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Décaméron; Boccace; Boillot; théâtre;
cité internationale; peste; florence

Le Décaméron
d'après Boccace

Mise en scène de Jean Boillot
Le Théâtre à Spirale
Théâtre de la Cité internationale
26 avril au 22 mai 1999
21 bd Jourdan 75014 Paris
Accès RER B Cité Universitaire

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AUTOUR DU DECAMERON

Quoi de mieux que le cadre du Théâtre de la Cité Internationale pour mettre en scène le Décaméron de Boccace ?   En quittant les odeurs nauséabondes du métro, laissant Paris derrière lui,   le voyageur a l'impression de refaire symboliquement l'itinéraire des héros de Boccace, qui s'enfuyaient de Florence pour échapper à la Peste Noire. Le fond de l'air est doux quand on arrive à la Cité Internationale, le paysage bucolique et le cadre somptueux: une imposante bâtisse dix-neuvième plantée au milieu de la verdure fait immanquablement penser à l'un des châteaux toscans dans lequel les jeunes gens italiens ont trouvé refuge.

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Jean Boillot décline le thème du voyage, se promène avec allégresse dans les jardins de Boccace, picore çà et là une histoire savoureuse pour le plaisir de nous la raconter : "Il était une fois...". Son théâtre redécouvre le simple bonheur du conte et de sa narration. La mise en scène est une invitation au voyage, un dialogue entre la parole et la musique, entre les différentes époques, entre hier et aujourd'hui, entre les diverses formes de représentations, entre les différents lieux et dispositions scéniques.
Il s'agit non pas d'un, mais de plusieurs spectacles : cinq stations, cinq histoires que l'on peut voir séparément ou de bout en bout (huit heures de réjouissances). Le premier volet est constitué par le prologue. On monte les escaliers pour pénétrer dans une immense salle, dont le parquet est recouvert de cellophane sous lequel sont glissés des vêtements colorés, vêtements d'enfant pour la plupart. Instinctivement les spectateurs se mettent en cercle, à même le sol. On trouve cela ludique, agréable, on repense au film de Pasolini, aux histoires courtoises et drôles du Vieux Livre. Cette plaisante rêverie est brisée nette par l'arrivée de dix formes noires et la voix des comédiens (cinq femmes et autant d'hommes) qui déclament le début du Décaméron, la saisissante évocation de la Peste Noire qui s'est abattue sur Florence en 1348. Le décor perd de sa drôlerie, quand on arrive au passage évoquant les vêtements des pestiférés pouvant transmettre la maladie, phénomène incompréhensible, relevant du miracle pour les gens de l'époque. Quelques uns dans l'assistance regardent avec dégoût les petits habits sur lesquels ils étaient assis et qui leurs paraissaient si mignons l'instant d'avant. Certains se poussent discrètement.

L'ambiance se détend vers la fin du prologue, une fois que les cinq jeunes demoiselles rencontrent les cinq jeunes gens, tous aussi aimables les uns que les autres, et une fois qu'ils décident de quitter la ville pour se réfugier dans une riche propriété  et attendre la fin de l'épidémie en profitant de la vie. A la suite des comédiens, le public est invité à monter tout en haut du bâtiment, dans la Resserre, salle qui ouvre sur une terrasse donnant sur les jardins et le Parc Montsouris. Le jeu entre public et comédiens continue. Cette fois-ci, certains spectateurs sont invités à monter sur scène , s'asseoir autour de quelques tables, siroter un petit rouge et jouer le rôle des figurants. Deux histoires nous sont contées ; deux histoires de femmes malmariées, Zinevra et Peronella : Zinevra à un marchand, Peronella à un chômeur. L'argument de cette station est annonciateur de plaisir et de détente : "Des tours que les femmes, poussées par amour ou pour leur salut ont joués à leurs maris ou leurs parents." Jean Boillot multiplie les mises en abyme, joue avec les conventions théâtrales : travestissements , masques, jeux de cache-cache se succèdent. L'habit a le pouvoir de changer l'identité des personnages. Malgré quelques effets de scène mal intégrés au reste de la pièce : comme l'usage de la musique, ou du micro, cette première partie du Décaméron est pleine de saveur, les jeunes actrices Magalie Montoya, Agnès Pontier brûlent les planches, passant avec maestria de la tragédie à la farce , bref la promenade en compagnie de Jean Boillot à travers l'œuvre de Boccace vaut le détour.

maya szymanowska

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Prix Editeur: 128 FF
Prix Alapage: 121.60 FF

date de la dernière mise à jour 07/10/99