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Pour Laurel et Hardy,
on l'a eu une après-midi avec nous, sur quelques petites
séquences. Dans le cadre de cette pièce, nous avions
une construction - un mur - à monter à partir de pierres
éparpillées. Et nous avions ce petit problème, cet empilement
de cailloux qui, à un moment, deviennent légers. Comme
Nadj était à la Bastille, on lui a demandé de venir
et nous avons passé deux heures à explorer ce qu'étaient
ces objets : pierre ? caillou ? Et c'était fascinant.
C'est comme Novarina avec le langage, c'est comme certains
peintres avec la matière, c'est du travail de chercheur.
Voir ce qu'il y a derrière l'apparence des objets, l'apparence
des mots, l'apparence des matières... C'est captivant.
Comment par exemple est-ce qu'une interprétation simple
peut se doubler, se tripler, se quadrupler, en suivant
simplement l'angle d'un objet que l'on déplace ?
En travaillant sur la différence entre réalité et imaginaire,
on voit comment les choses se tiennent à deux millimètres
ou quelques fois à six cents mètres, et c'est vrai que
ces questions m'intéressent énormément. D'où ma passion
pour ces auteurs et ces artistes. Il en est de même
avec les recherches comme en musique contemporaine,
ou en free jazz, des mélanges qui apparaissent parfois
en musique du monde, ou dans des conceptions un peu
plus électroniques de la musique…
Toutes
ces choses sont de l'ordre de cette recherche, du creusement.
C'est fascinant. Plus on s'enfonce dans une recherche
de langage, et plus ça va nous emmener loin dans ce
qui pourrait nous perdre, dans ce qui a priori pourrait
nous faire perdre toutes les bases. Et plus nous nous
recentrons au contraire - ça nous remet la tête à la
bonne place, ça nous repositionne. Il faut apprendre
à changer d'angle, à déraisonner. Devos
dit dans un sketch qu' "Il faut
faire la part du fou qui est en soi." et je crois
qu'il a entièrement raison. Il faut dérationnaliser
tout le bidule parce que sinon c'est intenable, ce serait
d'une tristesse terrible…
Acteur
Poète, plutôt qu' "acteur novarinien"
Fluctuat
: C'est bien ce qui se joue d'ailleurs dans L'Opérette
imaginaire, on a beaucoup parler du texte et du
rapport à la langue mais c'est bien cela qui se joue
sur scène, il y a le chant, la musique, des références
au cirque mais c'est de mime, de gestuelle, et de présence
qu'il s'agit avant tout. C'est un travail d'équilibriste.
Avez-vous d'autres projets ?
Daniel
Znyk : On Joue au Bouffes du nord du 27 février
au 25 mars mais après ça je ne sais pas encore. J'ai
des propositions mais j'avoue que je n'ai pas encore
décider.
Fluctuat
: Pourriez-vous vous diriger plus encore vers
la danse, le cirque, le travail du clown ou du funambule,
le spectacle vivant de façon générale ?
Daniel
Znyk : Je ne me pose pas la question parce que
j'ai le sentiment que tout avance en même temps. De
formation, je ne suis ni de cirque ni de danse, et j'utilise
ce que je sens de mon corps pour le mettre d'abord au
service de mon travail de comédien, donc d'abord au
rapport au texte. Mais je trouve que c'est important
d'être un acteur poète, que c'est important d'être un
acteur qui n'utilise pas seulement sa tête et sa voix
pour jouer. Il faut se consacrer à un langage quand
on est acteur de théâtre, trouver son langage, sa poésie.
Clown, c'est un métier, funambule également, et ils
sont extrêmement rares les gens qui savent avec virtuosité
faire de tout. Mais il n'empêche que ça m'intéresse
d'aller puiser dans des ressources différentes de jeu
et d'expression pour les mettre au service du théâtre.
Fluctuat
: Et en restant dans ce champ spécifique du théâtre,
y a-t-il des rôles que vous aimeriez jouer, ou des directions
particulières que vous souhaiteriez prendre ?
Daniel
Znyk : Je ne sais pas, je pense que j'aimerais
bien continuer cette veine-là, cette veine d' "acteur
novarinien", avec 4 paires de guillemets parce que c'est
une étiquette. Elle sollicite mon imaginaire de tellement
de façons différentes… Mais je ne sais pas encore, j'ai
les mains ouvertes, j'attends. J'attache en tout cas
une grande importance à la diversité. Je trouve que
la grande chance du métier d'acteur - c'est aussi ça
qui m'a construit comme je suis - c'est de pouvoir changer
radicalement d'univers quand on en a la chance, de pouvoir
changer radicalement d'univers artistique d'un spectacle
sur l'autre. C'est ce qui fait ma respiration, ma colonne
d'air, c'est ce qui me tient debout. C'est ça qui est
beau. J'ai toujours l'impression que la forme est à
chercher, qu'elle est à creuser. Et il n'y a en la matière
aucun idéal - vous me posiez la question de savoir s'il
y avait quelque chose que j'avais spécifiquement envie
de jouer aujourd'hui : et bien, non, je ne pense à rien
de défini en ce moment, parce que je suis en disponibilité,
prêt à mettre au service de nouvelles aventures un petit
commencement d'expérience sur les choses.
Entretien
réalisé en février 2001 au Théâtre
des Bouffes du Nord
Propos recueillis par Arnaud
Jacob
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