| Une homme, Rougon, au seuil de la mort, raconte sa vie en balbutiant, accoudé à
un comptoir qu'on dirait situé quelque part entre la terre et le ciel : il parle d'une
femme pour laquelle il n'éprouva qu'un désir chancelant, de l'amitié, de l'alcool, avec
une trivialité qui n'est jamais éloignée de la poésie la plus lyrique.
C'est ainsi qu'au détour
d'anecdotes réalistes, le spectateur croise la Baguenaude, femme fatale transformée en
rose et Paolo l'Absent, l'ami à présent disparu.
Echoué sur une plage dont il foule à peine le sable, cet homme épave hurle sa détresse
en un monologue tour à tour suffoquant et drôle.
Le texte d'Eric Herbet est à l'image du titre : beau et énigmatique. La mise en scène,
dépouillée à l'extrême, met en valeur le travail du comédien, mais place d'avantage
le public en position d'auditeur que de spectateur. Mais, grâce au comédien Jean
Lespert, on se laisse emporter sur cette plage, près de cet homme tantôt irritant,
tantôt émouvant, car, par delà sa finitude, et malgré des moulinets de bras
incohérents et inutiles, il reste debout.
Emmmanuelle Pons. |