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Théâtre de la Colline
Casimir et Caroline
Ödön von Horvath
Mise en scène : Jacques Nichet |
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CAROLINE,
à elle-même : Souvent on ressent un si
grand désir en soi...et puis après on revient, les ailes brisées, et la vie continue,
comme si on en avait jamais fait partie..."
De Caroline et Casimir, l'on pourrait
dire qu'il sont, selon la formule qu'Ödön von Horvath s'était appliquée à
lui-même, "les filles et fils de leur temps". Caroline-Casimir, un nouveau nom
pour un jeu pas si neuf : celui du chat et de la souris. Pris dans la souricière du monde
des petits, les voilà acculés à l'exultation pour échapper, ne serait-ce qu'un temps,
à l'angoisse de leur condition. Fantasmer, rêver, arpenter sa névrose jusqu'au bout,
laisser parler les mots avant les pensées, et explorer les effets qu'ils produisent,
telles sont les nouvelles règles du jeu.
Pour Caroline, petite vendeuse sans perspective d'avenir, les relents de la grande vie
viennent brûler ses narines de jeune amazone, une nuit de fête foraine, où le grand
patron lui paie des tours de manège pour s'envoyer en l'air.
Casimir, quant à lui, voit dans le chômage qui s'abat sur lui l'étincelle du destin. Il
se met alors à sculpter avec passion son rôle de raté. Pour vaincre l'échec,
rien de tel que le favoriser...
Pendant qu'elle rêve au zeppelin, splendide ballon de baudruche qui symbolise les
puissants, lui, jouit de son pessimisme jusqu'à la lie.
CASIMIR : Je m'en fous !
Pendant que vingt capitaines d'industrie s'envoient en l'air, des millions de gens
crèvent de faim ici-bas. Ton zeppelin, tu comprends, c'est un aéronef, et quand nous
autres on voit voler cet aéronef, on a l'impression que nous aussi, on est du
voyage...alors que nous, c'est les semelles trouées et le coin de la table pour
s'écraser la gueule dessus !"
C'est la nuit de leur révolution : strass, trompettes, lasso des grands huit,
rots tonitruants, hurlements et grandes nausées. Mais à l'aube, quel
changement ? Pas grand chose, deux fois rien, juste son pas posé dans la case à côté
de la première, avec à son bras un personnage différent, une doublure.
Jacques Nichet excelle dans l'esthétique expressionniste des années trente. On est à
Berlin, au milieu du paradis installé en enfer. Entre chaque séquence, le charriot du
Quartet Didier Labbé balance avec une certaine ironie ses accords de jazz. Sur fond
argenté, un nain en tenue d'apparat invite le chaland à se rincer l'oeil dans un une
cage de verre qui contient n°1 un homme-bouledogue, n°2 une femme-chimpanzé qui chante
à merveille une ballade amoureuse. Posé en équilibre sur l'angle translucide, seul dans
l'obscurité, son visage blanc et barbue irradie comme un astre.
Dans la mise en scène de Jacques Nichet, brillante, il y a des échos du Berlin
Alexandre Platz du génial Alfred Döblin ou des éclairs pris dans la masse
grouillante et sombre de Freaks de Tod Browning, "la monstrueuse
parade". Elle est servie par des acteurs remarquables. Micha Lescot, surtout, dans le
rôle de Casimir a des airs de pantin désarticulé, des postures d'acteur des premiers
films muets. Daniel Znyk aussi, que l'on avait déjà admiré dans L'Opérette
Imaginaire de Novarina au Théâtre de Bastille cette saison, excelle dans le
personnage du sordide Tapp, ce gros patron lubrique : cigare cloué au bec,
cravatte rouge, pendante. Quant à Caroline, Marie Vialle, elle porte avec elle la
lumière et la fragilité du papillon, la pure, l'indispensable vanité du désir. Virginie Lachaise |
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