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A propos des Géants de la Montagne

Adaptation de K.M. Grüber
Traduction de Bernard Pautrat
Décors et costumes de Francis Biras
Avec Michel Piccoli et les élèves du Conservatoire
Au Conservatoire National d’Art Dramatique, Paris 9è
Avec l’adaptation des Géants de la Montagne de Luigi Pirandello, Klaus Michael Grüber travaille une fois de plus sur le creusement des espaces, voire sur leur retranchement, la figuration de leur quasi absence, de leur immatérialité. Ainsi, au milieu de la pièce, la mise en scène réussit le tour de force de retourner l’espace comme un gant : les comédiens s’engouffrent par une porte, dans un espace caché au public par un mur qui barre le plateau au premier plan. Ils resurgissent quelques secondes plus tard, par cette même porte vue de dos, au fond de la scène. L’effet est vertigineux.
Grüber fait une lecture de la pièce qui touche au mystique. Par l’invention d’images surréelles, il évoque un monde parallèle au texte, mais qui continue néanmoins d’y adhérer profondément.
Il dirige les comédiens du Conservatoire dans un univers onirique, mouvant, souvent aussi cruel et envoûtant que celui de Lewis Carrol. Olivia Lowel, femme-enfant, dans le rôle-titre de la Comtesse, n’est pas sans faire penser à Alice au Pays des Merveilles. La légèreté de sa voix, la naïveté de ses gestes contrastent étrangement avec le tragique de sa situation.

A ses côtés, Michel Piccoli excelle en magicien Coltrone. A la manière du poète, il mêle à son jeu une touche d’amère distanciation face à des "fantômes" issus de son imagination.
La beauté du spectacle doit aussi beaucoup à l’éclairage, cette lumière si particulière qui est pour Grüber, non ce qui permet de voir, mais une manière d’incarnation des événements, sorte de vision poétique.
Enfin, le jeu des acteurs du Conservatoire est incontestablement transcendé par la richesse de la mise en scène. On pense surtout à la performance d’Emmanuelle Lafon qui, dans le rôle de La Scrigia, se livre dans un crescendo éblouissant à une loghorrée proprement diabolique.
Sans une once de sentimentalisme, la rencontre Pirandello-Grüber, ne livre que l’émotion pure et entraîne dans son rêve, devenu vivante figure, l’acteur en formation et le spectateur en admiration.

V.L

date de la dernière mise à jour 08/11/00