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Partage de Midi (1ère version)

Mise en scène de Jean-Pierre Rossfelder
Avec : Muriel Picquart, Joseph Menant, Régis Le Rohellec, François Grosjean
Du 12 mars au 11 avril 1999
Au théâtre de la Tempête
Du mardi au samedi 20H, dimanche 16H30

   L’on ne sait, du texte de Paul Claudel circa 1904 Claudel que personnellement nous découvrions ici, ou de la mise en scène sobre et lumineuse, quelle chose nous a le plus touché. Partage de Midi est un texte magnanime, époustouflant de force et de rigueur mêlées, un brûlant chef-d’œuvre qu’il sera à chaque fois bouleversant de découvrir, d’entendre, de voir. Partage de Midi est un texte éclatant de modernité.

   L’écriture, précise, d’une grande acuité, confine au lyrisme ; le théâtre se fait poésie. Claudel réussit dans un mélange d’intelligence linguistique et de sensation pure, dans un paroxysme d’expression universelle et d’intimité profonde, à atteindre au génie ; et jamais l’autobiographie n’a été aussi loin dans la sublimation du destin individuel.

  Isé et Misa, interprétés par Muriel Piquart et Joseph Menant, s’incarnent alors sur scène par la seule puissance du verbe de théâtre. Les quatre jeunes interprètes se chargent en effet de nous donner à entendre la parole déchirée du poète en tablant sur une attention extrême à la limpidité du vers, à l’intemporalité de la voix : pendant l’essentiel de la pièce, les jeux de scènes et les effets sont minimaux, les corps tendus et concentrés sur l’expression au plus simple du drame. Ne comptent plus que la parole incarnée, la fluidité du propos, son universalité. On atteint ainsi à une excellente concentration dramatique qui explose dans le Cantique final. Nul entracte ne vient distraire des deux heures trente de représentation. Il ne serait en effet pas possible de tronçonner ce récit de passion sans en perdre le souffle essentiel et le rythme. Mais ne vous laissez surtout pas impressionner : ces deux heures sont un grand moment de théâtre !

   Par une mise en scène dépouillée, on est lentement plongé au cœur du tragique, à l’écoute absolue de celui-ci. Les trois actes du drame s’incrustent alors les uns après les autres, rythmés par les seuls effets de lumière, le déploiement de tentures immenses, comme d’infimes variations sur un même thème musical. De la Chine de la naissance du siècle, de la panique de la révolte des Boxers, les décorateurs n’ont conservé qu’une immense voile de jonque, progressivement dévoilée, actualisée. Elle devient métaphore de la mer, soleil, destin, frontière de l’interdit, image par excellence de la traversée maritime et spirituelle.

  Sans aucune autre mystique que celle de l’amour et de la passion, en jouant Claudel à la lettre sans pour autant en nier les aspects religieux et théologiques, les acteurs réussissent à faire entendre Claudel dans toute sa fluidité. Le couple amoureux, adultère, interdit, rejoint avec une conviction bouleversante la grande tradition des couples tragiques : Tristan et Iseult, Pelléas et Mélisande. Enivrant et fatal !

 

Entretien avec Joseph Menant, interprète de Mesa

                           Extrait de l'acte II du Partage de Midi

A. J.

date de la dernière mise à jour 08/11/00