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Jean-François Peyret

Jean-François Peyret

Entretien

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Fluctuat : Où se situe votre spectacle par rapport aux deux précédents :Faust, une histoire naturelle et Turing-Machine ? C’est une question qui se pose dans la mesure où il s’intitule : Histoire naturelle de l’esprit (suite et fin), ce qui apparaît comme une clôture d’une réflexion qui avait commencé avec Faust ?

Jean-François Peyret : Il n’y a pas de clôture de cette réflexion. Ce qui s’est ouvert avec le Faust mais qui était déjà là dans le Traité des passions, sur le vivant, ne peut pas se clore comme çà: il y a un entretien qui peut être infini. Ce que j’ai inscrit, comme çà, entre parenthèses: " suite et fin ", c’est la volonté délibérée de mettre fin à une formule, à une façon de faire. S’il y a cycle, cela renvoie à une façon de faire plus qu’à un contenu; j’ai l’impression qu’il faut savoir arrêter une formule, comme il faut savoir arrêter une grève, qu’il ne faut pas faire un spectacle de trop, selon certains principes.

F : Ce triptyque est donc formellement différent de celui qui précédait?

JF P : Il n’y a pas de triptyque, il y eu une espèce d’ouverture, un traité 0 qui a été Le cri de la Méduse à rennes, puis il y a eu trois Traités des Passions, Faust, Turing et celui-là. Çà fait six, quatre étaient faits selon le principe que j’ai évoqué, et deux qui étaient des " playshop ", des formes légères: Turing-Machine et Le Traité 2. On avait pas d’argent pour faire Le Traité 2 qui est devenu Le Traité 3 et qui a donc été plus improvisé et Turing-Machine tenait aussi aux conditions de fabrication: travailler avec sept acteurs du JTN sur une période très courte d’exploitation avec des moyens moindres que d’habitude et pas avec la même visée. Ce n’est pas le même théâtre, ce n’est pas tout à fait le même discours. entre Faust et ce spectacle, il y a eu un rétrécissement, même si tout cela se tient.

F : Vous avez une équipe technique stable mais, il semble que depuis Le Traité des Passions, vous cherchez à renouveler, à chaque spectacle, votre équipe de comédiens, dans l’élaboration de vos spectacle qui intègre la participation de chacun, qu’attendez vous de vos collaborateurs ?

JF P : Il y a, c’est vrai, une équipe artistique qui reste la même depuis la création de la compagnie en 95, sauf le musicien, Philippe Hersant, qui a un peu disparu, Benoît Bradel, Bruno Goubert et Nicolas (Bigards) qui a commencé assistant et qui est évidement plus que cela maintenant: c’est lui qui fait tout. Enfin on ne peut pas cantonner son rôle à celui d’assistant, il participe à l’élaboration du spectacle, c’est lui qui est à l’origine du site, c’est plus de sa génération que de la mienne: là, j’ai suivi. Il a cette équipe de permanents. Il y a moins de permanence pour les comédiens, il y en avait un peu au début mais il fallait se méfier d’un effet de fermeture, d’un effet de troupe de gens aguerris à ce type d’esthétique et qui, finalement, risquaient de s’ennuyer et de tourner en rond; il y a chez moi la volonté de rencontrer d’autres instruments de musique, c’est important de ne pas très bien les connaître dans la mesure où ce n’est pas moi qui dirige les comédiens: c’est eux qui se dirigent et moi qui suis dirigé par eux. Ce qui est important c’est que tout le monde ait une démarche artistique. C’est vrai que l’art du comédien, c’est quelque chose qui m’intrigue. Dans notre travail, je ne fais qu’une proposition et ils disposent, enfin ils répondent et on dispose de la chose ensemble. Ce à quoi je suis attentif c’est de voir comment les pierres que je lance tombent dans leur jardin.

F : Que se passe-t-il lors du travail à la table? Vos comédiens ont le sentiment que vous y passez plus de temps que ne le font généralement les metteurs en scène. C'est le moment où vous constituez avec vos acteurs, un ensemble de références communes.

JF P : On ne peut pas constituer le texte à la table, c’est le plateau qui tranche; il y a eu du travail de salon, si on veut, mais pour le travail théâtral, lui-même, j’ai essayé de ne pas les mettre à la table, de leur faire lire les textes sur le plateaux, à partir d’ordinateurs portables, d’essayer de déambuler avec çà plutôt que rester à la table. C’est terrible, le travail à la table, çà coince, çà plombe. Dans notre façon de travailler, par définition, il n’y a pas de travail à la table conventionnel, d ’élucidation de ce qui existe déjà mais l’appropriation de certaines choses, une sélection des matières.

F : La place de l'écriture dans l'élaboration de vos spectacle est particulière: vous rassemblez dans ce que vous appelez des "partitions" des textes non théâtraux dont certains sont écrits par vous.

JF P : Ce qui se passe, c’est que je raconte une chose, je dis voilà, j’ai un problème avec Turing, j’ai un problème avec telle ou telle question. la part d’écriture est celle de la mise en place de citations comme dirait Benjamin, il y a une espèce de disparition de l’auteur, même s’il doit rester des bouts de dialogue que j’ai écrit sur le siège de la pensée. Mmais tout çà, c’est toujours les autres qui pensent dans ma tête; s’il y a un travail de production ou de création, il est dans l’agencement de certains éléments textuels qui restent quand on a tout utilisé. D’une certaine manière la question de l’écriture ne se pose pas : un des mythes que l’on avait en commençant à travailler sur le spectacle, c’était que l’auteur était mort avant d’avoir pu écrire ce qu’il voulait, qu'il ne restait que son ordinateur, et que l'on naviguait dedans en cherchant à savoir ce qu’il voulait dire; c’est une navigation, ce spectacle. C’est plutôt çà: une partition possible à partir de ce qu’il y a dans ce cerveau étrange qu’est un ordinateur.

Propos recueillis par Julie de Faramond

Histoire naturelle de l’esprit (suite et fin)
Conçu et réalisé par Jean-François Peyret
Avec Jeanne Balibar, Yannis Baraban, Jacques Bonnaffé, Marie Dablanc, Victor Gauthier-Martin, Laurence Masliah, Jacques Mazeran.
Jusqu’au 1 avril, à la MC 93, Bobigny puis au TNT, Toulouse.

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