| Profitant de son absence,
Jupiter prend lapparence dAmphitryon et sintroduit chez lui pour tromper
lamour et le désir de la belle Alcmène. Pour laider, Mercure use du même
stratagème aux dépends du serviteur Sosie. La rencontre avec cet autre soi soulève chez
le valet un questionnement identitaire rythmé dune pluie de coups, tandis que la
confrontation dAmphitryon avec Alcmène fait naître le doute et la colère chez le
mari trompé
En revisitant cette pièce,
Olivier Courbier a fait le choix, apparemment facile, dune atmosphère
orientalisante. Est-ce pour charmer un auditoire avide de contes des Mille et une
nuits ? Pour faire appel à limage de sensualité suscitée par cet
exotisme galvaudé ? Ou tout simplement pour souligner la cruauté de ces dieux
placés sous la tutelle des divinités hindoues ? Sil est difficile de se
prononcer sur ses motifs, il faut admettre que ce parti pris esthétique est efficace, et
ce malgré une musique enregistrée souvent racoleuse l'accompagnement musical de
Thomas Rediti serait plus efficace dans son dépouillement - et la faiblesse des moyens
mis à disposition.
Dès lexposé de la pièce, le Messager, assis
en majesté, se fait laver les pieds par des mortels. Par ce rituel, le rapport des hommes
aux dieux est placé sous le signe de la soumission. Manipulés par des forces
supérieures, Alcmène, Amphitryon, Sosie, nont plus la maîtrise de leurs destins.
Ils sont des pions dont Jupiter joue pour assouvir ses désirs. On est loin de
lidéalisation de la cour du Roi Soleil par Molière. Ici, il ny a quune
société de maîtres et de serviteurs, et sil y a harmonie, elle se fait au
détriment des derniers. Cest ainsi que, lorsque au final se révèle sa véritable
nature, Jupiter laisse derrière lui un couple déchiré et des âmes désemparées. Le
doute sur lidentité, ressort comique de cette pièce, passe au second plan.
Ce choix, les comédiens lassument pleinement.
Dominique Fidon et Nathalie Arrus interprètent avec retenue le couple pris au piège,
tandis quIsabelle Silvestri fait montre dune étonnante capacité à susciter
le mépris envers un Jupiter hautain et manipulateur. Mais la surprise vient surtout de
Véra Schumacher qui sait exprimer toute la démesure de ce Mercure que Molière voulait
railleur et cruel. Elle livre ici une interprétation énergique où son corps ne fait
quun avec lesprit du texte. La célèbre scène de la dispute avec Sosie,
rôle servi avec bonheur par Michel Dennielou, nen devient que plus savoureuse.
Cet Amphitryon est une réussite. Loin du
conformisme des " institutionnels " ou du tapage de certaines
adaptations racoleuses, cette troupe nous démontre, avec peu de moyens et beaucoup
dénergie, quil est possible dactualiser avec brio un classique.
El Bolcho |