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Georges Dandin ou le mari confondu
de Molière


Au Théâtre 14 Jean-Marie Serreau,
du 30 mars au 16 mai

Monter une pièce de Molière ne vaut que si le metteur en scène et les
acteurs offrent un regard neuf sur  celle-ci. La lecture se doit d’être inédite,
ou du moins concernée, et la scénographie inventive, pour espérer capter
l’attention d’un spectateur blasé devant la multiplication des adaptations. Malheureusement, sur ces points, Christophe Lidon fait preuve d’une surprenante désinvolture : il ne s’attarde que sur le malheur de Dandin, paysan enrichi ayant épousé pour son titre Angélique, noble désargentée. Confronté à ses infidélités, l’homme veut la confondre devant ses beaux-parents, mais la duplicité de son épouse fait qu’il est lui-même la victime de sa tentative. Christophe Lidon, tenté par l’épure, se contente de cette lecture simpliste de la pièce. L’étouffoir est mis sur le déchirement d’Angélique qui, sacrifiée par ses parents, voit son bonheur confisqué, sa jeunesse volée par une politique matrimoniale niant sa liberté et ses aspirations.

Monter une pièce
de Molière ne vaut
que si le metteur en scène
et les acteurs offrent
un regard neuf
sur celle-ci.

Quant à la dimension sociologique de l’affrontement entre un roturier parvenu et l’aristocratie, seule la magie du texte la sauve, les comédiens n’accumulant que clichés et cabotinages à ce propos. Au point qu’en quelques occasions, le jeu des comédiens s’apparente au théâtre de boulevard, dans l’acceptation péjorative du genre.

Pour finir, il faut rappeler que George Dandin est aussi un texte, et que le verbe de Molière mérite toute l’attention du metteur en scène et des comédiens. Or, dès l’ouverture, le monologue de Dandin est marmonné sur fond de musique vaguement " New Age ". L’intonation est plate, les mots quasi inaudibles. Par la suite, la situation ne s’améliore guère, chacun mutilant à plusieurs reprises les vers de Molière par une diction approximative ou en " mangeant " des répliques. L’enthousiasme de la troupe pourrait contrebalancer ces imperfections, mais celui-ci lui fait cruellement défaut.
Alors, un conseil, quitte à aller au fin fond de la capitale pour voir une pièce de Molière, faites un détour par le Théo-Théâtre, où une troupe dynamique réinvente Amphitryon d’une manière audacieuse et colorée, plutôt que d’assister à une représentation de ce George Dandin poussif et ennuyeux…

El Bolcho

date de la dernière mise à jour 08/11/00