|
colloque Meyerhold
du 8 au 12 novembre |
|
>>lire
aussi la chronique Les
écrans sur la scène
|
 |
Rencontre
avec Béatrice Picon-Vallin
colloque
Meyerhold |
Meyerhold, la mise en scène dans le siècle
Entre le lundi 6 et le dimanche 12 novembre, vont se succéder des rencontres entre praticiens du théâtre et chercheurs autour de la figure de Vsevolod Meyerhold.
Figure emblématique du théâtre de ce siècle, Meyerhold, devenu membre du parti bolchevique depuis 1918, fut censuré, emprisonné, torturé et enfin exécuté en
1940 par Staline, victime des persécutions qui sétaient abattues sur lopposition de gauche depuis la fin des années 20.
Nous avons interrogé Béatrice Picon-Vallin qui, chercheuse au CNRS, directrice du laboratoire de recherche sur les arts du spectacle et spécialiste de Meyerhold,
est à linstigation de ces rencontres.
|
Julie de Faramond :
Comment pourrait-on résumer le parcours théâtral de Vsevolod Meyerhold et surtout en quoi le théâtre que nous voyons aujourd'hui lui est-il redevable ?
Béatrice Picon-Vallin :
Comme Vakhtangov, son contemporain, le disait, Meyerhold a donné les racines au théâtre de lavenir. Grand expérimentateur, il a posé la mise en scène comme un
art autonome, il a cherché des lois, des règles, en puisant dans les grandes traditions : la Commedia dellarte, les traditions orientales afin de donner forme à ce quil
appelait un « théâtre théâtral ». Il a donc uvré, à linstar dEdward Gordon Craig, pour un théâtre à venir. Meyerhold, contrairement à Craig, est dabord un
praticien pour qui chaque mise en scène était loccasion douvrir des pistes, pistes quil pouvait tout aussi bien abandonner à la mise en scène suivante pour en ouvrir
dautres. Cest une uvre dans laquelle on peut puiser indéfiniment et cest pour cela quil me semble important den parler aujourdhui.
J. de F.: Pour prendre un exemple très évident, le cinéma reconnaît en Eisenstein et Dovjenko ses fondateurs alors qu'Erdman, Maïakovski et même, dans une moindre
mesure, Meyerhold lui-même ne paraissent pas reconnus à leur juste mérite. Est-ce parce que, comme on a pu le constater en voyant
Le Mandat, il s'agissait d'une
dramaturgie vaudevillesque, revisitée ingénieusement afin de rendre compte de nouveaux rapports sociaux mais dont les ressorts dramatiques n'avaient pas subi une
transformation aussi conséquente que celle qu'opérera Brecht dans les années suivantes ?
Béatrice Picon-Vallin :
En France, il nexiste pas denseignement de la mise en scène alors que lon enseigne lart du comédien et que lart de la mise en scène est encore plus complexe et
nécessite encore plus de connaissances. Or le parcours de Meyerhold est plein denseignement pour un futur metteur en scène et cest pourquoi il me semble
important de mettre luvre de Meyerhold au centre du discours contemporain sur le théâtre.
Pour Meyerhold, le metteur en scène est un auteur. Lorsquil a monté, en 1926, Le Révizor
(plusieurs fois monté et repris à Paris, cette année par Jean-Louis
Benoit à la Comédie française, ou par Matthias
Langhoff l'année dernière aux Amandiers, ndlr), il a fait inscrire sur laffiche : Gogol, auteur de la pièce, Meyerhold,
auteur du spectacle. Cela ne veut pas dire quil méprise la littérature dramatique mais quil appréhende le théâtre à travers des modes dexpression non verbaux.
Pour lui, le théâtre met avant tout en jeu des corps, des corps en mouvement. Dautre part il sintéresse énormément à la musique, il était musicien, il dirigeait
lui-même lorchestre de son théâtre et a collaboré avec les plus grands compositeurs de son temps. Il donne à la musique une place qui nest plus simplement
illustrative ou ornementale mais une base structurelle du spectacle.
Après la révolution, son esthétique est liée au constructivisme et le travail de lacteur se fait sur un dispositif scénique spécifique en fonction dune économie
rationnelle de façon à ce que ses mouvements, ses gestes soient mis en valeur au sein du jeu collectif. Dans les années 30, il fait intervenir le montage musical et
substitue la construction temporelle à la construction spatiale.
J. de F.: Comment expliquer l'absence, sur nos scènes françaises, à l'exception de la récente mise en scène par Bernard Sobel du
Mandat de Nikolaï Erdman, du répertoire
soviétique des années 20, alors que c'est le moment où l'Union Soviétique connaissait, comme dans les autres domaines artistiques, un développement jamais égalé ?
Béatrice Picon-Vallin :
Meyerhold a beaucoup monté les classiques, en tant que metteur en scène
et auteur, il a monté aussi des textes contemporains sur lécriture desquels il est intervenu. Il
sest arrogé le droit dintervenir sur le texte. Jeune, il choisit des textes contemporains, il se forme, en quelque sorte, en travaillant sur la dramaturgie qui lui est
contemporaine. Après la révolution, le manque de bons textes le conduit à mettre en scène des classiques : Gogol dont il considère que les pièces ont toujours été
montées de manière totalement étrangère à lesprit de son auteur, Pouchkine, dont il a mis en scène Boris Godounov, ce qui représentait un défi car on avait toujours
tenu la pièce comme inmontable. Le spectacle a été interdit mais les solutions quil a données aux problèmes que pose la pièce ont été reprises par dautres metteurs
en scène après lui.
Dans les années 20, il monte donc beaucoup de classiques et puis il opère des montages textuels. En fait, les deux auteurs contemporains quil a montés, sont Nikolaï
Erdman et Vladimir Maïakovski. Le Mandat dErdman a été réécrit pendant les répétitions. Meyerhold travaille donc sur le texte avec lauteur. Quant à Maïakovski,
ses pièces ont subi peu de transformations à la demande expresse de Meyerhold, mais la deuxième version de Mystère Bouffe fut écrite par lauteur en fonction des
trouvailles de mise en scène que Meyerhold avait fait en montant la première version de la pièce. Ces auteurs, dans une tradition héritée de Gogol, travaillent sur des
ressorts dramaturgiques très théâtraux mais pas forcément vaudevillesques. Ce nest, bien évidemment, pas une dramaturgie brechtienne, mais cest une dramaturgie
de la distanciation. Sur tous ces textes, Meyerhold a imprimé sa
marque : Erdman déclarait que la seule version du Mandat quil reconnaissait comme aboutie était
celle qui avait été transformée à linstigation de Meyerhold.
J. de F.: Organiser aujourd'hui des rencontres où se succéderont chercheurs et praticiens et
ce non dans un cadre universitaire mais dans des théâtres, est-ce une manière
d'encourager une jeune génération de metteurs en scène que l'on décrit souvent comme réfractaire à toute idée d'héritage, à aller puiser dans l'histoire de la mise en
scène afin de pallier une inspiration souvent défaillante ? Ou, au contraire de lui permettre de nuancer un discours et une pratique, plus prégnants, il est vrai, en
Allemagne qu'en France, l'exemple le plus connu étant Ostermeier, qui témoignent parfois d'une assimilation un peu rapide des thèses de Meyerhold ?
Béatrice Picon-Vallin :
Ostermeier est venu à Meyerhold à travers la biomécanique qui fait lobjet dun enseignement à lécole Ernst Busch à Berlin où il a étudié la mise en scène. La
découverte de Meyerhold a été très importante pour sa propre pratique. Il me semble très important de ne pas séparer lenseignement de la biomécanique de celui
de lensemble que représente les théories et la pratique de Meyerhold et que cet enseignement doit sintégrer dans une pédagogie
cohérente. Meyerhold na jamais eu de disciples : de son exécution en 1940 à sa réhabilitation en 1955, son nom a été interdit en Union Soviétique et dans les républiques socialistes. Il était venu en
France avec sa troupe en 1930 mais son théâtre était tellement en avance par rapport à ce qui se faisait à lépoque que cela na pas eu dinfluence directe sur la mise
en scène française. Malraux, qui a rencontré Meyerhold en 1936, en a parlé, mais lostracisme dont il a été victime, à lEst, et le rideau de fer qui empêchait quon le
reconnaisse à lOuest, font que son nom est tombé dans loubli. La réhabilitation juridique a eu lieu en 1955 mais la réhabilitation artistique a été très longue à venir.
Cest pourquoi, il est intéressant de montrer que son héritage na pas été complètement oublié, comment il a pu circuler et comment, aujourdhui, au travers de
jeunes metteurs en scène, il réapparaît. Luvre de Meyerhold est suffisamment riche pour que chacun puisse y puiser ce dont il a besoin.
Propos recueillis
à Paris le 3 novembre 2000
Julie
de Faramond
|
|
>>lire
aussi la chronique Les
écrans sur la scène
sous la direction de Béatrice Picon-Vallin.
|
Meyerhold, la
mise en scène dans le siècle
colloque du 6 au 12 novembre 2000
Le colloque La mise en scène dans le siècle, organisé sous
l'égide du CNRS et en collaboration avec les théâtres de la
Colline et de la tempête notamment, bénéficie d'une telle
présentation animée sur le site du Laboratoire de recherche sur
les arts du spectacle que nous nous en remettons entièrement à
elle. En flash
!
Le site, les lieux :
>>le site
du Laboratoire de recherche sur les arts du spectacle CNRS, qui
organise le colloque Meyerhold. Meyerhold, la mise en scène dans
le siècle du 6 au 12 novembre 2000.
Les partenaires :
Théâtre du Soleil
Cartoucherie de Vincennes
métro Chateau de Vincennes ou bus 112
Théâtre National de la Colline
15 rue Malte Brun, 75020 Paris
métro Gambetta
Conservatoire National Supérieur d'Art
Dramatique
2 bis rue du conservatoire, 75009 Paris
métro Grands Boulevards
Forum des Images
Forum des Halles, porte St Eustache 75001 Paris
métro Chatelet - les Halles.
tel: 01 44 76 63 33/34
|
|
|