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Requiem pour Srebrenica
mise en scène d'Olivier PY

avec
Anne BELLEC
Irina DALLE
Frédérique RUCHAUD

Théâtre Nanterre-Amandiers
7, avenue Pablo Picasso
92000 Nanterre
RER Nanterre Préfecture
navette assurée par le théâtre
jusqu'au 14 février 1999

location 01 46 14 70 00

Les charniers de la honte

La navette qui part de Nanterre Préfecture vous fait traverser un grand nulle part : paysage hyper-moderne, architectures en fer et verre gigantesques.  Le théâtre lui-même a profité de cette générosité. Un hall spacieux, un café-bar à perte de vue où vous pouvez consommer un petit verre de blanc en attendant le spectacle. Ou meubler les quelques minutes qui précédent la séance en allant musarder du côté de la librairie , consulter les panneaux d'affichage qui annoncent les rencontres autour de la pièces jouée (dimanche 14 février dernière rencontre Florence Hartman, journaliste au Monde et le metteur en scène Olivier Py à l'issue de la représentation). Une exposition de photos de reporters relatant le conflit serbo-bosniaque vous prépare à ce qui va suivre. Contrairement à d'habitude les visages des visiteurs   sont rapidement renfermés devant la dureté des images.

Une voix annonce le début du spectacle. On s'installe dans la salle transformable. Trois projecteurs braqués sur le public. Une lumière aveuglante , crue, qui dérange, tout autant que les mots qui vont s'égrener durant une heure et demie. Le décor est sobre, gris. A l'image du  deuil. Sur la scène, une grande structure métallique en forme du triangle. Derrière sept tubes qui pendent dans l'espace - un orgue moderne. Trois brouettes. Les spectateurs s'installent en silence. On dirait une église dévastée par la guerre.

Trois silhouettes de femmes s'avancent, toutes de noir vêtues, fragiles dans cet espace immense. L'une d'elles trace sur la paroi métallique de la chaire des signes mystérieux. Une voix s'élève :

"Je suis né sans sépulture.
Il ne périra jamais ce corps qui me vient de Dieu.
Il n'a pas été fait que pour sentir l'odeur des fleurs,
Mais pour mettre le feu, tuer, et tout réduire en cendres.
Moi, contrairement à toit, je réveille le désastre.
Moi, contrairement à toit, je réveille la nuit.
Et j'entends cette voix qui me dit :
Brûle,brûle,brûle."
srebrenica.jpg (8150 octets)
C'est la voix de Radovan Karadzic. Le psychiatre-poète, le bourreau de Srebrenica, le grand gagnant des accords de Dayton. Sa république auto-proclamée des Serbes de Bosnie a été reconnue officiellement par la communauté internationale. Accusé par le Tribunal International de la Haye de crimes de guerre et de génocide, il n'est pas inquiété par la communauté au motif que "son arrestation remettrait en jeu les accords de paix." Selon toute vraisemblance, il vit en Bosnie, dans la région de Pale.

Les trois femmes , telles des suppliantes dans le théâtre antique, vont prêter leur voix à tous les acteurs du drame de la petite ville bosniaque - Srebrenica. Enclave musulmane en territoire Serbe, elle a été délaissée par les forces de l'ONU, la population désarmée par les casques bleus, livrée à l'envahisseur. Qui s'en n'est pas privé : des milliers d'hommes tués de la colonne de la mort, des centaines de femmes violées et égorgées. Srebrenica est un souvenir sanglant et honteux dans l'histoire des Balkans.

Aucune des femmes n'élève la voix. Pas de cris, pas de pleurs. Les larmes sont étouffées. C'est presque en chuchotant , comme résignées et étonnées devant l'ampleur de la tragédie, que les trois comédiennes racontent les incroyables événements. Seuls les bruits et la lumière dérangent. Une symphonie de Tchaikovsky, musique préférée de Karadzic résonne dans les oreilles. Ce n'est plus du théâtre : tous les textes sont originaux, coupures de presse, discours des hommes politiques. Mais c'est encore du théâtre : un lieu du témoignage. Un lieu de distance. Olivier Py choisit de mettre bout à bout les documents concernant Srebrenica, révélant par là avec une froide ironie la faiblesse et les incohérences de la communauté internationale,ainsi que le cynisme des hommes d'états, qui laissent faire et livrent Srebrenica aux Serbes.

Une mise en scène et une interprétation magistrale. A la fin du spectacle, personne n'applaudit tant il serait indécent de ponctuer avec ce rituel frivole la dureté de ce qui vient d'arriver. Les spectateurs s'en vont en silence.

maya szymanowska

 

Texte de Philippe Gilbert et Olivier Py

Extraits de la pièce

date de la dernière mise à jour 08/11/00