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moclés_
théâtre; Marivaux; île; esclave; Fregnet;
colonie; Paris; vingtième |
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L'île des esclaves
et
La Colonie
de Marivaux |
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Mise en scène : Christian Fregnet
avec : Maxime Bourotte, Dominique Chagnaud, Laure Guillem, Christophe de Mareuil, Xavier
de Mazancourt, Zoé Ogeret, Karine Pinoteau et Emile Salvador
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au Vingtième Théâtre du 11 mai au 13 juin 1999
du mardi au samedi à 20h30 (sauf jeudi à 19h30)
Dimanche à 15h30. Relâche lundi
Plein tarif : 120f. Etudiants : 80f. Groupe scolaires : 50f
Réservation : 01 43 66 01 13 |
| L'île
des esclaves, La Colonie... quoi de plus naturel que de monter ces
deux pièces "politiques" de Marivaux l'une après l'autre ? Le dyptique naît
naturellement quand on saisit l'unité d'un thème, l'utopie, qui consiste à inverser les
rapports déterminés par la société entre les dominés et les dominants, en les
déplaçant vers un ailleurs, une île. |
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Rien de bien audacieux donc dans le parti-pris de Christian Fregnet de les
faire jouer l'une après l'autre.
Sur le terrain plat et sablonneux de l'aire de jeu, les protagonistes marivaudiens vont
donc jouer leur comédie sociale, sans conviction toutefois. Jamais vraiment en effet, ils
ne prennent leur rôle au sérieux. Au mieux, ce petit déplacement de cadre, sert
d'exutoire au ressentiment que les esclaves longtemps, ont amassé contre leur maître en
courbant l'échine. Pour les femmes, c'est dans le meilleur des cas, une forme
d'antichambre du pouvoir, dont on sait bien au fond, qu'elle ne mène à aucun pouvoir...
Tout ceci n'est pas bien sérieux dans l'esprit de Marivaux : juste un joli prétexte à
se "donner la farce". |
| Ce qui fonde la
pensée de Marivaux, sous des airs libérés, c'est qu'il est bien acquis que l'on naît
esclave, comme l'on naît femme, maintenant et à jamais, sans aptitude sérieuse pour les
responsabilités. Toujours les tentatives d'émancipations sont ramenées
à la raison : dans L'île des esclaves, Arlequin et Cléantis, finissent par
regagner de plein gré leur âme servile, non sans toutefois être parvenus à adoucir les
façons orgueilleuses de leurs maîtres, lesquels, tout étonnés, identifient dans leurs
valets, un esprit. Dans La Colonie, un temps, les
femmes menacent de s'insurger contre les hommes. Mais hélas, faibles créatures ! elles
succombent vite à leur nature de pauvres femmes et finissent par se crêper le chignon
avant de se fier à nouveau au "bon gros jugement" de leur mari.
Les bons mots et les coups de griffes émoussés contre les puissants de ce monde
ne peuvent endiguer notre déception, et un certain malaise naît à l'écoute de ces
propos quelque peu réactionnaires.
Resituant ces oeuvres en contexte, certes, Marivaux fait figure de provocateur.
Mais aujourd'hui, la représentation de L'île des esclaves et La Colonie
mériterait semble-t-il une autre lecture, la médiation d'un esprit imprimant à l'ironie
première une autre ironie susceptible de la maintenir actuelle. C'est vraisemblablement
ce dont Christian Fregnet ne s'est pas préoccupé. Plaqué au texte, il se contente de
dicter une interprétation sans variation et hélas encore, sans virtuosité.
La vitalité du jeu que l'on ne peut occulter chez certains de ses jeunes
comédiens ne suffit pas à conférer à ce spectacle, somme toute correct, une profondeur
susceptible de creuser un peu ses galeries dans l'esprit du spectateur, après sa sortie
de la salle.
Finalement, un peu méditatif, on se demande après tout quel pouvait bien être
le parti-pris du metteur en scène. Suffit-il de s'emparer d'un thème épineux pour dire
des choses profondes ? Apparemment non. Et par ailleurs, n'est-il pas un peu dangereux de
se cacher totalement derrière les thèses d'autrui sans les discuter, sous le prétexte
qu'elles appartiennent à une figure d'autorité? Est-il possible de n'être que
porte-parole sans pactiser ? A-t-on, en somme, le droit, au théâtre, de se calfeutrer
dans une forme de littéralité qui n'est autre que le synonyme de la neutralité ?
Virginie Lachaise |
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