ils ont franchi la porte... Insoutenable jeu qui prend corps dans le décor de Jean-Paul Chambas et dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent. Lieu décoré, fardé, paré cependant d’aspect inachevé, en finition ; salle de fête, salle de bal, carrefour des regards, des sentiments des reflets.

Reflets, images d’un grand miroir brisé, passage secret, porte où sortent et rentrent les personnages. Miroir qui absorbe et restitue lumière et sentiments, sentiments et lumière. Miroir ou chacun peut se voir et donc se souvenir qu’il n’est que l’acteur d’un jeu dont il espererait être l’unique meneur. Mais le miroir est muet. Ce que chacun apprend sur soi à travers le miroir n’est pas communiqué à un autre. Le miroir joue le jeu, ce jeu où chacun essaie d’amener l’autre à se dévoiler mais où finalement les gens de même condition se retrouvent bras-dessus bras-dessous malgré la tentation de chambouler l’ordre établi et le plaisir sado-masochiste qui peut en résulter. Plaisir de théâtre, plaisir du théâtre.

Du plaisir spectateurs on en reçoit, du plaisir spectateurs qui aimez la verve, la lègèreté, l’or du champagne et son pétitillement, du plaisir vous en recevrez.

date de la dernière mise à jour 07/10/99