retour maison                   fluctuat.net............................archives 99


   

 


amphi.jpg (13501 octets)

Amphitryon
de Plaute et Molière


Mise en scène d’Olivier Courbier
Au Théo-Théâtre du 3 mars au 2 mai

   Profitant de son absence, Jupiter prend l’apparence d’Amphitryon et s’introduit chez lui pour tromper l’amour et le désir de la belle Alcmène. Pour l’aider, Mercure use du même stratagème aux dépends du serviteur Sosie. La rencontre avec cet autre soi soulève chez le valet un questionnement identitaire rythmé d’une pluie de coups, tandis que la confrontation d’Amphitryon avec Alcmène fait naître le doute et la colère chez le mari trompé…

   En revisitant cette pièce, Olivier Courbier a fait le choix, apparemment facile, d’une atmosphère orientalisante. Est-ce pour charmer un auditoire avide de contes des Mille et une nuits ? Pour faire appel à l’image de sensualité suscitée par cet exotisme galvaudé ? Ou tout simplement pour souligner la cruauté de ces dieux placés sous la tutelle des divinités hindoues ? S’il est difficile de se prononcer sur ses motifs, il faut admettre que ce parti pris esthétique est efficace, et ce malgré une musique enregistrée souvent racoleuse –l'accompagnement musical de Thomas Rediti serait plus efficace dans son dépouillement - et la faiblesse des moyens mis à disposition.

   Dès l’exposé de la pièce, le Messager, assis en majesté, se fait laver les pieds par des mortels. Par ce rituel, le rapport des hommes aux dieux est placé sous le signe de la soumission. Manipulés par des forces supérieures, Alcmène, Amphitryon, Sosie, n’ont plus la maîtrise de leurs destins. Ils sont des pions dont Jupiter joue pour assouvir ses désirs. On est loin de l’idéalisation de la cour du Roi Soleil par Molière. Ici, il n’y a qu’une société de maîtres et de serviteurs, et s’il y a harmonie, elle se fait au détriment des derniers. C’est ainsi que, lorsque au final se révèle sa véritable nature, Jupiter laisse derrière lui un couple déchiré et des âmes désemparées. Le doute sur l’identité, ressort comique de cette pièce, passe au second plan.

   Ce choix, les comédiens l’assument pleinement. Dominique Fidon et Nathalie Arrus interprètent avec retenue le couple pris au piège, tandis qu’Isabelle Silvestri fait montre d’une étonnante capacité à susciter le mépris envers un Jupiter hautain et manipulateur. Mais la surprise vient surtout de Véra Schumacher qui sait exprimer toute la démesure de ce Mercure que Molière voulait railleur et cruel. Elle livre ici une interprétation énergique où son corps ne fait qu’un avec l’esprit du texte. La célèbre scène de la dispute avec Sosie, rôle servi avec bonheur par Michel Dennielou, n’en devient que plus savoureuse.

   Cet Amphitryon est une réussite. Loin du conformisme des " institutionnels " ou du tapage de certaines adaptations racoleuses, cette troupe nous démontre, avec peu de moyens et beaucoup d’énergie, qu’il est possible d’actualiser avec brio un classique.

El Bolcho

date de la dernière mise à jour 08/11/00