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entretien avec
Dominique
Pinon


J'avais vu ce formidable acteur au cinéma dans Délicatessen, AlienIV, La cité des enfants perdus. Au théâtre dans deux mises en scène de Lavelli, Mein Kampf, et le magique L’Ombre de Venceslao, l’an passé, ainsi que dans Pour Louis de Funès monté par Renaud Cojo. Mais ce jour-là mon admiration pour lui se doublait de ma fascination pour l’œuvre de Novarina. Car, au Théâtre de la Colline, on peut se délecter de L’Origine Rouge jusqu’au 29 octobre. Dominique Pinon y tient, entouré d’acolytes hors pair, un rôle taillé sur mesures par l’auteur.

Fluctuat : On vous a vu souvent jouer dans des pièces de Valère Novarina des rôles principaux …

Dominique Pinon : Qui moi ? Non …

F : Quand même, après Pour Louis de Funès vous jouez maintenant dans L’Origine Rouge !

D.P : Ah oui… mais en fait, à part Pour Louis de Funès, je n’avais jamais travaillé avec Novarina avant. S’il vous semble que je suis familier de Novarina, c’est peut-être parce que j’ai vu L’Opérette imaginaire que j’ai adorée il y a deux ans. Sinon je ne connaissais pas du tout son oeuvre avant Pour Louis de Funès. Je l’ai découvert vraiment à cette occasion.

F. : Comment l’avez-vous rencontré ?

D.P : C’est par un jeune metteur en scène qui s’appelle Renaud Cojo. Il m’a donné le texte Pour Louis de Funès. Ca c’est fait comme ça. Et puis ça tombait bien, car j’avais envie, un peu par égoïsme de faire un truc seul sur scène. J’ai eu beaucoup de plaisir à jouer ce texte. Et puis j’ai vu L’Opérette et j’ai rencontré ces gens…

F. : On a l’impression que vous formez avec eux une troupe.

D.P : C’est sans doute que je les aime beaucoup. Ils m’ont touché, impressionné quand je les ai vus. J’ai eu envie de travailler avec eux. Comme Valère avait suivi mon travail dans Pour Louis de Funès, il m’a proposé avant même d’écrire L’Origine Rouge de travailler avec lui.

F : Qu’avait-il pensé de votre travail sur la pièce ?

D.P : Je pense que ça l’avait beaucoup touché.

V.L : Renaud Cojo dit de vous à propos de Louis de Funès que vous êtes un acteur capable de se déconstruire en même temps qu’il joue et que, ce qu’il aime chez vous, ce sont aussi tous ces cris d’épouvantes, ces grimaces que vous charriez grâce aux personnages que vous avez interprétés avant. Beaucoup pour le cinéma d’ailleurs. Est-ce que cette dimension était importante pour incarner la figure de l’acteur dans la pièce?

D.P : Ce que dit Renaud, c’est très personnel. Je n’ai, pour ma part, pas suffisamment de recul sur moi pour vous dire si c’est vrai.

F : Pourtant, dans ce rôle en particulier, vous aviez à incarner la figure de l’acteur.

D.P : Oui, c’est vrai, il y avait des choses un peu indicibles, impudiques même à formuler. Mais c’est avant tout un texte poétique. Il ne s’agit pas d’une théorie de l’acteur. C’est une sorte de poème sur l’idéal de l’acteur.

F. Valère Novarina s’est inspiré de vous et d’autres comédiens pour bâtir son texte, L’Origine Rouge . Comment cela s’est-il passé ?

D.P : Il savait qui allait jouer avant même d’écrire. Il a composé en fonction de chacun des acteurs et nous a donné le texte trois jours avant les répétitions. Valère travaille beaucoup par ajustement. Dans son théâtre, ce ne sont pas vraiment des personnages au sens où on l’entend qui agissent. Il y a des décalages qui se font d’un acteur à l’autre. Je ne dis pas que ce soit interchangeable, mais, comment dire…Valère a une organisation un peu architecturale, un peu picturale aussi dans son travail.

F. : L’Origine Rouge est un spectacle très physique. Avez-vous l’impression d’avoir subi un " entraînement " particulier pour jouer cette pièce ?

D.P : Non. On a répété comme pour toute autre pièce. Mais on a surtout l’impression de s’être beaucoup amusé. On s’est retrouvé avant la première à Avignon en se disant " Tiens, la première est dans quatre jours… ", sans avoir eu l’impression d’avoir travaillé. Mais je n’aime pas cette expression, " travaillé ". D’abord, qu’est-ce que ça veut dire " travailler " au théâtre ? Cela veut dire s’intégrer à un groupe de gens différents de ceux que vous avez rencontrés jusque–là. Là, ça s’est fait plutôt facilement. J’ai eu un peu peur au début, car c’était un noyau d’acteurs qui avaient déjà l’habitude de travailler ensemble, avec Valère, etc…Mais cela n’a pas posé de problèmes et je me suis senti dans la famille tout de suite.

F. :A quelles ressources fait-on appel lorsqu’on doit construire un personnage qui n’a pas de psychologie ?

D.P : Et bien justement, c’est du jeu pur, c’est du jeu avec le texte, avec des partenaires. D’ailleurs, ça devrait être tout le temps comme ça. Parce que la psychologie, la vérité… elles sont souvent induites par le texte. Ca paraît bête, mais le premier boulot de l’acteur c’est quand même d’apprendre son texte. A partir de là on peut jouer vraiment, je veux dire, s’amuser.

F : Vous avez dit récemment dans un entretien paru dans Mouvement que : " Il faut que les pieds parlent. L’important ce n’est pas ce qui est fait, c’est ce qui est perçu ".

D.P  : Oui, absolument. Le plus important, c’est ce que le public perçoit. Je me moque éperdument de ce qu’éprouve l’acteur, s’il est immergé ou non dans son rôle ou qu’il soit à côté…En ce qui concerne ce qui se passe à l’intérieur de l’acteur, chacun sa cuisine.

F. : Dernièrement vous avez interprété des oeuvres qui réfléchissent beaucoup sur le rôle de l’acteur, du langage, du théâtre. On ne peut pas dire que ce soit un choix anodin. Est-ce le reflet d’une démarche consciente ou inconsciente ? D’un engagement " politique " dans et par le théâtre ?

D.P : C’est un engagement dans la mesure ou c’est une déclaration d’amour pour ces textes. Moi, je suis venu au théâtre après avoir vu Fin de partie de Beckett quand j’avais treize ou quatorze ans et un spectacle de Tadeusz Kantor. Des spectacles comme ceux-là, très forts, montrent qu’il y a une autre réalité qui n’a aucun rapport avec une quelconque retranscription du réel.

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