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Ningen
Le Cirque Baroque |
Escale au chapiteau
de la Villette (octobre 98) avant un départ en tournée...
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Lil commence par
écouter ; un lourd vrombissement matriciel, gong suspendu, machinerie des temps
modernes qui plonge le spectateur dans un état de sérénité et dexpectative
doucereuse. On se place dans les gradins ou bien " sous " la scène,
à la japonaise, sur de petits coussins bleus, ayant au préalable enlevé nos chaussures,
rangées dans un sac plastique mis à notre disposition, bleu lui aussi. Thé
dExtrême Orient et vibration prolongée, rituel mystérieux, initiatique.
Un spectacle sans texte, sans phrases, quelques mots, principalement en japonais, hurlés,
criés, gémis au bon moment. Il y a des hommes, qui susent le corps à dire, à
signifier, symboliser les textes et personnages dun auteur.
" Ningen " (homme en japonais), ou la légende du Japon, entre
tradition et modernité, à travers lévocation emblématique de Mishima. Le
dramaturge japonais figure de façon paroxystique le déchirement entre pulsions de vie et
de mort, dans un univers peuplé de fantômes, dans un univers où les projections
futuristes se mêlent à un sentiment de permanence presque religieux. Mise en image de
cet univers effrayant dhumanité traquée ou bafouée, à fleur de peau, le
spectacle du Cirque Baroque fait alterner horreur et humour, violence et poésie, à
travers des personnages qui semblent déchirés entre sagesse et schizophrénie.
Et quaurait-on pu imaginer de mieux que ce cirque nouveau pour traduire la
suspension, la projection, la percussion incessante de ces êtres sans fils ? Des
techniques de cirque parfaitement maîtrisées suscitent successivement
leffervescence et la plénitude dans un jeu dimpressions partagées,
paradoxales : acrobates boostés tels des kamikazes coursiers en bourse, ombres
chinoises charnelles et mystérieuses, arts martiaux, repos des guerriers, aérien, en
suspension, lovés dans des draps-langes vingt pieds au dessus de la réalité des gens
pressés.
Et lon ressort du chapiteau, à moitié ivre davoir trop vu, trop ressenti,
cet univers pervers et décadent.La Mouche |
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