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Orphéon
création de François Tanguy

Par le théâtre du Radeau
Mise en scène et scénographie: François Tanguy
Régie générale : Hervé Vincent
Son : Alain Mahé
Construction, Décor : Hervé Vincent
, Marion Dussaussois, Jean Cruchet et les acteurs
Avec : Frode Bjornstad, Laurence Chable, Jean-Louis Coulloc'h, Katja Fleig, Erik Gerken, Muriel Hélary, Pierre Martin et Karine Pierre
du 16 au 27 février
du mardi au samedi, à 20h30
M° Saint-Denis Université, à une minute à pied du métro (suivre le fléchage).

Enceint dans la blanche toile de la tente du Théâtre du Radeau, François Tanguy tisse une oeuvre d'une fulgurante beauté : Orphéon, Bataille-Suite Lyrique. En une quinzaine de tableaux qui se juxtaposent comme les écrans d'un rêve, il invente une forme de théâtre hypnotique, où l'onirisme trace ses réseaux invisibles vers la vérité.

Dans un espace envahi semble-t-il par une sorte de bric-à-brac de l'inconscient, un homme, de dos, assis et comme prisonnier des rangées de bancs, des tables et des néons qui l'entourent, marmonne un texte presque inaudible. C'est le personnage kafkaien par excellence. Effectivement, ses mots dérisoires finissent par trouver leur place et leur force dans cet univers de brocante et l'on entend la Description d'un combat.  Quelques instants plus tard, il revêt sur son complet de fonctionnaire, une jupe de femme, et tel un fantôme, disparaît dans le décor. Des panneaux se déplacent, des êtres étranges, aux visages blafards surmontés de haut-de-formes, cheminent au milieux de travées incertaines, charriant de-ci de-là de lourds paquets.

Orpheon, la "fanfare" au sens étymologique, résonne de l'écho de voix inquiétantes, agite des  fantômes et des choses mortes qui, engagés dans un mouvement insensé, contribuent à la création d'une matière fantastique. Dans le chaos d'une parole de Babel, où se mêlent des textes en  allemand, en  norvégiens, en  français ou en anglais, on saisit parfois comme un aveu, une révélation : "Mes yeux sont rendus fous par tous mes sens. Ou tous mes sens sont fous". Ou bien encore :  "Les rêves mauvais jouent leur mensonge derrière les courtines du sommeil". Soudain, c'est de nous dont il est question : piégés , nous rêvons ce spectacle aux vertus hallucinatoires. Et comme devenus les personnages d'un tableau de Füssli nous observons, envoûtés,  trois comédiennes prostrées dans une attitude voyeuriste, qui nous scrutent.

Avec Orphéon, François Tanguy construit un théâtre de mémoire. On y surprend l'ombre d'Artaud, l'univers du cirque de Fellini, les silhouettes expressionnistes de Münch. D'ailleurs, la scénographie à elle seule suffit à exprimer symboliquement les jeux de construction, les processus de déplacement et la complexité des écrans qui peuplent nos esprits. Le récit d'Ovide dans Les Métamorphoses,   évoquant Hercule dans la demeure d'Hadès se rendant auprès de la source de Mnémosine le confirme. 
Sans cesse, les personnages de Tanguy charrient avec eux, leur propre double, leur propre mort, tout ce qu'ils ont été et ne sont plus, mais aussi, leurs fantasmes, leurs remords, leurs phobies...Orphéon est la rencontre du corps et de l'imaginaire. La technique du mime, de la danse et la manipulation des marionnettes,  ainsi que le grimmage des visages y dégagent une charge émotive exceptionnelle. Sous le signe de la folie shakespearienne un roi couronné de carton transporte sous le bras sa propre effigie, son propre cadavre. Auparavant, Ophélie emportée par des croques-morts réapparaissait sous l'apparence d'une marionnette.
Finalement, c'est toujours le rapport de la vérité et du songe qui est posé.
"Comédien, faux monnayeur, fieffé sorcier" s'exclame Zarathoustra à la fin d'Orphéon, "tu as fardé ton mensonge en disant"je n'ai fait cela que par jeu"". Oui, mais lui répond le comédien, figure de l'homme même : "Cette façon dont je me brise est vraie"... Peut-être, après tout, n'est-ce qu'à cette brisure, le théâtre, ce mensonge fardé en vérité, qu'aspire François Tanguy.


Virginie Lachaise

 

les mises en scènes de François TANGUY

date de la dernière mise à jour 08/11/00