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L'Inspecteur
général
de Gogol |
Mise
en scène : Matthias Langhoff
Assistante à la mise en scène : Martine Colcomb
Costumes, création des peintures : Catherine Rankl
Assistant décor, coordination technique : Luis Yerly
Maquillage : Elisabeth Daynes
Avec : Jean-Marc Stehlé, Muriel Mayette, Emmanuelle Wion, François
Wastiaux, Armen Godel, Gérard Morel, Arnaud Saury, Richard Piper, Philippe Marteau,
Charlie Nelson, Marcial Di Fonzo Bo, Bernard Bloch, Rachid Zanouda, Carlos Chahine,
Patricia Pottier, Rachid Zanouda
Musiciens : Youlia Zimina, Vadim Sher, Gabrielle Godart
Grande Salle du 23 mars au 25 avril
mardi au samedi 20h30, dimanche 16h
Location : 01 46 14 70 00 |

"N'accuse pas le miroir
si ta gueule est tordue"
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L'inspection
en règle: sortez vos miroirs!
Un bourg véreux du fin-fond du royaume du
tsar. Une cour de notables fébriles et corrompus. L'annonce de la venue d'un
inspecteur général, le Revizor. Tels sont les piliers d'une pièce qui franchit
les barrières de l'imbécile censure et obtint malgré l'obscurantisme ambiant de la
Russie de 1836, un incroyable succès. L'Inspecteur général affiche résolument
une esprit saboteur.
Loin de la capitale, la vieille machine
broyeuse de la bureaucratie tourne à vide et ne s'occupe plus que da la préservation de
ses intérêts propres. C'est ce qu'illustre admirablement le fabuleux décor,
inspiré du constructivisme, conçu par Mathias Langhoff
: une tour infernale montée sur une plate-forme tournante et bancale, un inextricable
labyrinthe d'escaliers se perdant dans de fausses perspectives, des surfaces colorées,
peintulurées, des cloisons séparants des espaces exigus comme des cages, des impasses,
des trous à rats. En arrière plan ce sont des surfaces mouvantes, fresques à la
Michel Ange qui représentent le Jugement Dernier, la cour des damnés.
A croire que le metteur en scène, fervent admirateur de l'oeuvre de Meyerhold, a
saisi au pied de la lettre les conseils que le peintre Malévitch adressait à ce
dernier en 1926, à l'issue de sa représentation du Revizor : "/.../
imagine qu'on puisse, sans perte, disposer les figures de façon à ce qu'elle soient
nettes et peintes par la lumière, elles formeraient toutes un tableau étonnant. La
lumière jaune et la bougie, les uniformes verts et en général tous les costumes se
construisent picturalement d'une façon magnifique, cette peinture est inconnue de
Stanislavski, et son esthétique en souffre - toi, il faut absolument que tu
l'introduises...". C'est que le peintre admirait dans le travail de Meyerhold sa
rigueur à suivre la ligne de l'Art, la seule véritablement révolutionnaire, et non le
marécage du théâtre révolutionnaire économique donnant simplement accès au magasin
d'alimentation. |
Peu importe en
effet que Khlestakov exprime "la décomposition de l'esprit bourgeois" comme
ailleurs Ossip incarnait "la santé de l'esprit paysan". Chez Langhoff comme
chez Meyerhold, le Révizor atteint une dimension métaphysique. Inspecteur
général fantasmé et d'autant plus prestigieux qu'il est pur fantasme, projection des
phobies, faisceau des flatteries, il jette l'effroi dans la meute de ceux qui ne vivent
que couverts de leur cupidité, de leur corrruption. Censeur parmi les censeurs, il est
celui qui fait frissonner l'échine grassouillette des hauts fonctionnaires de l'Etat : le
Bourgmestre et sa femme, l'Inspecteur des Collèges, le Curateur des oeuvres de charité,
le Directeur des Postes, le Médecin de District... Nabokov vit dans cette oeuvre, la plus
grand pièce qui jamais ne fût écrite en russe. Gogol y poussait la bouffonnerie
au-delà de toute morale et créait un étrange agencement fragmenté, fait de lumières
et de ténèbres, de vulgarité et de clameurs terribles. |
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Certes
le jeu des comédiens, dans la L'inspecteur général de Langhoff, est d'inégale
qualité. Mais la direction d'acteurs et les parti-pris de la scénographie emportent le
spectacle dans un élan ébouriffant, frôlant quelquefois l'hystérie, la folie.
"Spectateur, réfléchis bien au sens de cette fable : tu sentiras comme un
malaise", ne cesse de répéter Daniïl Harms sur la dernière page du journal
distribué au public à l'entrée du théâtre. Le message est reçu...Marcial Di Fonzo Bo
surtout est remarquable dans le rôle principal. Sulfureux, décadant, séduisant à la
manière d'un Oscar Wilde, il brûle les planches et véhicule l'image du dictateur
auprès de qui, chaque âme servile est prête à se vautrer.
Et lorsqu'à la fin, les rats annonciateurs de la catastrophe envahissent le navire, le
plateau, on se demande encore qui, finalement, les a engraissés. Nous ?
Virginie Lachaise |
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