| Général Philippe Morillon
:
Quand j'ai prononcé la phrase célèbre : "vous êtes
désormais sous la protection des Nations Unies" devant la population de Srebrenica,
c'était dans un contexte bien précis. Je promettais aux habitants de rester avec eux
jusqu'à l'évacuation de leurs blessés graves par air et par route, jusqu'à l'arrivée
des premiers convois de ravitaillement et l'obtention d'un accord pour la réalisation de
cette zone démilitarisée. J'ai tenu cette promesse à la surprise de tous.
L'enfer c'est le désespoir. En arrivant ici nous avons trouvé
l'enfer. Moins de trois jours après notre arrivée, j'ai eu la plus belle récompense
dont j'aurais pu rêver. Sous ma fenêtre, j'ai entendu de grands éclats de rire. |
Si Srebrenica eut un tel impact dans
l'opinion publique, ce n'est pas tant que nous y avons sauvé l'honneur - c'était
important -, c'est que nous y avons ramené l'Espérance et, avec elle, les rires
d'enfants (...)
Si j'avais pu imaginer que je ne faisais alors que prolonger
les souffrances d'une population enfermée dans les limites strictes de la ville où
elle se trouverait maintenue en position d'otage, il est probable que je n'aurais pas
proposé cette solution. |
 |
Haris Slladzic, Premier
ministre de Bosnie-Herzégovine pendant la guerre :
Quand vous liez les mains de quelqu'un sans le protéger, vous
devenez objectivement complice de meurtre. Il est inconcevable qu'on nous dénie le droit
à l'autodéfense - un droit que rien ne doit entraver, dit la Charte de l'ONU. Dans ces
conditions, la seule issue qu'on nous laisse est de nous coucher et de mourir en silence.
Sans déranger personne. Ce génocide public, qui se déroule devant les caméras de
télévision, crée des blessures profondes dont on n'a pas encore pris conscience :
l'Europe a déjà perdu le respect d'elle-même, sa confiance en soi et sa crédibilité. |
| l Lieutenant
Meho bosniaque :
A l'aube du 11 juillet, un silence plus terrifiant que le bruit
des bombes s'abat sur Srebrenica. Les Serbes ne bougeaient plus, ils savaient qu'ils
avaient gagné. Vers onze heures du matin, ils ont simplement lancé deux grenades sur les
civils rassemblés entre le camp de la Forpronu de Srebrenica et la poste. Il y a eu
plusieurs morts. Ce fut le début de la fuite. |
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Une infirmière bosniaque :
Les gens devenaient fous. Ils étaient effrayés. Certains
semblaient avoir perdu la raison tant leurs propos étaient incohérents. D'autres,
poussés à bout ont même tenté de se suicider ; deux d'entre eux y sont même parvenus.
Un homme qui n'était pourtant ni malade ni blessé, s'est pendu devant tout le monde dans
l'hôpital sans que personne ne réagisse ou ne tente de l'empêcher.
Livrés au bon vouloir des hommes de Mladic, dont la présence
s'était intensifiée, les réfugiés subissaient, impuissants, leurs élans de haine et
de violence. |