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La bonne âme du Sé-Tchouan
de Bertold Brecht

Mise en scène :Herbert Rolland
Traduction : Geneviève Serreau et Jeanne Stern, Editions de l'Arche
Scénographie : Marcos Vinals Bassols
Costumes : Sylvie Van Loo
Chorégraphie : Marion Lévy et Marian Del Valle
Masques : Anik Rolland
Eclairages : Jean Loutché
Avec : Isabelle Wéry, Catherine Delire, Patrick Dieleman, Pierre Geranio, Jean-Yves Izquierdo, Frédéric Lepers, Jean-François Politzer, Vanessa Vaxelaire, Sandrine Versele, Jean-Michel Vovk
Au Théâtre de l'Est Parisien

du 18 au 30 mai 1999

Location : 01 43 64 80 80

T.E.P
159, avenue Gambetta

Les dieux sont-ils tombés sur la tête ?
 

 

Un rideau cramoisi dévoile un décor de carton-pâte. Sur les côtés du plateau les comédiens guettent celui qui parle. C’est Wang, le porteur d’eau. Il attend la venue des dieux. Ca y est. Ils sont là, tous les trois, qui, comme un seul corps de marionnettes, emmanchés sur un axe commun, se hissent au sommet d’une façade de bois digne d’un théâtre de Guignol. Le jeu est lancé. La bonne âme du Sé Tchuan peut débuter.

La mise en scène d’Herbet Rollan agite la masse ludique de cette œuvre de Brecht, aussi naïve que rusée, scintillante comme une maison de poupée, mais où se jouerait la farce de la misère humaine. Les dieux sont venus quêter, en désespoir de cause, au fond de cette contrée perdue, l’ultime " bonne âme " qui pourrait sauver l’humanité. Et c’est bien là que l’humour de Brecht s’exprime de la plus étrange manière : pourquoi vouloir attribuer à un seul être la charge de la collectivité ?
Chen Te, la petite prostituée, l’être le plus insignifiant qui soit sera la victime des dieux, l’élue. Soumise à la bonté, elle se voit en danger de disparaître toute entière. Alors, pour se sauver elle-même, elle invente un étrange compromis : elle devient Chui-Ta, le cousin capitaliste et profiteur qui vient contredire toutes ses actions généreuses et amorce régulièrement le processus de survie dans ce mécanisme du pur don qui la voue à la destruction.

Loin des clichés qui se complaisent régulièrement dans une mise en scène terne et paupériste des œuvres de Brecht, La bonne âme du Sé–Tchuan donnée au T.E.P relève la notion du plaisir du spectateur. Les jeunes acteurs de Rollan sont pétillants, drôles, et étonnamment doués pour le chant qui vient ponctuer régulièrement les tableaux de la pièce comme dans un numéro de music-hall. Il y a en effet quelque chose de la comédie ballet dans cette représentation. Par ailleurs, le metteur en scène avoue une influence des premiers films muets, ceux de Charlot en particulier. Les décors surtout, rappellent cette esthétique des premiers temps du cinéma, ceux dans lesquels on " fait comme si " c’était la réalité, en ayant la jouissance de savoir que c’est de la fiction.

On loue aussi le parti-pris de faire jouer les acteurs sur les registres les plus variés : de la pantomime masquée, au jeu psychologique, l’interprétation crée le jeu proprement dit, à l’oeuvre dans l’écriture de Brecht, c’est-à-dire cette oscillation, cet écart, entre divers univers, celui du conte et celui du réalisme social.

La bonne âme du Sé-Tchuan est une parabole, qui, en tant que telle, ne livre aucune réponse, mais soulève une nuée de questions. Il est heureux que l’interprétation d’Herbert Rollan, soit allée dans ce sens : à bas le didactisme, vive l’action ! Et la première action n’est-elle pas le jeu ? Nous sortons du spectacle plein de forces réactives, d’interrogations, d’espoir.

Virginie Lachaise

date de la dernière mise à jour 07/10/99