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Premier acte
La langue de Novarina, la travail de la scène :
Nous sommes la planète Shadocks !

Deuième acte
L'Opérette imaginaire,
une énorme machine jubilatoire !
Sur la musique de Christian Paccoud
et la mise en scène de Claude Buchvald

Troisième acte
Chercher, creuser :
la performance d'acteur et le langage artistique de Joseph Nadj

Epilogue
Acteur Poète, plutôt qu' "acteur novarinien"

 

Entretien avec
Daniel Znyk

(dernière partie)


Pour Laurel et Hardy, on l'a eu une après-midi avec nous, sur quelques petites séquences. Dans le cadre de cette pièce, nous avions une construction - un mur - à monter à partir de pierres éparpillées. Et nous avions ce petit problème, cet empilement de cailloux qui, à un moment, deviennent légers. Comme Nadj était à la Bastille, on lui a demandé de venir et nous avons passé deux heures à explorer ce qu'étaient ces objets : pierre ? caillou ? Et c'était fascinant. C'est comme Novarina avec le langage, c'est comme certains peintres avec la matière, c'est du travail de chercheur. Voir ce qu'il y a derrière l'apparence des objets, l'apparence des mots, l'apparence des matières... C'est captivant. Comment par exemple est-ce qu'une interprétation simple peut se doubler, se tripler, se quadrupler, en suivant simplement l'angle d'un objet que l'on déplace ? En travaillant sur la différence entre réalité et imaginaire, on voit comment les choses se tiennent à deux millimètres ou quelques fois à six cents mètres, et c'est vrai que ces questions m'intéressent énormément. D'où ma passion pour ces auteurs et ces artistes. Il en est de même avec les recherches comme en musique contemporaine, ou en free jazz, des mélanges qui apparaissent parfois en musique du monde, ou dans des conceptions un peu plus électroniques de la musique…

Toutes ces choses sont de l'ordre de cette recherche, du creusement. C'est fascinant. Plus on s'enfonce dans une recherche de langage, et plus ça va nous emmener loin dans ce qui pourrait nous perdre, dans ce qui a priori pourrait nous faire perdre toutes les bases. Et plus nous nous recentrons au contraire - ça nous remet la tête à la bonne place, ça nous repositionne. Il faut apprendre à changer d'angle, à déraisonner. Devos dit dans un sketch qu' "Il faut faire la part du fou qui est en soi." et je crois qu'il a entièrement raison. Il faut dérationnaliser tout le bidule parce que sinon c'est intenable, ce serait d'une tristesse terrible…

Acteur Poète, plutôt qu' "acteur novarinien"

Fluctuat : C'est bien ce qui se joue d'ailleurs dans L'Opérette imaginaire, on a beaucoup parler du texte et du rapport à la langue mais c'est bien cela qui se joue sur scène, il y a le chant, la musique, des références au cirque mais c'est de mime, de gestuelle, et de présence qu'il s'agit avant tout. C'est un travail d'équilibriste. Avez-vous d'autres projets ?

Daniel Znyk : On Joue au Bouffes du nord du 27 février au 25 mars mais après ça je ne sais pas encore. J'ai des propositions mais j'avoue que je n'ai pas encore décider.

Fluctuat : Pourriez-vous vous diriger plus encore vers la danse, le cirque, le travail du clown ou du funambule, le spectacle vivant de façon générale ?

Daniel Znyk : Je ne me pose pas la question parce que j'ai le sentiment que tout avance en même temps. De formation, je ne suis ni de cirque ni de danse, et j'utilise ce que je sens de mon corps pour le mettre d'abord au service de mon travail de comédien, donc d'abord au rapport au texte. Mais je trouve que c'est important d'être un acteur poète, que c'est important d'être un acteur qui n'utilise pas seulement sa tête et sa voix pour jouer. Il faut se consacrer à un langage quand on est acteur de théâtre, trouver son langage, sa poésie. Clown, c'est un métier, funambule également, et ils sont extrêmement rares les gens qui savent avec virtuosité faire de tout. Mais il n'empêche que ça m'intéresse d'aller puiser dans des ressources différentes de jeu et d'expression pour les mettre au service du théâtre.

Fluctuat : Et en restant dans ce champ spécifique du théâtre, y a-t-il des rôles que vous aimeriez jouer, ou des directions particulières que vous souhaiteriez prendre ?

Daniel Znyk : Je ne sais pas, je pense que j'aimerais bien continuer cette veine-là, cette veine d' "acteur novarinien", avec 4 paires de guillemets parce que c'est une étiquette. Elle sollicite mon imaginaire de tellement de façons différentes… Mais je ne sais pas encore, j'ai les mains ouvertes, j'attends. J'attache en tout cas une grande importance à la diversité. Je trouve que la grande chance du métier d'acteur - c'est aussi ça qui m'a construit comme je suis - c'est de pouvoir changer radicalement d'univers quand on en a la chance, de pouvoir changer radicalement d'univers artistique d'un spectacle sur l'autre. C'est ce qui fait ma respiration, ma colonne d'air, c'est ce qui me tient debout. C'est ça qui est beau. J'ai toujours l'impression que la forme est à chercher, qu'elle est à creuser. Et il n'y a en la matière aucun idéal - vous me posiez la question de savoir s'il y avait quelque chose que j'avais spécifiquement envie de jouer aujourd'hui : et bien, non, je ne pense à rien de défini en ce moment, parce que je suis en disponibilité, prêt à mettre au service de nouvelles aventures un petit commencement d'expérience sur les choses.

Entretien réalisé en février 2001 au Théâtre des Bouffes du Nord
Propos recueillis par Arnaud Jacob

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