| Une plongée en apnée dans les eaux troubles
du Berlin des années 30. La troisième pièce de Marieluise Fleisser (1901-1974)
mêle sa propre histoire, privée et amoureuse, à la "grande", celle de la
montée du nazisme et des luttes entre les clans littéraires. Le texte, commencé en
1930, interrompu, est seulement achevé en 1974. L' écriture de l'ancienne
compagne de Brecht est brutale, résistante, faite de ruptures et de renoncements,
d'humour aussi. Au centre de cet univers
chaotique, souligné par une mise en scène qui ne l'est pas moins de Bérangère
Bonvoisin, un couple de jeunes écrivains, Gésine et Laurenz, superbement
interprétés, s'entre-déchire. Tous deux, profondément individualistes, refusent de
s'intégrer aux tribus littéraires et politiques qui tentent d'enrôler les jeunes
talents. Sans argent, sans succès, chacun accuse l'autre de tous les maux ("quand il
pleut dehors c'est de ta faute"). Le couple isolé reproduit la violence des luttes
qui secouent l'Allemagne juste avant Hitler. L'univers rappelle celui de Brecht: le texte
est violemment beau, mais ce spectacle, réussi dans son ensemble, doit pourtant être
perfectible. Il s'agit en tous cas d'une oeuvre importante d'une femme trop méconnue en
France, irréductible et ironique, divisée à cette époque entre deux hommes, l'un
proche du parti communiste, l'autre du parti nazi. Farce qui révèle un grand travail sur
la résistanoe intellectuelle, dont on n'a pas su tirer complètement la quintessence, ce
spectacle mérite, malgré tout, d'être vu.
Ph.D. |