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Le
Journal d'un fou
de Nicolas Gogol |

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Prix
Spécial du Jury au Festuval d'Avignon Off 1983
Mise en scène : Marie-Françoise Broche
Interprétation : Jean-Claude Broche
Lumières : Sébastien Pinon |
Au
Théâtre du Ranelagh
du 14 mars au 17 avril
Location : 01 42 88 64 44
Métro La Muette. RER Bouvainvilliers (ligne C) |
A peine les lumières viennent-elles de
s'éteindre dans la salle : un homme vêtu d'un pardessus sombre, la barbe bien taillée,
les cheveux longs, bouclés, mais soigneusement coiffés, s'avance à pas lent au milieu
des spectateurs, vers la scène. Le silence se fait alors, et seule la voix de
Proprichtchine résonnera désormais dans un espace étrange qui tient à la fois du
bureau, de l'estrade, de la chambre et de la matrice originelle.
Proprichtchine est un petit fonctionnaire ordinaire sans argent, sans amour, sans
relief et sans avenir. Pour échapper à l'ordre étouffant de la société russe, la
folie est finalement sa seule arme, la seule qu'il détienne : conscient sans doute qu'il
ne peut changer l'ordre du monde, il décide de changer sa propre conscience, son monde
intérieur. Il sera donc, envers et contre tous, un homme de pouvoir, l'amant d'une femme
adorée et inaccessible comme une une idole, et finalement roi d'Espagne. En faisant
basculer la réalité, tout devient possible...
La lecture d'un journal intime place le lecteur dans l'intimité d'un être : la
distance entre la scène et le spectateur aurait pu rendre cette proximité précaire.
Cependant une voix profonde, murmurante et enregistrée pour pouvoir nous parler dans un
souffle au creux de l'oreille et nous atteindre, signale chaque nouvelle date du journal
qui sont comme une nouvelle marche vers la folie dont nous sommes les témoins
émus. Proprichtchine se défait peu à peu de son manteau sombre qui préservait les
apparences pour apparaître en chemise, dépenaillé, les cheveux en bataille,
désespéré et grotesque, mais jamais loin d'être sublime quand il se drape dans une
immense toge rouge, le regard fiévreux, en partance vers "l'inaccessible
étoile" de Jacques Brel qui retentit à la fin du spectacle.
Jean-Claude Broche s'empare de ce personnage avec une énergie, une force et une
conviction proprement hallucinantes. Tour à tour lamentable, drôle, violent et
bouleversant, ce comédien dôté d'une présence et d'un magnétisme surprenants, se
livrent à bien autre chose qu'à un numéro d'acteur. Il ne "joue" pas
Proprichtine, c'est lui-même qu'il semble mettre en jeu.Emmanuelle Pons |
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