Les Géants de la montagne
de Luigi Pirandello |
Mise
en scène : Georges Lavaudant
Texte catalan : Narcis Comadira
Décor et costumes : Jean-Pierre Vergier
Lumières : Georges Lavaudant et Salvador Cuenca
Musique originale : Gérard Maimone
Son : Jean-Xavier Lauters
Avec : Francesc Albiol, Pere Arquillué, Hermann Bonnin, Léo
Castro, Imma Colomer, Pau Dura, Carme Elias, Llàtzer Escarceller, Marisa Gerardi, Lluis
Homar, Olvido Lanza, Miquel Angel Maestro, Carles Martinez, Sergi Mateu, Angels
Poch, Pep sais, Dr. Soler
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Au
théâtre de l'Odéon/ du 15 au 27 juin 1999/ du mardi au samedi à 20h,
le dimanche à 15h/ relâche le lundi/ Durée du spectacle: 2h sans entracte
Des géants pas
si grands que ça
Dix-huit ans après sa création à Grenoble, Georges Lavaudant
remonte Les Géants de la Montagne. Oeuvre colossale, monumentale, au même titre
que Le Songe d'une nuit d'été, La Tempête ou Hamlet, cette
pièce de Pirandello lance un défi au théâtre. Les morts y côtoient les vivants, la
fiction interroge le réel, les marionnettes inquiètent les hommes, les mirages, les
spectres, les fantasmes, la mémoire...tout s'y mêle dans un univers imaginaire,
spectaculaire, seule matière susceptible d'alimenter une réflexion sur le monde.
Que dire des partis-pris de Georges Lavaudant, sinon qu'ils visent à construire un
spectacle d'une beauté plastique évidente, riche de tous les atouts qui visent à
la séduction du spectateur, mais aussi riche de toutes les tentations du metteur en
scène à qui on donne tous les moyens de ses rêves.
Riche donc, trop peut-être, luxueux, Les Géants de la Montagne selon Lavaudant
est un spectacle qui avoue ouvertement sa prédilection pour l'esthétique fellinienne.
Espaces vagues, un pont magistral suspendu dans une forme de no man's land, costumes en
noir et blanc, musique à l'accordéon, violon mélancolique, tout est disposé à dessein
de composer la belle partition digne de faire rêver le spectateur. Seulement voilà. On
s'ennuie souvent. A force de vouloir trop fasciner par l'image, on finit parfois par
hypnotiser. Et de l'hypnose au sommeil...Trop d'immobilisme peut-être et le goût
prononcé pour des attitudes figées, destinées sans aucun doute à prolonger la beauté
des tableaux, ont une fâcheuse tendance à nous entraîner dans le pays des songes.
Et puis, on ne peut s'empêcher de penser à la dernière mise en scène que Grüber avait faite de la pièce, avec les élèves du
Conservatoire. Avec les moyens du bord, trois morceaux de tissu et une guirlande
d'ampoules, la magie était là, envoûtante. Chez Lavaudant, si on est loin toutefois de
parler d'échec, il faut bien reconnaître que la mécanique est plus lourde, plus
démonstrative...Les comédiens optent souvent pour un ton monocorde, une gestuelle
grisâtre, même si on fait une exception pour le jeu de Carme Dias, qui, dans le rôle de
la comtesse Ilse vibre et frémit en permanence, sur la lame du texte de ce poète, le
seul qu'elle ait aimé, qui lui ait donné vie et qu'elle a poussé à la mort.
Certes, on peut toujours se dire que Georges Lavaudant a choisi la difficulté de faire
représenter la pièce en catalan et que le décryptage du texte entrave le plaisir que
l'on prend à regarder le spectacle. Pourtant, et c'est bien là le hic, malgré
l'incontestable qualité du jeu des acteurs et la poésie qui envahit certaines scènes,
le rythme de la mise en scène et l'utilisation des marionnettes, nous paraissent souvent
convenus. Disons-le en un mot, déception, voilà ce qui qui nous démange un peu lorsque
l'on sort de la représentation.
Virginie Lachaise |