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Pour Louis De Funès
Renaud Cojo

Mise en scène : Renaud Cojo
Assisté de Laurence de la Fuente
Avec Dominique Pinon
Lumières : Eric Blosse
Scénographie : Philippe Casaban, Eric Charbeau et Renaud Cojo
Interprétation musicale : Pascal Cormelade
Au théâtre de la Bastille du 1er mars au 28 mars à 19h30, dimanche à 15h30, relâche le lundi et le jeudi 4 mars.
Salle du haut.

Durée du spectacle : 1h15

" Le théâtre est un trou "

Cela se passe dans la salle supérieure du Théâtre de la Bastille. Dans ce sombre cocon, on attend le début du spectacle : Pour Louis de Funès de Valère Novarina. Quatre énormes projecteurs aveuglent le spectateur. Impossible de ne pas établir une analogie entre l’espace de la salle et une étrange chambre noire, la " chambre noire de l’imagination " (Cendrars). Soudain, tout s’éteint. Dans l’obscurité totale, le silence s’enracine…Rien…le trou…Jusqu’aux limites du concevable, du doute, de l’absurde, Renaud Cojo, le metteur en scène, fait persister la béance dans le cœur d’une représentation théâtrale. Puis, comme le claquement d’un élastique qui, trop tendu, vient à se rompre, la voix cinglante de Dominique Pinon retentit. Elle invoque la disparition du théâtre, son engouffrement dans l’obscurité : " Le théâtre doit disparaître ".


Dominique Piron
Pour Louis De Funès
Photo Théâtre d'Angoulême - A. Curmi

Une silhouette s’esquisse alors, imperceptible, c’est l’Acteur qui, à la lettre, s’incarne sous nos yeux.
Mais attention ! L’Acteur s’incarne à la manière de Novarina, c’est-à-dire qu’il apparaît en disparaissant : " Il retire tout le théâtre de lui en entrant ". Comme le théâtre, " l’acteur est un trou ".

Domique Pinon, accomplit l’incroyable exploit de se transfigurer tout en énonçant les formules de sa transfiguration. Il réalise la douloureuse opération physique qui consiste à prononcer la " parle " de Novarina. Fantomatique, il n’existe que par sa parole, dans une forme de logorrhée tantôt spasmodique, tantôt éclatante, mais dont l’énergie suffit à lui conférer une vie organique. Car, dans la langue paradoxale et pourtant éminemment logique de Novarina, il faut comprendre que, lorsque l’acteur entre en scène, en réalité il en sort. Il doit passer " par le trou ", " sous le mur " et devenir à son tour, trou de lumière.

Pour Louis de Funès est un spectacle exigeant, qui demande au spectateur le même effort d’attention que l’effort d’incantation qui est demandé à l’acteur pour sa propre existence d’acteur. Pour Louis de Funès est un spectacle qui demande à l’amateur de théâtre de reprendre ses gammes et au metteur en scène de déserter son rôle de metteur en scène pour devenir invisible. Pour Louis de Funès est un spectacle en colère…

" Loin d’ici metteurs en chose, metteur en ordre, adaptateurs tout-à-la-scène, poseurs de thèse, phraseurs de pose, imbus, férus, sclérotes, doxiens, doxiens, dogmates, segmentateurs en chef, connotateurs, metteur en poche, adaptateurs en chef, artistes auto déclarés, as de la conférence de presse, médiaturges, médiadogues, encombreurs de plateau, traducteurs d’adaptations, et adaptateurs de traduction, vidéastes de charités, humains professionnels, librettistes sous influence, sécheurs d’âmes, suiveurs de tout, improvisateurs de chansons toutes faites, loin d’ici, Monsieur Purgon ! mettez-les loin d’ici "

Valère Novarina

Virginie Lachaise

date de la dernière mise à jour 08/11/00