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Bintou

Auteur : Koffi Kwawulé
Metteur en scène : Grabriel Garan
Théâtre international de langue française du 12 au 30 Novembre 1997
Bintou, petite fleur sauvage poussée sur le bitume fissuré de la banlieue,
fleur dont la sève compte treize printemps
Bintou déchirure des déchirures, Bintou circule libre entre deux espaces parallèles, deux cultures.
Bintou comment choisir un ailleurs quand on ne connaît que l'Ici ?
Comment choisir Ici quand on la peau qui témoigne de l'Ailleurs ?
Comment être d'ici quand on est irrémédiablement d'ailleurs ?
Comment être d'ailleurs quand on est irrémédiablement d'ici ?
Comment rester dans une structure éducative qui ne vous parle que d'ici ?
Comment accepter de vivre selon les coutumes de la-bas quand on ne connaît pas là-bas ?
Alors Bintou, à la tête de ses zonards, ses lycaons (Manu, Blackout, Kelkhal), se faufile féline dans cette zone laissée vacante par l'ici et l'ailleurs. Elle exprime et vit la liberté dans toute sa plénitude parcourant les chemins d'ivresse, cependant exit la drogue, la cocaïne, parce que ça, ça apppartient à la décadence babylonienne, dit-elle. " Son nombril est un oasis dans le désert " et ne porte rien d'autre sous ses vêtements trop courts, elle rend par ses déhanchements d'apprentie danseuse de ventre, fureteurs et lascifs les regards.

Inaccessible désir pour tous ceux qui n'appartiennent pas à sa bande, les lois de la socièté n'ont pas de prise sur elle, pas plus que la cellule familiale. La liberté est dans la transgression des valeurs communes. Son destin ne peut être que tragique. Elle dévale rapidement la pente, héroïne sans âge, son voile flotte et son parfum est le parfum des femmes que le temps transporte et dont l'essence demeure en tout temps intacte.

Gabriel Garran, metteur en scène de cette fable, synthèse de deux cultures, dépouille la scène, il suffit d’une table et de quelques chaises et voilà dessiné l’appartement des adultes, à gauche un petit tableau gris alterne avec le rien figurant tantôt un mur de la ville, réceptacle des tags et des grafittis, tantôt la chambre de Bintou. Eclairage réduit à l’indispensable. Sobrièté...Sobriété !

Peut-être ! Passons sous silence la non homogénéité du jeu ! Passons ! Mais peut-on passer sous silence le fait que G. Garran ait sacrifier le rap ? Il est regrettable que Gabriel Garran ait fait le choix de dépouiller le texte d'une partie de sa violence, et qu'il ait sciemment décidé de passer sous silence le rap alors que l'auteur a lui même fait place a ce mouvement. Comment peut-on en effet parler de la banlieue, représenter la banlieue, en passant sous silence le rap alors que ce dernier illustre plus que jamais la " culture banlieue ".

Disons seulement que le spectacle donné est l’aboutissement d’un stage proposé par Gabriel Garran

Les quinzes comédiens sont de talents inégaux et on peut déplorer que les trois comédiens qui composent la cellule familiale soit si jeunes ou pour certains si loin de leur rôle car travaillé de l'extérieur et donc superficiellement.

On peut admirer les talents de la jeune comédienne qui a accaparé le rôle de P'tit-Jean et a su trouver et rendre toutes les failles du personnage, notamment dans cette scène avec la mère où elle fait le va-et-vient entre le personnage sous le charme de Bintou la Sainte et le drogué en état de manque.

Il est regrettable que Gabriel Garran ait fait le choix de dépouiller le texte d'une partie de sa violence, et qu'il ait sciemment décidé de passer sous silence le rap alors que l'auteur a lui même accordé une place importante à ce mouvement. Comment peut-on en effet parler de la banlieue, représenter la banlieue en passant sous silence le rap alors que cette musique est plus que jamais représentative de la culture de la banlieue ?

Bintou mérite d'être mis en scène par un jeune coeur tout chaud, encore plein de sève et de fougue qui accepterait le texte dans sa violence et la restituerait avec l'insolence des désirs illicites des jeunes vierges en effervescence. Car Bintou c'est un peu l'essence des anges déchus.

date de la dernière mise à jour 08/11/00