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Abracadabracula
de et par Pinok et Matho

De et par Pinok et Matho
Textes et bruitages : Pinok et Matho
Lumières : Catherine Larousse
Costumes et perruques : Marisha
Masques : Marisha et Thierry Atlan
Voix de D. Laurent, Pinok et Matho, du Ténor Jean Kriff
Au Tremplin Théâtre jusqu'au 28 février

Dans la petite salle du jeune Tremplin Théâtre, au coeur de Montmartre, Pinok et Matho, réactualisent un spectacle, qui bien des années auparavant fit leur succès. A l'école d'Etienne Decroux pour le mime et de Karine Wéner pour la danse, ces deux jeunes dames à l'âge respectacle poursuivent le fil de leur fantaisie et, sans soucis du "qu'en dira-t-on", brodent un spectacle à la fois grotesque et émouvant, Abracadabracula.
En 1953, elles jouaient dans Camp de concentration avec E.Decroux et dans les années soixantes et suivantes, elles couraient les Festivals,  dirigeant  à l'occasion des centres internationaux de mime...C'est dire si elles ne sont pas nées de la dernière pluie! Mais aujourd'hui, plus que jamais, elles se donnent corps et âme dans un numéro de mime époustouflant, énergique, qui laisse le spectateur pantois et pas toujours à son aise.
C'est justement ce malaise qu'il faut questionner : il se déploie en une palette de nuances qui ne s'accordent pas toujours...Est-on gêné par cette succession de sketches dont le tempo est parfois enrayé? Ou a-t-on du mal à assumer sa propre inquiétude née de la confrontation avec ces corps dont la vitalité s'affiche avec tant d'éclat, malgré le temps? Car après tout, pourquoi ne pas agiter un tabou ? On sait bien qu'en général, tacitement, l'acteur respecte une loi qui lui impose de ne plus exhiber son corps en public, passé un certain âge. Mais Pinok et Matho  transgressent cette règle : c'est ce qui favorise leur jeunesse.
A leur manière, Pinok et Matho représentent un modèle d'anticonformisme. Avec un humour cruel, qui se mêle parfois à beaucoup de poésie, le processus de consommation et de vampirisation propre à la société moderne est déchiré à belles dents par ces Draculas d'un nouveau genre. En somme, leur danse de sabbat explore toutes les troubles ressources d'un fantastique corporel.
Malgré quelques maladresses, quelques erreurs techniques dues semble-t-il à des moyens de représentation plus que sommaires, par sa liberté et sa fantaisie gratuite, ce spectacle  mérite vraiment d'être encouragé

Virginie LACHAISE

date de la dernière mise à jour 07/10/99