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La femme changée en renard
d'après Lady into fox de David Garret

femme_renard
Adaptation et mise en scène : Didier Bezace
Dramaturgie, réalisation sonore : Laurent Caillon
Décor : Jean Haas
Costumes : Cidalia Da Costa
Lumières : Dominique Fortin
Avec : Christophe Grundmann et Serpentine Teyssier

Au Théâtre de la Commune (Aubervilliers)
Du 9 mars au 11 avril, à 20h30, samedis à 17h30, dimanches à 15h,
relâche les lundis et les 3 et 4 avril
Tarifs : 130f, 90f, 70f, 50f
Réservation : 01 48 33 93 93

L'amour et ses ruses

Etrange histoire que celle de La femme changée en renard...une histoire à peine acceptable...A l'époque moderne, David Garnett, condisciple de Virginia Woolf, sabre l'esprit de rationalité et ose s'engager dans le récit d'une histoire d'amour sous le sceau de la métamorphose. Du roman de Garnett, Lady into fox, Didier Bezace ne retient que les échos, les frottements, les glissements imperceptibles des sensations qui se tissent dans une relation amoureuse. C'est, entre autre, ce qui valut à Serpentine Teyssier le prix de la révélation en 1994, lorsque le spectacle fut créé au Théâtre de l'Aquarium.

Ce conte fabuleux, à une voix et deux corps, évoque l'aventure surnaturelle qui advint à Mr et Mrs Tebrick. Nous sommes dans l'Oxfordshire, en 1880. L'homme et la femme sont enfermés dans l'union d'un amour total, parfait, sécurisant. Rien ne peut leur arriver. Rien, si ce n'est le miracle de la transformation soudaine et incompréhensible de lady Tebrick en renarde. Véritable épreuve de l'enchantement, le couple doit alors concéder sa part à l'animalité.
Comme toutes les bêtes, lady Tebrick est désormais privée de la parole. Elle n'en exprime pas moins, d'une manière instinctive, cette "âme féminine" que son gentleman de mari adule... C'est évidemment sur ce noeud, point de tension et de fusion des relations homme/femme, que s'expriment subtilement l'humour et l'ambiguïté typiquement britanniques de David Garnett.
Dans la trouble association amoureuse, qui tient l'autre ? qui le soumet ? qui le ligote ? qui l'enferme ? qui raisonne ? qui excite les désirs ? qui étouffe les pulsions ? qui les fait naître ? Lequel des deux, de l'homme ou de la femme, de l'homme ou de la bête dicte à l'autre une certaine manière d'aimer ?

Filant avec intelligence cette idée, la mise en scène de Didier Bezace s'exerce au   contrepoint. Tandis que la femme s'emporte dans une parole-fleuve, c'est elle qui prend en charge le récit de sa propre aphasie, l'homme est muré dans un mutisme douloureux (Christophe Grundmann est époustouflant dans ce rôle). Cette trouvaille théâtrale exalte les mutations incessantes des points de vue, à l'oeuvre dans l'écriture de David Garnett.
Car, en fin de compte, il n'est pas interdit de penser que la métamorphose de la femme en renard n'est que le fait du fantasme paranoïaque d'un homme. Comme si, envoûté par l'amour en même temps que hanté par la ruse féminine, Mr Tebrick avait créé la forme même de son idéal et de sa phobie sous l'aspect d'une femme devenue bête.
Et simultanément, la fidélité indéfectible de ce gentleman pour sa renarde de femme, cet amour  qui le pousse à se négliger, à renoncer à tout ce qu'il se doit, jusqu'à venir faire le guêt auprès d'une tannière, n'est-il pas l'illustration-même du bonheur conjugal, de l'amour idéal ?
Décidément, La femme changée en renard trouve sa place dans la thématique Masculin/Féminin qui préside à la programmation du Théâtre de la Commune, lors de cette saison. Sans parti-pris grossiers, sans didactisme ni séduction outranciers, ce spectacle expose avec beaucoup de subtilité, de sensualité et d'humour, l'éternelle contradiction qui fait le charme des rapports amoureux.

Virginie Lachaise

date de la dernière mise à jour 08/11/00