De Michel Rachline,
avec la collaboration de Laurent Malet
Avec Laurent Malet, Madeleine Marion, Ophélie Orecchia.
Décor : Jacques Dugied
Lumières : André Diot
Son : Pierre-Jean Horville assisté de Nicolas Delbart
Costumes : Catherine Gorne-Achdjian |
Au
théâtre Molière Maison de la poésie.
Du 13 Janvier au 21 Mars 1999
Mise en scène : Nada Strancar assistér d'Audrey Laforce
D'après la correspondance de la famille Rimbaud. |
Le rythme
saccadé des roues d'un train en pleine vitesse filant explorer le monde résonne dans une
maison au charme paisible et au confort douillet...Dès les premiers instants, la mise en
scène de Nada Strancar met en avant le propos principal de Michel Rachline et Laurent
Malet dans cette pièce : Rimbaud, l'homme aux semelles de vent, accroché au sol par sa
jambe malade, est de retour dans la maison de son enfance, auprès de sa mère et de sa
soeur. Les retrouvailles tournent immédiatement à l'affrontement entre ces trois êtres
meurtris, incapables de parler d'amour. La pièce se construit sur un huis-clos tendu et
oppressant parfaitement rendu par le décor : la chambre de Rimbaud est la réplique de
celle de Van Gogh en Arles, telle que le peintre, contemporain exact du poète, et autre
artiste " maudit", l'a représentée dans une de ses toiles les plus célèbres
et les plus analysées.
C'est donc la matière humaine qui
intéresse l'auteur de la pièce. Cet angle d'attaque était risqué : la pièce pouvait
sombrer dans la naïve biographie illustrative. Pire encore, elle pouvait se vautrer dans
un voyeurisme facile favorisant chez les acteurs un jeu complaisant : l'auteur aurait pu
se contenter de raconter et mettre sous les yeux du spectateur l'agonie du poète. Michel
Rachline évite ces écueils, notamment grâce à son sens de l'ellipse qui permet à la
narration de ne pas se dérouler platement et au beau travail d'André Diot et Pierre-Jean
Horville pour les lumières et les sons. Quant aux acteurs, ils semblent habités par leur
rôle, en particulier Laurent Malet qui incarne Rimbaud pour la deuxième fois.
Parce qu'elle échappe à toutes ces
facilités, Rimbaud, dernière escale... est une pièce grave et austère qui ne
laisse à son spectateur que peu de moments de répit, hormis quelques instants de grâce
lumineuse (un peu rares, hélas), comme la danse entre Rimbaud et sa soeur et la
transformation de la ferme de Roche en intérieur exotique grâce à quelques tissus
extraits de la malle d'Arthur. Mais telle était sans doute la vie du poète durant cette
période : de grands moments de douleur traversés par quelques éclairs incandescants et
poétiques.
Emmanuelle Pons |