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Chat, souris (moutons)
Gregory Motton

Mise en scène de Gregory Motton
Texte français : Nicole Brette
Mise en scène : Gregory Motton et Ramin Gray
Avec : Thierry Bosc, Geoffrey Carey, Elizabeth Mazev, Jean-Paul Rouvray

Théâtre de Gennevilliers
du 20 mai au 13 juin 1999
soirée à 20h30 du mardi au samedi
matinée à 16h le dimanche
relâche le lundi
prix des places : 140f (plein tarif), 80f (tarif réduit)
Location : 01 41 32 26 26

Je suis si artiste, Je suis un altruiste...

On commence à le savoir, une pièce de Gregory Motton, ça grince, ça crisse, ça ravage. Le thème est hérissé d'épines, l'humour rapeux et chaque mot affuté à dessein de percer très loin pour faire très mal. Alors, comment ce fait-il que chacune de ses pièces crée un choc nouveau ? A croire que ce dramaturge prodige a décidé de s'enferrer dans une révolution permanente du langage et de la pensée.
Cat and Mouse (Sheep) avait déjà été créée en anglais, en 1995, à l'Odéon, par Ramin Gray et Gregory Motton. Aujourd'hui, la nouvelle mouture en français nous défrise les moustaches. Trève des consensus, des "tenez-vous le pour dit", Chat, souris (moutons) entre en pays de provocation, en terre de contradiction et déploie une farce ubuesque à la mode anglaise.
Gengis, petit épicier, se prend pour le grand Khan, entouré par son tonton et sa tatie. Au fond de sa boutique dérisoire le voilà "royal empereur", figure de la démocratie libérale, blason de la tyranie, avatar du fascisme, effigie de l'impuissance, spectre de l'intolérance, miroir de la connerie humaine. Secondé dans ses délires par le tonton devenu factotum, Gengis fait venir à lui tous les petits, pour les avilir plus encore : les représentants du peuple, les vieilles femmes, les poètes sans talents, les critiques inutiles, les Espridbite qui ne songent qu'à associer leur nom au sien pour exister.
Gregory Motton ricane en coulisse, la satire des vices de notre temps et bien rôdée dans cette pièce qui avance comme un bulldozer. Entre chaque tableau, une lumière bleue d'aquarium fige les personnages dans le ghetto de leurs préjugés, dans leur ego : la tatie qui n'aime que son "tout petit toutou",( mais d'une âme d'artiste) et déteste les gens; le tonton qui ne pense qu'à occuper seul un lit, "conduit une petit voiture parce qu'(il est) altruiste qu'(il) pourrait vraiment vous foutre dans la merde si vous vous trouvez sur son chemin frère soeur mère noir blancs raciste sexiste putains de salauds tous autant qu'ils sont /.../" Gengis enfin, qui n'hésite pas à "se faire" au sens littéral son tonton sous nos yeux, pour le plus grand agrément de sa tatie.
L'écriture de Motton dans Chats, souris (Moutons) est sauvage, décapante. Elle est superbement incarnée  par des comédiens de talent. Thierry Bosc, surtout, décadant à souhait, semble tout droit sorti d'un film de Cassavetes.

Virginie Lachaise

date de la dernière mise à jour 07/10/99