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| dipe à Colone, ou la mort du pharmakos |
Mise en
scène : Farid Paya
Avec : Aloual, Antonia Bosco, Jean-Louis Cassarino, Valérie Coué-Sibirit, Bruno
Ouzeau, Jean-Yves Pénafiel, David Weiss. |
jusqu'au
2 mai |
Après dipe
roi, lélan dramaturgique de Farid Paya saffaiblit quelque peu et sa
mise en scène ddipe à Colone manque de souffle. Cette pièce de
Sophocle, uvre de " transition ", plus faible dans son écriture
dramatique, plus récitative, ne lui a pas inspiré semble-t-il la même puissance lyrique
dans la mise en scène. Certes, comme dans Laïos, Antigone et Oedipe Roi,
il déploie des techniques dexpression gestuelles et vocales très impressionnantes
et mêle au texte une très belle partition chantée. Mais justement, on ne comprend plus
le sens de ces techniques qui envahissent le plateau comme autant de codes
indéchiffrables. Très esthétique, la composition des tableaux finit par endormir notre
esprit et la curiosité, un instant titillée par des parti-pris exotiques extrêmement
sophistiqués, se lasse.
Ainsi, les costumes luxueux, souvent dinspiration balinaise, réalisés par Carmen
Canillas, Luci Sogorb, Laure Malherbe et Chantal Richaud donnent quelquefois
létrange impression de nêtre que de parade. Comme des paravents, ils
masquent des corps campés dans des postures magistrales qui nen imposent pas plus
que ça. En somme, lémotion cède le pas à des procédés, qui si fondés
soient-ils, ne parviennent pas toujours à pallier lennui. Un maquillage et des
attitudes ralenties, hérités des arts orientaux, malgré leur pouvoir évocatoire,
expriment parfois leur gratuité dans le contexte de la tragédie du sang des Labdacides.
Quant à lhomogénéité dune ligne de conduite dans la direction des acteurs,
elle nest pas évidente. Farid Paya privilégie en effet un décalage entre
légèreté dinterprétation et tragique du propos, quil est parfois difficile
de justifier. Ainsi, le rire dIsmène et Antigone, leur fébrilité saccordent
difficilement avec la fable du vieil dipe, parvenu au terme de son errante vie, dans
lenceinte des déesses de lEffroi. Cest là que Créon vient
semparer de sa dépouille pour la livrer en pâture au peuple de Thèbes:
" ils veulent faire de mon corps un rempart contre leur misère ", dit
Oedipe . Cest là aussi que Thésée le protège de la tyrannie des hommes et
laccompagne, avec magnanimité, jusquau lieu de son trépas.
Après dipe roi, dont la mise en scène était particulièrement séduisante,
on regette que Farid Paya se soit contenté dans dipe à Colone, de
réitérer des procédés ou de réaménager des espaces déjà explorés. Pourtant la
beauté des chants et quelques déplacements, presque des chorégraphies, réellement
réussis suffisent à sauver ce spectacle.Virginie Lachaise |
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